Rennes : Quelles solutions pour réduire la pollution de l’air ?

PARTICULES FINES La première mise en place de la vignette Crit’Air dimanche à Rennes a visiblement surpris une bonne partie de la population, pas préparée à une circulation différenciée malgré la pollution aux particules fines

Camille Allain
Un important épisode de pollution de l'air touche actuellement Rennes et sa métropole, notamment en raison du trafic routier.
Un important épisode de pollution de l'air touche actuellement Rennes et sa métropole, notamment en raison du trafic routier. — Damien Meyer / AFP
  • Un épisode prolongé de concentration en particules fines a poussé la préfecture à activer la circulation différenciée pour la première fois à Rennes dimanche.
  • Certains automobilistes critiquent cette mesure, estimant qu’elle stigmatise les particuliers sans toucher aux activités industrielles et agricoles.
  • Des efforts seront nécessaires dans la métropole pour respecter l’engagement de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Une légère brise à peine perceptible qui s’est levée lundi. Et une petite pluie discrète tombée dans la nuit de lundi à mardi. A Rennes, ce sont ces deux facteurs combinés qui ont permis une très légère amélioration de la qualité de l’air en ce début de semaine, après cinq jours de dépassement du seuil d’alerte.

Il faudra attendre jeudi et une nette dégradation de la météo pour espérer une dispersion complète des particules fines qui viennent encombrer nos poumons. Car l’homme a beau tenter de se mobiliser, il ne peut pas faire grand-chose face aux conditions climatiques. Enfin si, il pourrait, mais cela demanderait des efforts et des sacrifices importants. Il n’y a qu’à voir certaines réactions à l’annonce de la mise en place de la circulation différenciée dimanche dans l’intrarocade de Rennes. « Encore une raison de faire du pognon », taclait Ben en réaction à l’un de nos articles. « Bizarre de toujours faire payer cela à l’automobile », s’agaçait Jean-François.

« Il faudra travailler sur une meilleure anticipation »

Samedi, au-delà de la colère et de l’incompréhension, c’est surtout la surprise qui dominait quand la préfecture d’Ille-et-Vilaine a annoncé l’entrée en vigueur de la vignette Crit’Air. Une première à Rennes depuis sa mise en place en 2018. « Le protocole qui avait été présenté à l’époque a été strictement appliqué », analyse sobrement Gaël Lefeuvre. Mais pourquoi s’être limité à la seule journée de dimanche, alors même que la qualité de l’air continue d’être dégradée en Ille-et-Vilaine ? « Je ne ferai pas de commentaire, c’est une décision de la préfecture ». « Les gens ont été surpris. Il y a certainement des améliorations à apporter. C’est normal, c’était une première, reconnaît le secrétaire général de la préfecture. Il faudra sans doute travailler sur une meilleure anticipation ».


La vignette Crit’Air n’est de toute façon pas une solution miracle. Mais sa difficile mise en place illustre à elle seule l’immense chantier qu’il reste à mener pour diviser par deux nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Une donnée pour le comprendre. Mardi, la concentration en particules PM 2.5 à Rennes était 3,8 fois supérieure aux lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé. « Nous avons d’autant plus d’efforts à faire qu’il nous faut composer avec une croissance démographique importante. Le plus gros est à venir », reconnaissait récemment l’élu de Rennes Métropole Olivier Dehaese lors de la présentation du plan climat.

La nécessaire adhésion de la population

Parmi les solutions envisagées par la collectivité pour réduire ses émissions, on trouve d’abord le développement des transports en commun, et notamment les cinq lignes de trambus qui rallieront Rennes aux communes de la première voire deuxième couronne. Problème : elles ne sont pas attendues avant 2028 au mieux.

En attendant, la métropole a déjà entrepris sa conversion vers des bus roulant à l’électricité et au gaz. Elle testera cet été une zone à trafic limité (ZTL) où la circulation automobile sera fortement réduite. Avant la mise en place, sans doute d’ici 2030, d’une zone à faible émission (ZFE) qui chassera les véhicules diesel de l’hypercentre.

« Toutes ces mesures sont des outils d’information et de sensibilisation de la population. Cela permet à chaque propriétaire de véhicule d’avoir connaissance de son impact », estime Ludovic Guillaume. Celui qui préside le comité de suivi du plan de protection de l’atmosphère (PPA, dernier sigle, c’est promis) rappelle qu’il est nécessaire d’avoir « l’adhésion de la population » pour pouvoir avancer mais prévient que certaines décisions « seront difficiles ».

L’ammoniac en question

Dans les petites voix qui s’élèvent, on entend aussi une attente d’équité de traitement entre des citoyens à qui on demande beaucoup et des activités économiques polluantes qui perdurent. La question des émissions d’ammoniac générées par l’épandage d’engrais agricoles et de produits phytosanitaires interroge. En quelques semaines, les concentrations ont été multipliées par quatre selon les relevés de la station rurale d’Airbreizh.

La profession agricole bretonne tente « d’éveiller les consciences » face à ce nouveau défi. Mais elle prévient : « C’est comme pour les voitures ou les chaudières, si on veut inciter les agriculteurs à changer, il faut les aider », nous confiait récemment une conseillère environnement à la Chambre d’agriculture.