Rennes : D’anciennes halles militaires bientôt transformées en quartier alternatif

URBANISME L’aménageur public Territoires attend le départ de l’entreprise Euro-Shelter pour rénover des halles industrielles à la Courrouze afin d’y accueillir des structures de l’économie sociale et solidaire

Camille Allain
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Les anciennes halles de la Courrouze vont perdre leur usage militaire et industriel pour accueillir des structures d'économie sociale et solidaire.
Les anciennes halles de la Courrouze vont perdre leur usage militaire et industriel pour accueillir des structures d'économie sociale et solidaire. — Yoann Lepage
  • A Rennes, le quartier de la Courrouze accueillera bientôt un lieu alternatif dédié à l’économie sociale et solidaire dans d’anciennes halles industrielles.
  • Pour conserver ce patrimoine, la métropole souhaite se donner du temps de réflexion et propose une occupation temporaire de quatre ans.
  • Une importante recyclerie va notamment y élire domicile, sans doute accompagnée d’un café associatif afin de créer du lien dans un quartier encore en développement.

Bientôt un quartier alternatif à Rennes ? A La Courrouze, les halles industrielles longtemps occupées par l’industrie militaire vont s’offrir une seconde vie beaucoup plus paisible. L’aménageur public Territoires a reçu la consigne de Rennes Métropole d’y bricoler un lieu original mélangeant économie sociale et solidaire, café associatif et logements. Beaucoup reste à faire pour dessiner les contours de ce projet baptisé « Halles en commun » mais l’esprit insufflé emprunte à de chouettes réalisations. On pense aux Grands Voisins, à Paris, où un incroyable lieu de vie temporaire​ s’était installé pendant près de cinq ans dans un ancien hôpital désaffecté. Ou de l’ancien parking de la gare Saint-Sauveur, à Lille, qui a accueilli spectacles, jardins partagés et ateliers d’artistes en attendant d’être transformé.

A Rennes, le projet prendra véritablement naissance à la fin du mois de mars, date à laquelle les halles de la Courrouze seront libérées par l’entreprise Euro-Shelter qui y façonne des unités mobiles à usage médical ou militaire. « On se retrouvait avec des bâtiments vides dont ne savait pas encore quoi faire. L’idée principale, c’est de conserver ce patrimoine industriel mais de se laisser du temps pour réfléchir à son devenir », explique Mehdi Teffahi, responsable d’opération chez Territoires. Le site de quatre hectares offre 11.000 m² de bâtiments qui seront conservés. Pour en faire quoi ? Un quartier hybride « sans voiture » avec environ 200 logements, une large rue piétonne végétalisée et des bureaux à usage mixte. Mais pas tout de suite. Pendant quatre ans, un droit d’occupation temporaire sera offert à quinze structures de l’économie sociale et solidaire rennaise.

A Rennes, l'aménageur Territoires veut transformer une friche industrielle en quartier alternatif ouvert à l'économie sociale et solidaire.
A Rennes, l'aménageur Territoires veut transformer une friche industrielle en quartier alternatif ouvert à l'économie sociale et solidaire. - Territoires

Ce mardi, l’aménageur public organise un petit-déjeuner visant à présenter l’ensemble du projet et l’appel à manifestation d’intérêt dont l’ancienne chaufferie fait l’objet. Ce bâtiment de 220 m² devrait rapidement accueillir une activité commerciale en lien avec les structures existantes. Sans doute un lieu hybride mélangeant café associatif et espace culturel. Une sorte de quartier général autour duquel la quinzaine de structures viendront s’articuler à partir de cet été. « C’est un lieu qui va permettre de fédérer, de partager nos bonnes pratiques », explique Tristan Gaillard, cofondateur d’Emboîte le plat. Sa structure propose des emballages réutilisables aux restaurateurs afin d’éviter le suremballage. Lui comme son associé sont hyper emballés à l’idée de rejoindre la Courrouze. « C’est une super opportunité de garder ces bâtiments qui ont une histoire, de faire vivre le lieu en attendant de savoir ce qu’il deviendra ».

Les anciennes halles de la Courrouze vont perdre leur usage militaire et industriel pour accueillir des structures d'économie sociale et solidaire.
Les anciennes halles de la Courrouze vont perdre leur usage militaire et industriel pour accueillir des structures d'économie sociale et solidaire. - Yoann Lepage

La Belle Déchette attendra sans doute début 2023 pour migrer vers les halles de briques à la charmante charpente métallique. Il faut dire que le déménagement de la ressourcerie s’annonce particulièrement encombrant. « On sent beaucoup d’impatience. Pour l’instant, la Courrouze ça reste très résidentiel mais ça change. On a vu l’arrivée de la Petite Rennes (atelier d’autoréparation de vélos) ou de l’Antipode. Le quartier est en pleine mutation ! Demain, on aura plein d’acteurs autour de nous pour créer du lien, être complémentaire », témoigne Julie Orhant, directrice de La Belle Déchette. Dans les halles, l’association spécialisée dans le réemploi profitera d’un espace de vente deux fois plus grand qu’elle espère « convivial, ouvert sur le quartier ».

Pendant quatre ans, les quinze structures accueillies profiteront d’un loyer modéré qui doit leur permettre de tester leur modèle économique. Elles seront hébergées dans des halles du XXe siècle qui seront à terme démolies. Le temps pour l’aménageur de retaper les autres halles, celles présentant un intérêt patrimonial. « Le site est aride, très industriel. Le défi pour le transformer en lieu de vie est grand mais il suscite la curiosité. On espère pouvoir y créer un pôle d’entreprenariat, des projets d’habitats participatifs, des ateliers et des activités commerciales ouvertes au public », précise Mehdi Teffahi. Que deviendront les quinze structures au bout des quatre ans ? La recyclerie de La Belle Déchette restera là mais tout reste ouvert pour les autres.

Les quinze structures qui seront accueillies

L’aménageur Territoires a déjà choisi quinze structures qui seront accueillies dans le projet des Halles en commun. La Belle Déchette, Bâti Recup, L'Atelier Commun, Elan Créateur, L'équipière, Electroni-k, La Caverne, En boîte le plat, Teenage Kicks, Madeleine Adore, Rennes du compost, Les Animé.e.s, Aître, Anne-Elisabeth Bertucci et Cartel [BZH] y poseront progressivement leurs bureaux.