Rennes : Le chapiteau du MeM et sa guinguette profitent-ils d’un passe-droit de la ville ?

NUISANCES SONORES Une commission de conciliation doit se réunir le 10 mars pour tenter de trouver une solution au bruit généré par les concerts organisés dans le chapiteau de la Prévalaye, à Rennes

Camille Allain
Le chapiteau du MeM pose problème aux riverains de la Prévalaye, qui se plaignent des nuisances sonores.
Le chapiteau du MeM pose problème aux riverains de la Prévalaye, qui se plaignent des nuisances sonores. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, des riverains se plaignent des nuisances sonores dont ils sont victimes depuis l’installation d’un chapiteau de concerts et d’une guinguette en 2019.
  • Les gérants du MeM assurent avoir conscience des nuisances et avoir investi pour limiter leur impact mais le conflit perdure.
  • La ville de Rennes tente d’arbitrer les débats et réunira l’ensemble des protagonistes devant une commission de conciliation ce jeudi.

Depuis plusieurs mois, la colère monte dans les maisons des riverains de la route de Sainte-Foix. A deux pas de la rocade, ces habitants sont coincés entre deux sujets épineux : l’occupation du MeM et de sa guinguette et l’extension du centre d’entraînement du Stade Rennais. Jeudi, c’est au sujet du premier « problème » qu’ils seront convoqués devant une commission de conciliation. Saisie par la ville de Rennes, cette instance va tenter de réconcilier les riverains du chapiteau qui accueille des concerts depuis deux ans et les programmateurs du Centre de production des paroles contemporaines (CPPC) qui assure la gestion du MeM mais aussi de la salle de l’Aire Libre ou du festival Mythos.

Épinglée par la Chambre régionale des comptes pour son mélange entre association et entités privées, la structure présidée par Maël Le Goff profite-elle d’un passe-droit de la part de la municipalité ? C’est ce que dénoncent les riverains. Et ce que réfutent la ville et le CPPC. Match d’arguments.

Ils n’en peuvent plus

Les soirs de concerts électros, ils ferment toutes les fenêtres. Ce qui reste insuffisant pour se couper du bruit qui émerge du chapiteau du Magic Mirror situé à 200 m de leur maison. Anne-Sophie et Guillaume habitent depuis un an et demi à la Prévalaye. Voisins du MeM et de sa guinguette, ils se plaignent, comme l’ensemble de la quarantaine de riverains, des nuisances sonores générées par l’arrivée de l’équipement culturel. « Tout le monde sait qu’il y a des nuisances. Mais personne ne se déplace. Cela fait deux ans que la ville écoute mais ne fait rien », regrette le couple. Des mesures ont bien été effectuées et confirment que les seuils réglementaires sont parfois dépassés, à certaines fréquences. Le rapport a été remis au Service santé environnement de la ville sans que ça ne change leur quotidien.

Une quarantaine de personnes habitent aux abords du chapiteau du MeM, à Rennes, et se plaignent des nuisances sonores lors des concerts et soirées.
Une quarantaine de personnes habitent aux abords du chapiteau du MeM, à Rennes, et se plaignent des nuisances sonores lors des concerts et soirées. - Association des Résidents de Sainte-Foix et de la Prévalaye

L’installation d’un limiteur de bruit aux frais du CPPC n’a pas non plus révolutionné le quotidien. Au point de rendre les habitants méfiants. « Plus je me plonge dans le dossier et plus je réalise qu’il y a des largesses. On leur autorise des choses, peut-être parce qu’ils ont une image culturelle flamboyante. On sait qu’il y a des enjeux économiques et d’attractivité. Mais il y a aussi des gens qui habitent là », tacle Arnaud, qui habite le secteur depuis treize ans. La plupart des riverains contactés dénoncent une « stratégie de l’usure » visant à les faire partir. Fred dénonce notamment « l’espace de jeu » que serait devenue la Prévalaye.

Ils se défendent

Installés depuis le mois de mai 2019 à la Piverdière, la guinguette du MeM et le chapiteau du Magic Mirror ont subi de plein fouet les fermetures successives liées au Covid-19. En deux ans, les deux lieux ont pourtant réussi à trouver leur public, devenant des acteurs majeurs de l’offre de loisirs de la capitale bretonne. Les nuisances ? « On ne les prend pas à la légère. Nous avons injecté plusieurs milliers d’euros dans des études et l’installation d’un limiteur de bruit », assure Emmanuel Grange, secrétaire général du Centre de production des paroles contemporaines qui gère l’équipement.

Le chapiteau du MeM et sa guinguette posent problème aux riverains de la Prévalaye, qui se plaignent des nuisances sonores.
Le chapiteau du MeM et sa guinguette posent problème aux riverains de la Prévalaye, qui se plaignent des nuisances sonores. - C. Allain / 20 Minutes

« J’ai hâte que l’on voisine en bonne intelligence. On n’a pas monté le MeM pour ennuyer les voisins mais pour faire vivre l’offre culturelle rennaise », assure-t-il. Lundi soir, de nouvelles mesures devaient être effectuées dans le chapiteau. Pas lors d’un concert mais lors d’émissions de bruits contrôlées, ce qui ne convainc pas vraiment les riverains, qui réclament davantage de transparence. « Ce sont les spécialistes de l’acoustique qui nous demandent ces conditions pour que les mesures soient réalisées dans de bonnes conditions », assure Emmanuel Grange.

Ils tentent de faire la médiation

Au milieu de ce conflit, la ville fait office d’arbitre. C’est elle qui a convoqué la commission de conciliation pour tenter de trouver une issue au conflit. « Nous devons mettre tout le monde autour de la table pour trouver une solution équilibrée », assure Cyrille Morel, adjoint à la vie nocturne. L’élu proche de Nathalie Appéré réfute toute « impunité » dont le MeM pourrait bénéficier. « Les mesures continuent d’être faites. Il nous faut vérifier que la réglementation est respectée. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de nuisances », assure l’élu. Cyrille Morel, qui habite à plusieurs centaines de mètres du chapiteau, se souvient d’avoir parfaitement entendu les sons du concert du groupe Salut, c’est cool en novembre 2019. « La préfecture l’avait entendu aussi », glisse-t-il. Cela n'avait pas causé d'ennuis aux organisateurs. «Il y a eu des mises en demeure», assure l'élu. Mais jamais de fermeture administrative. «La question économique n'est pas complètement neutre. Ici comme ailleurs». 

Avant le déménagement de la structure au printemps prochain (lire ci-dessous), l’adjoint à la vie nocturne pourrait proposer « d’adapter les styles de concerts » afin de limiter les nuisances, tout en prévenant. « On ne va pas interdire l’électro. »

En attendant le déménagement du chapiteau

Installé temporairement sur le site de la Prévalaye, le chapiteau du MeM devra déménager au printemps 2023, date de la fin de sa convention d’occupation signée avec la ville. Lors d’une réunion particulièrement houleuse, Maël Le Goff a donc présenté le « futur » chapiteau qui ressemblera à celui du Cabaret sauvage à la Villette, à Paris. Sa promesse : réduire de 20 décibels les sons qui sortiront de l’enceinte musicale et ainsi limiter grandement les nuisances. Un nouveau chapiteau qui sera installé à quelques centaines de mètres du lieu actuel, sur le parking utilisé par ses clients et le Stade Rennais. Un investissement estimé entre 2,5 et 3,5 millions d’euros qui a nécessité à modifier le classement des terres afin de se conformer au plan local d’urbanisme et offrir une solution pérenne au MeM. « C’est un projet purement privé qui aura besoin de plus de temps pour amortir son investissement. Il fallait leur assurer une pérennité, d’autant que le projet a trouvé son public, qu’il y avait une attente », justifie Marc Hervé, premier adjoint à l’urbanisme.

La modification de la classification du futur terrain du MeM en Secteurs de taille et capacité d’accueil limitées (Stecal) a fait bondir les riverains, qui expliquent qu’on leur refuse la construction d’un poulailler ou de petites extensions au motif qu’ils sont en zone naturelle et écologique sensible.