Rennes : Le Stade Rennais franchit « une ligne rouge » avec son nouveau projet d’extension

FOOTBALL Le club de football a fait savoir qu’il avait besoin de plus d’espace pour étendre son centre d’entraînement à la Piverdière, provoquant l'agacement d'élus et d'associations

Camille Allain
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Le projet d'extension du Stade Rennais tel qu'il est présenté sur le site du cabinet d'architectes.
Le projet d'extension du Stade Rennais tel qu'il est présenté sur le site du cabinet d'architectes. — Artefactory/NeM Architectes
  • Le Stade Rennais a fait savoir qu’il souhaitait grignoter davantage de terres à la Prévalaye pour agrandir son centre d’entraînement.
  • Les élus de la ville de Rennes et plusieurs associations s’opposent à ce choix d’investir une parcelle qui devait servir à l’agriculture et parle d’une « ligne rouge » franchie.
  • La majorité de Nathalie Appéré va sans doute devoir trancher alors que le comité de gestion de la Prévalaye multiplie les réunions sans réussir à se mettre d’accord.

Stupeur, mardi soir, dans les rangs du comité de gestion de la Prévalaye. Alors que d’intenses discussions sont engagées entre la ville de Rennes, le Stade Rennais et des associations implantées sur le site, le club de football a lâché une bombe dans l’hémicycle. Oui, son projet d’extension de 3,5 hectares, présenté l'an dernier, est toujours d’actualité. Mais il ne suffira pas.

« Au fil de nos études et en s’inspirant d’autres centres d’entraînement, nous avons remarqué que nous ne pouvions pas atteindre nos objectifs de compétitivité avec un foncier si restreint. Si on se limite aux 3,5 hectares, on ne pourra faire qu’un terrain supplémentaire en plus des six que nous avons déjà. Ce n’est pas suffisant. Nous avons besoin de dix terrains », a lancé Karim Houari, stadium manager du Stade Rennais. C’est pour cette raison que le club n’avait pas déposé son permis de construire en octobre comme cela était prévu. Critiqué pour son projet considéré comme trop ambitieux, le Stade Rennais avait déjà revu à la baisse son emprise au sol… Mais vient de revenir dessus.

Vue de Google Maps du projet d'extension du Stade Rennais à la Prévalaye.
Vue de Google Maps du projet d'extension du Stade Rennais à la Prévalaye. - Google Maps

Pour se développer, le club estime qu’il lui faut 18 hectares, alors qu’il n’en possède que douze aujourd’hui. Il en avait déjà obtenu 3,5 après d’intenses et âpres négociations qui avaient (presque) fait consensus dans les rangs du comité de gestion de la Prévalaye. Mardi soir, l’annonce de la volonté de grignoter encore 2,5 hectares de cet espace sauvage unique a donc surpris, déçu et même agacé. « A titre de comparaison, le Stade de Reims, c’est 25 hectares et 15 terrains, Lens, c’est 22 hectares et Lille, c’est 43 hectares », tente de justifier le responsable du club breton.

« Ce n’est pas cohérent »

L’argument ne convainc absolument pas la trentaine de personnes présentes dans l’assemblée de Rennes Métropole. D’autant que pour s’étendre, le club souhaite grignoter sur une parcelle sauvage qui devait accueillir un projet d’agriculture urbaine​ porté par la ville de Rennes. « On touche du doigt un point de friction. Votre projet vient contrecarrer notre ambition de mettre en valeur cette parcelle. Aujourd’hui, le dessin diffère totalement de ce qui nous avait été présenté », tacle sèchement l’élu Ludovic Brossard, délégué à l’agriculture dans la majorité de la maire, Nathalie Appéré. Avant de lâcher. « On ne peut pas mettre des terrains de foot au milieu d’une activité agricole, ce n’est pas cohérent. Nous nous devons de défendre ces terres. Ce sera à nous de prendre nos responsabilités ». A ses côtés, l’élue de quartier tient le même discours.

« On s’orientait vers un compromis auquel j’adhérais. Mais là, on revient complètement en arrière, on fait fi de tout le travail qui a été fait. On avait un accord sur une extension maîtrisée et limitée. Ce n’est plus la même chose aujourd’hui », regrette l’écologiste Cégolène Frisque.

Face aux questions, le Stade Rennais tente de rassurer. « Nous n’avons pas besoin de l’intégralité de cette parcelle qui fait plus de 9 hectares. Nous n’en utiliserons que 2,5 sur des zones parfois polluées par des métaux lourds. Je suis persuadé que nous pouvons trouver une solution satisfaisante pour tous », assure Karime Houari. Dans la bouche de toutes les associations présentes, les mots sont les mêmes. Le club du milliardaire François Pinault a « franchi une ligne rouge ».

« On avait une ligne rouge qui était de ne pas toucher aux terres agricoles au sud du chemin de la Taupinais. S’il y avait des terrains de foot ici, notre projet collectif n’aurait plus le même sens », estime Nicolas Bon, l’un des fondateurs de la Basse Cour. Cette guinguette s’est installée à la Prévalaye et porte avec le voisin du Jardin des 1.000 Pas l’idée de « bien manger ». « Je ne vois plus trop où l’on va. Nous sommes un peu dépités de ce qui est proposé », embraie Maxime, membre des 1.000 Pas. Très remonté, Anthony, membre du collectif de la Prévalaye dégomme « l’entêtement du Stade Rennais à vouloir rester » dans cette zone sauvage. « Le Stade Rennais, c’est une communauté de plus de 500.000 fans. L’idée d’un déménagement en dehors de Rennes, ça a heurté notre communauté mais aussi des élus. Il est cohérent que l’on reste sur notre site historique », lui répond le stadium manager.

Mardi soir, l’agacement se faisait sentir de part et d’autre. Il faut dire que c’était la 11e réunion du comité de gestion de la Prévalaye et que le dossier d’extension du Stade Rennais ne semble pas avancer. Le club, qui espère déposer son nouveau permis de construire « en septembre 2022 » devra obtenir l’accord de la ville avant l’été pour occuper ses terres. Ce sera au conseil municipal de statuer. Alors que le dossier semble figé, plusieurs membres d’associations ont exhorté la municipalité de Nathalie Appéré à se prononcer. « La ville doit statuer. Ce serait facile de donner une orientation. Au moins, tout le monde saura où il va. Je suis sûr que le Stade Rennais doit attendre cela aussi », lance un riverain pourtant opposé au projet. Dans la délégation du club de football, certains acquiescent de la tête. La balle semble être dans le camp de la majorité de Nathalie Appéré. Dans quelle direction va-t-elle décider de tirer ?