Rennes : Une deuxième gare pour désengorger les quais… Idée de génie ou gabegie ?

TRAIN Un élu de la métropole propose cette option, qui s’annonce coûteuse. La collectivité préfère l’option d’accueillir deux trains sur un même quai

Camille Allain
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La gare de Rennes a fait l'objet de très importants travaux de rénovation évalués à plus de 120 millions d'euros. Mais ses quais sont saturés.
La gare de Rennes a fait l'objet de très importants travaux de rénovation évalués à plus de 120 millions d'euros. Mais ses quais sont saturés. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, la nouvelle gare est saturée et ne peut plus accueillir davantage de trains aux heures de pointe.
  • L’élu communiste Yannick Nadesan a surpris l’assemblée de Rennes Métropole en proposant la construction d’une nouvelle gare.
  • L’option n’est pas retenue par les collectivités qui planchent sur l’innovation « 2TMV » qui permet d’arrêter deux trains sur une même voie.

Impossible pour eux de faire mieux. Chaque jour de semaine, entre 7 heures et 9 heures du matin, les agents de la SNCF qui officient sur les quais de la gare de Rennes s’agitent pour embarquer et débarquer des milliers de voyageurs pressés de sauter dans  des trains souvent bondés. Le soir, le même ballet se produit à partir de 17 heures, obligeant bon nombre de passagers à voyager debout dans les TER. La région Bretagne, en charge de la politique ferroviaire, a pourtant investi  dans de nouveaux trains​ dotés d’un étage qui permettent de transporter davantage de monde. Mais l’ensemble des acteurs se trouvent confrontés à un problème de taille : il est impossible d’accueillir plus de trains, faute de quais disponibles, en gare de Rennes. Et donc impossible d’accélérer la cadence. Chaque jour, la capitale bretonne voit passer 240 TER et 60 TGV. Mais ne peut pas faire plus.

La situation était déjà connue alors que l’interminable chantier de la gare de Rennes n’était pas encore livré. En 2019, une étude commandée par la région mettait en avant « les réserves de capacité très faibles en heures de pointe », évoquant « l’impossibilité d’amélioration des fréquences des TER sur la plupart des axes ». Depuis la publication, l’emballement autour du train s’est accentué, avec la baisse du prix des voyages en train voulue par la région, combinée à la flambée du prix des carburants.

La métropole de Rennes va dépenser 27 millions d'euros pour renouveler et moderniser son éclairage public d'ici 2025. Ici, la gare de Rennes et l'avenue Janvier.
La métropole de Rennes va dépenser 27 millions d'euros pour renouveler et moderniser son éclairage public d'ici 2025. Ici, la gare de Rennes et l'avenue Janvier. - C. Allain / 20 Minutes

Lors du conseil de Rennes Métropole qui s’est déroulé jeudi, l’élu communiste Yannick Nadesan a lancé une idée qui a fait mouche : construire une deuxième gare pour désengorger l’existante. « Je comprends que l’idée puisse surprendre. Mais c’est à nous, les responsables politiques, de regarder plus loin. Personne aujourd’hui ne conteste la saturation de la gare. Mais qu’en sera-t-il dans dix ans ? Nous devons anticiper », détaille l’élu, membre de la majorité de Nathalie Appéré.

Le communiste aurait bien vu le nouvel équipement s’installer dans le quartier champignon ViaSilva situé à Cesson-Sévigné, à l’est de Rennes. Il faudrait alors la raccorder au réseau existant et créer une « déviation » pour les trains venant de Paris ou de Saint-Malo. Un chantier énorme. Dans les rangs de l’assemblée, la proposition a surpris, fait sourire, réfléchir mais aussi un peu agacé.

 « C’est une idée qui sort de nulle part. Je ne vois trop le sens de cette proposition. On parle d’un investissement à plusieurs dizaines de millions d’euros, qui prendrait vingt ans à sortir et viendrait consommer du foncier. »
 

La phrase est signée Matthieu Theurier, élu écologiste en charge des transports à la métropole. Dans les rangs de la SNCF, on temporise, expliquant qu’aucune demande en ce sens n’a été formulée par les collectivités. « Quand on fait face à une gare saturée, ça fait partie du champ des possibles. La proposition a pu surprendre, mais elle ne me paraît pas délirante », estime Maxime Boisson.

Deux trains sur une même voie, la solution d’avenir

L’homme est représentant de la maîtrise d’ouvrage chez SNCF Réseau. Depuis deux ans, ses équipes planchent sur une innovation ambitieuse capable de répondre à la saturation. Une première en France qui permettrait « en théorie » de doubler la capacité d’une gare pour « quelques millions d’euros ». Son nom : « 2TMV », pour « deux trains sur une même voie ». « Aujourd’hui, on ne peut presque pas faire partir ou arriver deux trains sur la même voie pour des questions de sécurité. Nous devons développer une nouvelle signalisation, reprogrammer notre outil informatique et mettre en place une signalétique pour que les voyageurs ne se perdent pas », explique Maxime Boisson. Ce projet permettrait à deux TER de s’arrêter en gare sur une même voie au même moment, comme c’est parfois le cas avec les TGV « collés ».

La solution « 2TMV » offre deux avantages conséquents : son temps de mise en œuvre et son prix. L’État, la SNCF, la région et la métropole se partageront la facture de 12 millions d’euros, soit 10 % du coût de la dernière rénovation de la gare. Et peuvent espérer une mise en service en septembre 2023, selon SNCF Réseau. « L’augmentation de la capacité sera vraiment importante », promet Matthieu Theurier. Suffisante pour absorber la hausse continue du trafic ? Difficile à anticiper. A plus long terme, Rennes pourrait compter sur la  mise en place de la technologie ERTMS (European rail traffic management system) au niveau européen. Une solution qui améliorera encore la cadence et la régularité des trains.