Rennes : « Reconstituer le puzzle de la ville »… A quoi bon fouiller les entrailles de la place de la Mairie ?

ARCHEOLOGIE Un chantier archéologique se poursuit sur la place de la Mairie à Rennes, où des vestiges de bâtiments et des sépultures ont été découverts

Camille Allain
— 
Les archéologues sont autorisés à creuser jusqu?à 1,50 mètre de profondeur.
Lancer le diaporama
Les archéologues sont autorisés à creuser jusqu?à 1,50 mètre de profondeur. — C. Allain / 20 Minutes
  • Des ossements humains et des vestiges de bâtiments ont été découverts sous la place de la Mairie de Rennes.
  • Ce chantier mené par l’Inrap précède la plantation de 18 arbres qui interviendra dans les prochaines semaines.
  • Depuis une trentaine d’années, de nombreux chantiers de fouilles ont été menés, renforçant la connaissance de l’histoire de Rennes.

L’après-midi, ils ont parfois du mal à travailler tant ils sont assaillis de questions. Installés sous les fenêtres de la place de la Mairie, les chercheurs de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) intriguent depuis qu’ils fouillent les dessous de la place. Il faut dire que la présence  d’ossements et de crânes humains en plein centre de Rennes a de quoi surprendre les passants. Pas les spécialistes de l’histoire de la capitale bretonne, qui ont vu des centaines de sépultures apparaître ces dernières années lors de précédentes fouilles.

Rennes a pris l’habitude de se faire ausculter les tripes depuis des années. Avant la place de la Mairie, où seront bientôt plantés 18 arbres et des massifs végétaux, le couvent des Jacobins, la place Sainte-Anne ou encore l’Hôtel-Dieu ont fait l’objet de fouilles préalables aux chantiers de restructuration. « Ces trente dernières années, on a énormément appris sur la ville, et surtout sur la ville antique. On a fouillé dans des secteurs extra-muros où des vestiges antiques étaient conservés, notamment dans la partie nord de la ville où on avait moins d’occupation médiévale. On a une bonne vision de la ville antique : de la trame des rues, des types de bâtiments, d’architecture, de l’artisanat. On ne connaissait pas ça dans les années 1980 », explique Dominique Pouille, chercheur à l’Inrap qui supervise le diagnostic de la place de la Mairie.

« On aimerait bien soulever le tapis un peu plus loin »

Dans les quatre tranchées qui ont été creusées sur la place depuis le 10 janvier, ses équipes ont trouvé des restes humains datant du début et de la fin du Moyen-Age. Mais aussi des fondations de bâtiments, quelques objets, les restes d’un puits et les épais murs de l’hôtel de Brissac, un élégant domaine où étaient logés les parlementaires au XVIe et XVIIe siècle. Des voyages de plusieurs siècles dans l’histoire de la ville sans creuser plus d’un mètre cinquante. « Ces trouvailles nous permettent de reconstituer petit à petit le puzzle de la ville. C’est très intéressant. Quelques fois, c’est un peu frustrant, on a une vision qui se limite à une petite emprise. On aimerait bien soulever le tapis un peu plus loin pour voir ce qu’il se passe », poursuit le responsable de l’Inrap.

Sept squelettes ont été découverts place de la Mairie à Rennes, dont deux enfants et un adolescent.
Sept squelettes ont été découverts place de la Mairie à Rennes, dont deux enfants et un adolescent. - C. Allain / 20 Minutes

Au Moyen-Age, l’actuelle place de la Mairie n’était pas du tout centrale. « On était à la sortie de la ville, dans les faubourgs. C’est logique d’avoir des sépultures ici ». En 1720, un événement a profondément changé le visage de la capitale bretonne. Un immense incendie avait ravagé près de la moitié de Rennes. « C’est un incident qui a considérablement changé la physionomie de la ville puisqu’on a complètement réhabilité tous ces quartiers qui ont été ravagés par le feu. On a une configuration qui n’a plus rien à avoir avec le Moyen Age ». Ces traces du passé, les archéologues les retrouvent régulièrement lors des fouilles. Des briquettes, de l’argile cuite ou des ardoises rougies par le feu ont été utilisées ici et là pour remblayer les sols et les aplanir. Quant aux pierres qui constituaient les bâtiments, elles ont été récupérées pour ériger de nouvelles constructions.

Épargnés par les flammes, certains secteurs de la ville ont pourtant gardé leur « âme » moyenâgeuse. C’est le cas autour de la cathédrale où les rues demeurent étroites, tortueuses et bordées d’immeubles à pans de bois. Vendredi, les chercheurs de l’Inrap quitteront les lieux avant que les fosses ne soient remplies de terre où pousseront bientôt des chênes à feuilles de laurier. Un autre pan de l’histoire qui va s’ouvrir.

Que deviennent les ossements découverts ?

Les ossements découverts lors de chantiers de fouilles sont stockés dans un dépôt de l’Inrap pendant un certain temps afin de faire l’objet d’analyses et d’études. Une fois ce travail terminé, les corps sont transférés dans les fosses communes de la ville, dans un lieu d’inhumation.