« On est trop bien ici »… En Bretagne, la moitié des jeunes vivent à la campagne

DEMOGRAPHIE Une étude menée par l’Insee révèle la part importante de jeunes ruraux, dans un contexte d’exode urbain

Camille Allain
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En Bretagne, 51% des jeunes de moins de 24 ans vivent à la campagne. Comme ici, à Montauban-de-Bretagne.
En Bretagne, 51% des jeunes de moins de 24 ans vivent à la campagne. Comme ici, à Montauban-de-Bretagne. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Bretagne, plus d’un jeune sur deux habite en milieu rural. En France, seule la Bourgogne-Franche-Comté fait mieux.
  • La campagne semble attirer les familles qui cherchent cependant à ne pas trop s’éloigner des services et de l’emploi.
  • A Montauban-de-Bretagne, la jeunesse semble avoir trouvé un bon équilibre entre vie rurale et proximité urbaine.

Le petit bourg est désert en ce mercredi pluvieux. Seul un petit chien quitte son hangar pour m’aboyer dessus. Avec mes 37 ans et demi (ça compte) et mes cheveux un poil grisonnants, je suis peut-être trop vieux pour lui. Il faut dire que le roquet vit dans une commune particulièrement jeune. Nous sommes à La Chapelle-du-Lou-du-Lac, en Bretagne. Dans ce bourg de 1.100 habitants situé à trente minutes en voiture de Rennes, la moyenne d’âge est de 36 ans, et 30 % des administrés ont moins de 18 ans. Dans la région, elle n’est pas la seule bourgade à savoir retenir ses jeunes. En Bretagne, 51 % des moins de 24 ans habitent à la campagne, selon  une étude de l’Insee dévoilée mardi. En France, seule la Bourgogne-Franche-Comté fait mieux. La preuve que la jeunesse apprécie encore la ruralité et ne migre pas toujours vers les pôles urbains. Même si elle préfère ne pas trop s’en éloigner.

Quand elle a repris le bar et l’épicerie de la commune, Elodie Gicquel s’attendait à accueillir « une population plutôt âgée ». Un mois et demi après la réouverture du seul commerce de La Chapelle-du-Lou-du-Lac, elle pose un constat bien différent. « A l’épicerie, le plus gros de ma clientèle a entre 30 et 40 ans. Les enfants et les ados viennent très souvent, ils passent acheter des gâteaux ou des bonbons quand ils sont sur l’aire de jeux à côté », explique la gérante de 36 ans. Si elle a atterri ici, c’est en partie grâce à la mairie, qui a racheté le commerce pour le sauver en le proposant en location-gérance. « Sans commerce, il n’y a pas de vie. C’est là que les gens se rencontrent. On a bien senti que les habitants l’attendaient », explique le maire de la commune, Patrick Herviou.



Le premier édile nous reçoit sans rendez-vous dans la salle du conseil municipal, qu’il dirige depuis 2008. Quand il a été élu, Patrick Herviou gérait une population d’environ 600 habitants. Quatorze ans plus tard, La Chapelle-du-Lou-du-Lac compte près de 1.100 têtes, dont un tiers n’a pas l’âge de voter. Preuve que la ruralité a encore la cote. « Notre gros avantage, c’est que nous sommes tout près de la quatre voies, donc c’est facile pour les gens de venir ici. Le foncier n’est pas trop cher. Quand on ouvre un lotissement, ça trouve preneur tout de suite », explique-t-il. A l’écouter, c’est moins vrai dans les petites communes situées un peu plus à l’écart de la RN12. La ruralité oui, mais pas l’isolement.

Une région faite de petites villes

En trente minutes, ses administrés sont aux portes de Rennes et des principales zones d’emploi. Mais la commune n’est pas complètement dépendante de la capitale bretonne. A 5 km de là, la petite ville de Montauban-de-Bretagne offre tous les services nécessaires aux familles mais aussi du travail, un cinéma, des commerces, des structures sportives, deux collèges, un lycée. « On est trop bien ici. On va au foot à vélo, on a tous nos potes. C’est la belle vie », glissent Elliot et Faustin, 12 ans tous les deux. D’après Jean-Marc Lardoux, auteur de l’étude de l’Insee sur le sujet, la Bretagne a cette particularité de présenter un important réseau de petites villes qui brise l’isolement des communes rurales : « Même en campagne, on n’est jamais très loin de la ville, des services ».

Depuis une dizaine d’années, Montauban-de-Bretagne et ses environs attirent de plus en plus d’urbains qui veulent quitter la ville et son tumulte. « Je voulais partir travailler à la campagne, ouvrir mon commerce dans une plus petite ville », raconte Amanullah. Il y a quatre ans, il a ouvert son Gim Gim Kebab à Montauban, après des années à jongler entre les ivresses et les bagarres de la rue de la Soif, où il tenait son précédent restaurant. « Il y a beaucoup de jeunes ici, de plus en plus de restaurants qui ouvrent. C’est dynamique », explique le restaurateur. Certains viennent même d’encore plus loin. « On est à deux heures de train de Paris ici. Mon mari travaille là-bas, mes enfants habitent là-bas, ce n’est pas un problème », témoigne Azelina, qui a ouvert une boutique à son nom il y a trente-trois ans dans cette rue. « C’est une petite ville, mais on a tout ce qu’il faut. Et puis il y a la forêt juste à côté. C’est l’idéal », glisse la commerçante. L’épidémie de Covid-19 et la recherche d’une vie au vert ont fait de la commune un lieu très prisé. Les logements sont devenus très demandés ici.

A Montauban-de-Bretagne, les moins de 18 ans représentent plus de 20 % des 5.000 habitants. Ces jeunes partent souvent pour faire leurs études, mais bon nombre d’entre eux reviennent ensuite « au pays » pour vivre en maison, avec un jardin. « Ici, on se connaît un peu tous, il y a une bonne ambiance, tu peux discuter avec tout le monde », témoigne Melwen, assis sur un canapé de l’espace jeunes de la commune. A 16 ans, il a dû se résoudre à quitter Montauban pour suivre son CAP de boucher à Ker Lann, un campus situé à Bruz, à deux pas de Rennes. « Je n’aime pas trop aller en ville. Il y a trop de bruit, trop de gens. C’est sympa de temps en temps, mais pas trop longtemps. » Assis à ses côtés, Timothée tempère. Lui reconnaît avoir hâte de rejoindre son internat dans la capitale bretonne l’année prochaine :

 « On est bien ici, on n’a pas l’impression d’être à la campagne. Mais, des fois, on s’embête un peu, ça manque d’activités. J’ai hâte d’être seul, de me lancer dans la vie professionnelle » glisse-t-il avant d’allumer la Playstation de l’espace jeunes pour une partie de basket.
 

Lui habite « à la cambrousse », comme le tacle son pote Ewan assis à côté. Mais Timothée a la particularité d’avoir un scooter, ce qui lui offre une indépendance vis-à-vis de ses parents. Tout le monde n’a pas cette chance. « Ici, le souci, c’est la mobilité. Ceux qui n’ont pas de scooter et qui n’habitent pas en ville ont plus de mal à venir voir les copains », explique Léa, animatrice à la maison des jeunes intercommunales. Ceux-là souffrent sans doute davantage de l’isolement imposé par la campagne. Avant de pousser la porte de la sortie l’espace jeunes, nous avons demandé au petit groupe d’adolescents ce qu’il manquait dans leur commune. Leur réponse ? « Un terrain de foot synthétique et un McDo ». La jeunesse des villes ou des champs a visiblement les mêmes préoccupations.