Rennes : Où en est le projet de grande université ?

EDUCATION Dans les tuyaux depuis 2017, le projet Université de Rennes (UniR) devrait prendre forme au 1er janvier 2023 avec la création d’un établissement public expérimental

Jérôme Gicquel
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Illustration d'étudiants sur le campus de Beaulieu.
Illustration d'étudiants sur le campus de Beaulieu. — C. Allain / 20 Minutes
  • Cela fait plusieurs années que les deux universités rennaises et cinq grandes écoles cherchent à se regrouper pour renforcer leur attractivité au niveau national et international.
  • Avec beaucoup de retard, le projet est sur le point de se concrétiser avec la création à partir du 1er janvier 2023 d’un établissement public expérimental.
  • Ce projet UniR (Université de Rennes) n’a cependant rien à voir avec une fusion ou un mariage.
  • A l’exception de Rennes 1, chef de file de ce regroupement, tous les autres établissements conserveront leur nom ainsi que leur statut moral et juridique.

Le projet est un véritable serpent de mer. Ou une usine à gaz selon les mauvaises langues. A chaque rentrée depuis 2017, on nous annonce fièrement la naissance d’une future grande université rennaise, réunissant en son sein les deux universités (Rennes 1 et Rennes 2) ainsi que cinq grandes écoles. Mais cinq ans plus tard, l’Université de Rennes (UniR) n’a toujours pas vu le jour. S’il tarde à se concrétiser, le projet reste toujours d’actualité. Si tout se passe bien, il devrait débuter avec la création au 1er janvier 2023 d’un établissement public expérimental (EPE).



Président de Rennes 1, David Alis y voit là « l’aboutissement et le point de départ » d’un projet visant à « faire émerger une grande université de recherche et de formation reconnue internationalement ». Pour y voir plus clair et décrypter ce jargon universitaire, 20 Minutes fait le point sur ce mariage entre universités et grandes écoles… qui n’en sera finalement pas un.

A quand remonte ce projet de regroupement ?

Tout est parti de la fusion avortée entre les universités Rennes 1 et Rennes 2 en 2015. Souhaitant créer un grand pôle universitaire dans la capitale bretonne, les deux présidents d’alors avaient acté le regroupement de leurs établissements pour 2016. Mais le projet a créé des tensions au sein de la communauté universitaire et a finalement été enterré. Malgré cet échec, Rennes 1 et Rennes 2 n’ont pas tiré un trait sur leur rapprochement.

En 2017, un projet de regroupement des deux universités et de quatre écoles (Ecole de chimie, Ecole normale supérieure, Insa et Sciences Po) autour d’un établissement commun a ainsi refait surface. Le regroupement devait alors être effectif en janvier 2019. Un nom avait même été trouvé pour cette nouvelle entité,  UniR pour Université de Rennes, mais le projet a pris du retard, l’échec de l’Université Bretagne-Loire, dissoute fin 2019, ayant rebattu les cartes. En septembre 2021, les six établissements, rejoints entre-temps par l’École des hautes études en santé publique, ont finalement scellé leur alliance en signant une convention de coordination territoriale.

C’est quoi ce projet UniR ?

Faire de Rennes un grand pôle universitaire reconnu au niveau national et international. Voilà sur le papier l’objectif affiché de ce regroupement. Réunies sous la même bannière, les deux universités et les cinq grandes écoles pèsent en effet lourd : 60.000 étudiants, 7.000 étudiants internationaux, 1.700 doctorants et 156 laboratoires de recherche. Une force de frappe qui doit permettre à Rennes « de renforcer son attractivité et sa visibilité », selon Olivier David, vice-président de la région Bretagne chargé de l’enseignement supérieur et ancien président de Rennes 2. « On doit être dans les 400 premiers établissements mondiaux », assure David Alis, mettant en avant « les synergies et la complémentarité entre établissements ».

Pourquoi ce regroupement n’est pas un mariage ?

Pas encore née, la future grande université rennaise a pris un sérieux coup sur la tête courant octobre. A une nette majorité, le conseil d’administration de Rennes 2 a en effet voté contre son intégration comme « composante » de la future entité. « Nous restons associés au projet mais en tant qu’associé », souligne sa présidente Christine Rivalan Guégo. En refusant de marier, Rennes 2 conservera ainsi son nom ainsi que son statut juridique et moral. Il en sera de même pour  Sciences Po, l’Ecole Normale Supérieure et l’Ecole nationale supérieure de chimie, qui ont voté pour être établissements-composantes, et pour l’Insa qui a opté pour le simple statut d’associé. La position de l’EHESP sera, elle, connue à la fin du premier trimestre 2022.

Seule l’université de Rennes 1 se transformera donc en établissement public expérimental et prendra le nom d’Université de Rennes. Des divergences qui ne remettent pourtant pas en cause « ce projet ambitieux », estime Isabelle Pellerin, vice-présidente de la métropole chargée de l’enseignement supérieur. « La réflexion a été longue mais elle aboutit à un projet équilibré qui respecte l’identité de chacun », assure-t-elle.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Avant que l’établissement public expérimental ne voit le jour au 1er janvier 2023, ses membres, composantes ou associés, vont d’abord devoir élaborer au cours des prochains mois les statuts de ce futur établissement afin d’en définir les principes de fonctionnement et le rôle qu’occupera chacun. Le vote devrait intervenir « d’ici la fin de l’été », précise David Alis. L’EPE aura ensuite jusqu’en 2027, date à laquelle prendra fin l’expérimentation, pour faire ses preuves. On verra alors si ce regroupement débouche sur un mariage, ou sur un divorce…