Rennes : « Ça fait 23 ans que j’en entends parler »… La suppression du parking Vilaine divise toujours la population

URBANISME La municipalité a souhaité dévoiler la Vilaine dans son centre-ville, plus de soixante ans après la construction d'un parking

Camille Allain
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A Rennes, le parking Vilaine et ses 250 places seront supprimés pour découvrir le cours d'eau.
A Rennes, le parking Vilaine et ses 250 places seront supprimés pour découvrir le cours d'eau. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le jury citoyen saisi pour définir l’avenir du parking Vilaine a présenté ses conclusions au conseil municipal lundi soir.
  • La majorité de Nathalie Appéré a opté pour la démolition de la dalle afin de découvrir la Vilaine et d’offrir un lieu de promenade.
  • L’avenir de cet espace bétonné divise la population depuis des années, comme « 20 Minutes » a pu le constater en interrogeant des habitants.

On pourrait presque faire deux équipes. En chasuble rouge, les opposants à la suppression du parking Vilaine. Pour schématiser, on y trouve des anciens, des commerçants du centre-ville et des habitants de la métropole qui ne vivent pas à Rennes et veulent y venir en voiture. En chasuble verte, ceux qui plaident pour la transformation complète des lieux pour y faire un espace de balade au bord de l’eau. L’équipe verte est beaucoup plus jeune, plus urbaine aussi et moins utilisatrice de l’automobile. Au lendemain de l’annonce de la démolition du fameux parking pour dévoiler les charmes de la Vilaine, nous avons improvisé un petit match d’arguments entre les deux camps. Carnet de notes en main, nous avons arpenté la dalle de bitume pour glaner les avis de chacun. Clairement, deux camps s’opposent.

Jacqueline, Patrick et Dom s’apprêtent à quitter Rennes. Ces habitants de Pacé se sont garés sur le parking Vilaine pour faire les boutiques en ce froid mardi de janvier. « Tout le monde ne peut pas venir en métro. Ce parking, il est bien pratique, il me fait me sentir en sécurité. Ça fait tellement longtemps qu’il est là, pourquoi le supprimer ? », interroge Jacqueline. Construite en 1960 dans une période où la France pensait tout pour la voiture, l’aire de stationnement offre 250 places payantes à deux pas de République et du centre-ville de Rennes. Évoquée depuis des années, sa suppression avait été actée par la candidate Nathalie Appéré. Réélue maire pour un second mandat, la socialiste avait admis « ne pas savoir quoi faire » du parking Vilaine, avant de demander à un jury citoyen  de s’emparer de la question.

A Rennes, le jury citoyen a opté pour la démolition du parking Vilaine afin de découvrir le fleuve.
A Rennes, le jury citoyen a opté pour la démolition du parking Vilaine afin de découvrir le fleuve. - Ville ouverte/Atelier Jacqueline Osty et associés

L’option de découvrir la Vilaine retenue

Après des mois de réflexion, les 30 membres du jury ont présenté deux projets : l’un découvrant la Vilaine, avec de larges pontons permettant de marcher au bord de l’eau, et des arbres plantés en surface. L’autre optant pour un large parc arboré, laissant le cours d’eau caché sous la terre. C’est finalement la première option qui a été retenue lundi soir en conseil municipal, non sans débat.

« La Vilaine à cet endroit est une misérable rivière. L’eau y est sombre. Les regards se détourneront vite une fois la dalle enlevée », a déclaré l’élu de la majorité Honoré Puil, plutôt favorable au projet de parc en surface. « Ça fait vingt-trois ans que je suis là et ça fait vingt-trois ans que j’en entends parler », glisse le propriétaire du magasin de musique Play it situé sur les quais. Lui regrette que ce choix « soit un acte politique ». « Aujourd’hui, ce parking amène plein de gens. Demain, quand on aura découvert la Vilaine, qui viendra là ? On ne fait pas une ville que pour ceux qui y vivent », tacle le commerçant.

Un chantier à 17 millions d’euros

Sur le quai d’en face, les propriétaires du magasin La Bonbonnière ont le même point de vue. Leur clientèle étant majoritairement âgée, elle vient moins « à cause de la suppression des parkings ». « La chasse à la voiture ne résout pas tout. Et puis quand on va tout casser, les quais seront vilains. Est-ce que ça va redynamiser le quartier ? Je suis dubitative », estime la gérante. Son mari est encore plus radical. « Les citadins, le week-end, s’ils veulent s’aérer, ils partent à la campagne, pas sur le bord de la Vilaine. On a dépensé des millions pour construire ce parking et on va dépenser des millions pour le casser. C’est un non-sens ». L’ensemble du chantier est évalué à 17 millions d’euros, dont deux à trois millions pour la démolition.



Dans la boutique, une dame pourtant âgée conteste. Contrairement aux apparences, elle n’est pas dans l’équipe rouge. « Ce parking, je le trouve très laid. Je serai ravie quand il disparaîtra. C’est moche, on peut faire beaucoup mieux », glisse-t-elle avec aplomb. Elle n’est pas la seule à demander l’effacement de cet espace confisqué par les voitures. « Ce serait beaucoup plus joli et beaucoup plus calme s’il n’y avait plus toutes ces voitures. J’aime beaucoup l’idée de montrer la Vilaine plutôt qu’un parc. Après tout, l’eau était là avant », glisse Aziliz, une trentenaire qui habite Rennes. A ses côtés, Meghann a le même regard. « Le mieux, ce serait qu’on puisse rejoindre le mail à pied. C’est hyper bien ce qu’ils ont fait là-bas. De la verdure, ça fait du bien, car on en manque dans le centre-ville ».

Le deuxième scénario de transformation du parking Vilaine en un grand parc a été écarté par le conseil municipal de Rennes.
Le deuxième scénario de transformation du parking Vilaine en un grand parc a été écarté par le conseil municipal de Rennes. - Ville ouverte/Atelier Jacqueline Osty et associés

Le réaménagement du mail Mitterrand est souvent cité comme un exemple de l’intérêt de supprimer un parking. Depuis ce choix, des cafés et des terrasses ont fleuri à l’ombre des arbres et les équipements sportifs sont pris d’assaut. L’endroit est devenu un vrai lieu de vie. Eric est de cet avis. Alors qu’il accroche son vélo aux arceaux de la place de la République, celui qui habite Rennes « depuis cinquante ans » applaudit la décision de la municipalité. « Il faut un lieu où les gens puissent s’installer, rester, se promener comme sur le mail. La voiture n’a rien à faire là », glisse le cycliste. Ce dernier aurait cependant préféré qu’on laisse la Vilaine cachée. « Quand on voit ce que donnent les jardins flottants de l’autre côté de République, je trouve ça un peu anecdotique ».

A chaque équipe ses arguments. La fin de la compétition est attendue courant 2027.