Rennes : « On se fraye un chemin partout »… Toutenvélo livre presque tout en consommant presque rien

LOGISTIQUE Fondé à Rennes en 2009, le réseau vient d’être récompensé au niveau national et souhaite s’agrandir un peu partout en France

Camille Allain
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Moins de bruit, de pollution... La livraison à vélo est en plein essor — 20 Minutes
  • Le réseau Toutenvélo a reçu un prix de l’Economie sociale et solidaire pour son système vertueux de livraison à vélo.
  • Huit entités existent déjà en France mais cinq à huit nouvelles seront créées en 2022.
  • Non polluante, la logistique à vélo permet d’apaiser les centres-villes et limite la gêne liée au stationnement des véhicules de livraison.

Son vélo et sa remorque se glissent dans le portail ouvert qui mène à l’immeuble Urban Quartz près de la gare, après s’être facilement frayé un chemin dans les travaux. François pose son vélo à deux mètres de la crèche qu’il doit livrer et ouvre sa remorque où se trouvent les repas qu’il doit livrer. Ici, son « véhicule » de livraison ne gêne personne. Pas besoin de mettre de warning ni de gêner la circulation en se collant en double file. « On entend beaucoup parler des embouteillages et des travaux à Rennes. Mais nous, on n’est pas vraiment touchés. On se fraye un chemin partout », glisse le salarié de Toutenvélo. Pour rejoindre l’autre crèche qu’il doit livrer, François Dupont coupera par la dalle du Colombier, slalomant entre les commerces à petite vitesse. Il croise au passage deux de ses collègues, affairés à charger un vieux matelas et les restes d’un clic-clac sur leur remorque. « On intervient au quotidien pour évacuer les encombrants. Des canapés ou des meubles, qui sont laissés dans la rue. Ça représente quand même une tonne par jour », poursuit François Dupont.

Cette tonne quotidienne est évacuée à vélo, grâce à des remorques capables d’embarquer plus de 300 kg. Une preuve éloquente du modèle défendu par Toutenvélo depuis sa création en 2009. « Au départ, on nous prenait pour des rigolos ! Heureusement, les mentalités ont bien changé. Beaucoup de gens ont compris que le vélo était une vraie solution, notamment face à la saturation des centres-villes comme celui de Rennes. On veut montrer qu’il n’y a pas de limites », témoigne Gildas Neau, livreur mais aussi gérant de l’antenne de Rennes. Il y a six ans, cet ancien chauffeur routier a rendu les clés de son camion pour enfourcher un deux-roues, séduit par le projet d’économie sociale et solidaire. Chaque jour, il voit passer huit à dix palettes dans le petit local de 80 m² où est stockée la dizaine de bicyclettes des livreurs. Un vrai argument pour préserver le foncier tant prisé par les grandes plateformes de logistique.

Organisé en SCOP

Fondé en 2009 dans la capitale bretonne, le réseau Toutenvélo s’est étoffé au fil des années et compte sept autres entités réparties à Caen, Rouen, Marseille ou encore Grenoble. Organisé en société coopérative de production (SCOP), chaque bureau offre un statut salarié à ses livreurs, qui deviennent rapidement associés et participent aux prises de décisions de l’entreprise. Une situation stable qui tranche avec la précarité de la plupart des livreurs à vélo, souvent autoentrepreneurs et exploités par de grandes plateformes de livraison de repas à domicile. « Le métier de livreur est difficile, physique. On se fait parfois traiter d’esclave moderne parce qu’on pédale. Ça reste un métier manuel, c’est vrai. Mais chez nous, le turnover est très faible, parce que nous avons fait le choix de donner une voix aux salariés », argumente Olivier Girault, l’un des cofondateurs du réseau.

Il y a quelques jours, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui chapeaute le réseau Toutenvélo a reçu le prix national de l’Economie sociale et solidaire dans la catégorie Transition écologique. Une récompense qui vient saluer l’audace de ses fondateurs, qui ont préféré un statut coopératif plutôt que capitaliste. « Notre système est vertueux sur le plan écologique et sociétal. Il contribue à apaiser les centres-villes. Mais il est aussi compétitif », assure Olivier Girault. Auréolée de son prix, la société a lancé un appel à candidatures pour agrandir son réseau. Cinq à huit nouvelles SCOP devraient être créées en 2022.

Le diesel interdit en 2030

Précurseure, la société rennaise fait aujourd’hui face à une concurrence accrue dans un secteur en pleine expansion. Dans l’hypercentre de Rennes, les remorques de Toutenvélo et des Triporteurs Rennais ont depuis été rejointes par de gros acteurs comme Urby, filiale de La Poste, encouragées par l’émergence du vélo à assistance électrique. La France compte désormais 130 entités de cyclo-logistique, dont 70 % se sont développées ces cinq dernières années. Alors que Noël approche et que le nombre de colis à livrer explose, le marché continue de croître. Il est temps. A Rennes, les véhicules diesel ne pourront plus effectuer de livraison en 2030. Une charte de bonnes pratiques a été signée en juin par de nombreux acteurs du transport et de la logistique urbaine pour relever ce défi.