Halloween : A Rennes, les cadavres des victimes de Lemaire de Clermont étaient cachés sous la gare

MONSTRES DE NOS VILLES (8/10) A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pieds ou des ogresses qui ont sévi dans nos régions aux siècles passés

Jérôme Gicquel
— 
Trente ans après l'éxécution de Lemaire de Clermont en 1825, des ouvriers découvriront les squelettes de plusieurs de ses victimes en travaillant sur le chantier de la future gare de Rennes.
Trente ans après l'éxécution de Lemaire de Clermont en 1825, des ouvriers découvriront les squelettes de plusieurs de ses victimes en travaillant sur le chantier de la future gare de Rennes. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • A 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes ». Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • A Rennes, c’est un escroc normand, Lemaire de Clermont, qui a sévi au début du XIXe siècle, multipliant les crimes crapuleux avec une bande de bagnards.
  • Trente ans après son exécution, des ouvriers découvriront les squelettes de plusieurs de ses victimes en travaillant sur le chantier de la future gare de Rennes.

Il est bien moins célèbre qu’Hélène Jégado, surnommée la tueuse à l’arsenic, qui est accusée d’avoir empoisonné plusieurs dizaines de personnes au milieu du XIXe siècle en Bretagne. Mais Lemaire de Clermont a tout de même défrayé la chronique quasiment à la même période dans le Grand Ouest. C’est à Caen que le tueur en série a d’abord sévi. Avant de passer à l’acte, le Normand, né à Bayeux en 1781, avait déjà eu pas mal d’ennuis avec la justice. Condamné à des travaux forcés, il connaîtra le bagne de Brest où il sera marqué au fer rouge. Il y fera la connaissance d’autres canailles avec qui il va garder contact pour monter ses crimes crapuleux.

Ses proies favorites ? Des commerçants forains se trimballant en ville avec de l’argent liquide plein les poches. « Avec ses acolytes, ils se présentaient comme des clients, ils donnaient rendez-vous à leur victime avant de les zigouiller et de leur voler leur argent et leurs biens », raconte Claude Quétel, qui a consacré un article à Lemaire de Clermont en 1984 dans la revue Annales de Normandie. « Mais à la différence de certains serial killers, il ne tuait pas par obsession avec un rituel, poursuit l’historien, qui vient de sortir Il était une fois la France chez Buchet Chastel. Il tuait car c’était la seule façon de ne pas se faire prendre. Car si on laissait sa victime en vie, on courrait le risque d’être reconnu ».

Recherché pour meurtre à Caen, il s’enfuit à Rennes

C’est ce qui va arriver en mai 1824 avec la découverte à Caen du cadavre d’une demoiselle nommée Thouroude, une marchande fripière portée disparue depuis un mois. Lemaire de Clermont est dans le viseur de la police et, se sachant recherché, il s’enfuit en direction de Rennes. Pour se faire oublier, il change d’identité, se faisant désormais appeler Poulain de Beauregard. Il y mène une vie en apparence tranquille dans une maison située rue de Châtillon, épousant au passage la cuisinière de la propriétaire des lieux. Mais le criminel n’a, au fond, pas changé, continuant à monter des coups crapuleux avec d’autres bagnards et à fréquenter les bordels à la nuit tombée.

Dans ses confessions écrites en prison, Poulain de Beauregard reconnaît ainsi qu’au cours de l’été 1824, il a assassiné avec ses associés un marchand de toile. « Nous l’enterrâmes proche d’un chemin de Saint-Hélier, dans un pré, avoir lui avoir pris son argent et ses marchandises », écrit-il. Peu de temps après, il fait la connaissance d’un certain Julien Turmel, un riche voisin âgé de 68 ans, avec qui il se lie d’amitié. Dans la nuit du 7 au 8 août, le pauvre monsieur est assassiné au domicile de Poulain de Beauregard. Inquiet de la disparition de son père depuis plusieurs jours, le fils Turmel alerte les autorités avant de rejoindre Rennes.

Il sera guillotiné le 2 mai 1825

Là encore, les soupçons se portent sur l’escroc normand. D’autant que d’autres disparitions suspectes ont été signalées récemment dans les environs. Autour de la mi-août, lors d’une perquisition menée chez Poulain de Beauregard, le fils Turmel, intrigué par un détail sur le sol, soulève une dalle. Il découvre alors avec horreur la main putréfiée de son père et les restes de son cadavre. Entretemps, notre assassin a déjà pris la fuite, rejoignant sa Normandie natale. Il sera finalement arrêté en septembre à Saint-Lô avant d’être guillotiné le 2 mai 1825 à Caen devant une foule immense, emportant avec lui ses macabres secrets.

« On ne sait pas au final combien il a fait des victimes car il ne donne aucun chiffre ni de faits précis dans ses mémoires », indique Claude Quétel. Trente ans plus tard, sur le chantier de construction de la future gare de Rennes, des ouvriers exhumeront finalement plusieurs squelettes non loin du domicile de Poulain de Beauregard. Une preuve, une de plus, pour les enquêteurs que l’escroc venu de Normandie était bien un serial killer.