Rennes : En déménageant, l’Antipode a-t-il quitté les prolos pour les bobos ?

CULTURE L’équipement culturel sera inauguré ce week-end dans ses nouveaux locaux du quartier de La Courrouze

Camille Allain
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La grande salle de concert du nouvel Antipode peut accueillir un petit millier de personnes.
La grande salle de concert du nouvel Antipode peut accueillir un petit millier de personnes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le nouvel Antipode sera inauguré ce week-end dans le quartier de la Courrouze, qu’il découvre après 50 ans passés à Cleunay.
  • Ce nouvel environnement ne change rien des ambitions de l’équipe de faire de l’Antipode un lieu ouvert et populaire.
  • La ville a dépensé plus de 20 millions d’euros pour concevoir ce lieu qui héberge une bibliothèque, des salles d’activités, des salles de concert ou encore des studios de répétition.

L’Antipode commençait à sentir le poids des années. Née à Cleunay dans les années 1960 en même temps que les immeubles en construction, l’association culturelle s’est étoffée pour accompagner le développement du quartier et offrir des loisirs aux habitants qui en étaient alors privés.

Après plus de cinquante ans passés au cœur de ce faubourg populaire, l’équipement culturel devenu bibliothèque, salle de concert et lieu de vie de la jeunesse, a fait ses valises pour s’installer dans ses nouveaux locaux, qui seront inaugurés ce week-end. A vol d’oiseau, l’ancien et le nouveau ne sont séparés que de 500 mètres l’un de l’autre. L’environnement proche est pourtant bien différent. Adieu les immeubles des années 1960 et le tout béton et bonjour le quartier champignon cerclé de végétation.

Dans les rangs des équipes de l’Antipode, ce nouvel écrin est apprécié. Mais on jure que la culture populaire reste au cœur du projet. « En 2010, quand on a dit qu’on allait partir de Cleunay, certains nous ont dit qu’on quittait les prolos pour aller chez les bobos. On a promis que ce n’était pas le cas. Notre défi aujourd’hui, c’est de garder la proximité. On veut continuer à accueillir les habitants de Cleunay tout en accompagnant le développement de la Courrouze. L’accès au droit culturel pour tous, ça reste notre priorité », assure Karim Makri, indéboulonnable directeur adjoint de la structure.

Une bibliothèque de dingue et une acoustique exceptionnelle

Dans ce nouveau quartier qui peine à trouver son âme, l’Antipode se rêve en lieu de rassemblement, d’ouverture. Pour y parvenir, la MJC devra convaincre les habitants de pousser les portes de cet imposant bâtiment à l’architecture extérieure plutôt austère. « Il faut que l’on arrive à attirer les gens à l’intérieur. Ils verront alors que c’est très lumineux, même chaleureux. Les premiers retours que nous avons sont excellents », promet Karim Makri. La MJC accuse tout de même une légère baisse du nombre d’adhérents, même si certaines activités sont toujours très prisées. Pour convaincre « les plus éloignés », l’association continuera de proposer une tarification solidaire et poursuivra son travail « hors les murs » auprès des écoles, des maisons de retraite, des CCAS…

Pour construire ce nouvel équipement structurant de près de 5.000 m², la ville a mis le paquet, déboursant plus de 20 millions d’euros. Soyons clairs, le résultat est bluffant. La bibliothèque est superbe et offre des gradins de lecture avec vue sur le quartier et un service d’emprunt de vinyles plutôt rare. La salle « club », son long bar et ses 250 places feront rêver bien des DJ et collectifs électros. Quant à la grande salle de près de 1.000 places, elle vient combler un manque criant dont souffrait Rennes depuis trop longtemps. « L’acoustique y est exceptionnelle », promet la directrice Stéphanie Thomas-Bonnetin, arrivée en début d’année.

L'ancien Antipode, situé dans le quartier de Cleunay, à Rennes, sera à terme démoli pour laisser place à des logements.
L'ancien Antipode, situé dans le quartier de Cleunay, à Rennes, sera à terme démoli pour laisser place à des logements. - Mip Pava

Dans ses épais murs de béton, l’Antipode s’est aussi doté d’un studio de création de 120 m² où les professionnels pourront venir enregistrer, travailleur leur mise en scène ou leur jeu de lumière. Un outil qui n’existait pas encore en Bretagne. « Il y avait un vrai besoin, on a déjà beaucoup de demandes. Neuf équipes seront accueillies d’ici la fin de l’année », énumère Gaétan Naël, responsable de la programmation musicale. Plus de 80 dates ont déjà été calées pour la saison à venir. On pourra y découvrir le nouveau projet de Victor Solf, ancien membre de Her, la pop de la jeune Joanna ou la noirceur des compositions d’Emma Ruth Rundle. « Et on continuera d’y inviter le père Noël du quartier », promettent les équipes.

L'ancien Antipode sera démoli

Longtemps incertain, l'avenir de l'ancien Antipode est désormais connu. Les bâtiments historiques de la rue André Trasbot seront démolis «d'ici deux à trois ans» selon la municipalité. En attendant, ils accueilleront des associations et la compagnie de cirque Ay-Roop. La ville ambitionne d'y construire des logements et des locaux socioculturels.