Rennes : « Les élus ne se rendent pas compte dans quoi ils vivent »… Le campement des Gayeulles démonté, mais jusqu’à quand ?

MAL LOGEMENT La réquisition d’une ancienne école pour loger des migrants a contraint la préfecture à reloger des familles

Camille Allain
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Le campement des Gayeulles, à Rennes, a été démonté ce lundi 18 octobre 2021 après le relogement des migrants qui l'occupaient.
Le campement des Gayeulles, à Rennes, a été démonté ce lundi 18 octobre 2021 après le relogement des migrants qui l'occupaient. — Un toit c'est un droit
  • Une ancienne école de Rennes a été investie par des associations d’aide aux sans-papiers après une manifestation.
  • Si l’occupation n’a pas duré, elle a contraint l’Etat à reloger des familles avec de jeunes enfants qui vivaient dans un camp de fortune aux Gayeulles.
  • Les associations qui leur viennent en aide craignent qu’un nouveau campement ne se crée dans les prochaines semaines.

Elles alertaient les pouvoirs publics depuis plusieurs semaines déjà. Face au silence de l’État, les associations d’aide aux migrants ont fini par prendre les devants. Samedi, elles ont réquisitionné une ancienne école maternelle de Rennes pour y loger plusieurs familles qui survivaient jusqu’ici dans des campements de fortune, notamment sur un terrain municipal aux Gayeulles. Evacuées dans la soirée, les associations ont moyennement goûté l’intervention des forces de l’ordre, appelées par la maire socialiste Nathalie Appéré. « Nous voulions montrer à la mairie que des places pour mettre à l’abri des familles, il y en a », résume une militante. Leur action a pourtant débouché sur la mise à l’abri progressive de la plupart des familles qui occupaient le campement des Gayeulles, parfois depuis plusieurs mois. Dans un communiqué, la municipalité a justifié cette évacuation, estimant que l’ancienne école Faux-Pont « n’est pas adaptée à de l’hébergement », et rappelant qu’elle est « affectée à des associations ».

Après l’évacuation, la préfecture et la ville ont chacune dégainé leur communiqué pour rappeler les efforts entrepris par leurs services. L’État évoque « la mise à l’abri de 1.450 personnes dans des dispositifs pérennes ou à l'hôtel », soit un effort budgétaire de « plus de 10 millions d’euros par an » pour l’hébergement d’urgence dans le département. Insuffisant pour la ville, qui reproche à l’État de manquer à ses devoirs. « L’État sélectionne les personnes qu’il met à l’abri, selon des critères de vulnérabilité et de statut », dénonce l’adjoint à la solidarité David Travers. La ville rappelle qu’elle héberge chaque soir 950 personnes, menant une « action volontariste et humanitaire tout simplement unique en France ».

Cette volonté politique est reconnue par les associations. « Ça n’existe pas ailleurs et il est vrai que ce n’est pas de sa compétence. Mais doit-on pour autant fermer les yeux sur la situation vécue par ses familles ? », s’interroge Camille, bénévole de l’association Un toit c’est un droit. Ce lundi, la jeune femme était aux Gayeulles pour démonter les tentes douchées par la pluie, renversées par le gros coup de vent du 2 octobre. « Ça ne pouvait plus continuer, ici. On avait des bébés qui vivaient dans des conditions déplorables. Les élus et décideurs ne se rendent pas compte dans quoi ils vivent », poursuit Camille. Des rats s’étaient installés, comme la moisissure dans des tentes détrempées. Alors, la bénévole s’étrangle quand on lui explique que l’argent manque pour loger tout le monde. « C’est toujours une histoire de fric. Mais il y a des humains derrière ! »

Un autre site d’accueil évacué mercredi ?

Le 115 étant déjà saturé, il a fallu bricoler d’autres solutions. Tout sauf simple, tant les situations des migrants sont diverses. Certains sont là depuis des années, d’autres attendent que leur demande d’asile soit examinée. La crainte des associations, c’est de voir un nouveau campement émerger dans une, deux ou trois semaines. Voire dès mercredi, si le centre de vacances mis à disposition par les Eclaireurs de France était évacué, faute de « conformité ». Plus de 70 personnes venues d’Afrique ou d’Europe de l’Est y cohabitent, dans des conditions pas toujours simples.

Face à l’arrivée d’un nouveau coup de vent et au rafraîchissement des températures, les associations d’aide aux sans-papiers espèrent qu’un gymnase ou qu’une salle sera mise à la disposition de celles et ceux qui n’ont nulle part ou dormir. Mais qui va accepter de les accueillir ? Et avec quels moyens financiers ? Le débat fait rage, y compris dans les rangs de la majorité métropolitaine, comme en attestent certains vifs échanges entre élus de gauche sur les réseaux sociaux.