Rennes : « On va avoir une ville qui s’élève »… La charte de la construction va-t-elle réconcilier promoteurs et riverains ?

URBANISME Mis en place cet été, le texte doit encadrer les programmes immobiliers privés qui se multiplient

Camille Allain
— 
A Rennes, certains quartiers champignons comme Baud-Chardonnet ont investi des friches. Désormais, c'est dans des quartiers déjà habités que les constructions se font. Et ce n'est pas toujours simple.
A Rennes, certains quartiers champignons comme Baud-Chardonnet ont investi des friches. Désormais, c'est dans des quartiers déjà habités que les constructions se font. Et ce n'est pas toujours simple. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, plusieurs projets de construction d’immeubles de grande hauteur sont contestés par des collectifs de riverains.
  • Pour tenter d’apaiser la situation, la ville a mis sur pied une charte de construction visant à réconcilier promoteurs et habitants.
  • Récemment, un projet de tour de 17 étages a été raboté par le promoteur face à la contestation des habitants.

Avec les embouteillages, c’est LE sujet qui fait causer à Rennes ces dernières semaines. Très attractives et victimes du phénomène de «décohabitation» (de moins en moins de personnes vivent dans un même logement, notamment du fait des divorces), Rennes et sa métropole doivent construire en masse pour continuer d’accueillir des nouveaux arrivants toujours plus nombreux. Après avoir érigé de véritables quartiers champignons sur ses friches comme à La Courrouze ou Baud-Chardonnet, la collectivité doit maintenant se réinventer pour continuer d’évoluer. Conséquence inévitable : Rennes voit des immeubles de grande hauteur émerger de son horizon plutôt plat. Au grand dam, souvent, des riverains, pas heureux de devoir cohabiter avec des immeubles de plus de dix étages. Face aux vagues de contestation, la ville s’est dotée d’un outil de médiation : une charte de la construction et de la citoyenneté adoptée avant l’été.

Ce texte signé par plusieurs constructeurs vise à adoucir les relations entre les habitants et les promoteurs. Pour quel effet ? Trop tôt pour le dire. « Il fallait réfléchir à un moyen de dialoguer. Trop souvent, les riverains découvraient ce qui allait se passer à côté de chez eux lors du dépôt de permis de construire. Cela pouvait créer de l’incompréhension et du mécontentement », reconnaît le premier adjoint à l’urbanisme Marc Hervé. Ce fut le cas à la Poterie, où le projet du nouveau siège d’Aiguillon Construction a été très mal vécu par les habitants de ce quartier résidentiel. Après des mois de conflit, et sous la pression de la ville, le constructeur  a raboté deux de ses immeubles ramenés à 12 étages (au lieu de 17) et quatre étages (au lieu de sept). « Notre objectif n’était pas de trouver un compromis avec les habitants, expliquait alors Frédéric Loison, directeur général d’Aiguillon. Plutôt de trouver un équilibre économique qui prenne en compte nos besoins et les contraintes architecturales de la ville ».

« Pour que ce soit à l’équilibre, il faut densifier »

Ce projet n’est pas le seul à être contesté. Aux Gayeulles, le projet Ecotones pourrait être raboté. Rue de Saint-Brieuc, la tour de 17 étages fait rager les habitants du quartier Croix-Rouge. Au moins autant que dans la Zac du Haut-Sancé au Landry. Dans la ville, au moins cinq grands projets sont contestés, faisant souvent l’objet de recours devant les tribunaux. La charte de la concertation va-t-elle changer la donne ? « On ne pourra pas aller jusqu’à une co-construction des projets. L’équation des promoteurs est compliquée sur le plan économique. Quand on rachetait des terres agricoles, on payait 5.000 euros l’hectare. Aujourd’hui, les terres déjà bâties se négocient autour de 10 millions d’euros l’hectare. Pour que ce soit à l’équilibre, il faut densifier », rappelle Marc Hervé, avant de prévenir : « oui, on va avoir une ville qui s’élève ». Dans la Zac du Bois Perrin, sur le site de l'hôpital Guillaume Régnier​, la modification du projet a accru le déficit du projet de 700.000 euros, pour atteindre 4,5 millions. Aucun promoteur ne peut se permettre un tel choix.

Depuis quelques années, bon nombre de collectifs se sont créés pour tenter de contester les projets de hauteur. Pour eux, la charte ne devrait pas changer grand-chose. « On nous avait promis une concertation mais c’était une boucherie », explique un riverain de la Zac du Haut-Sancé. « C’était une réunion de présentation d’un projet déjà arrêté, pas une concertation. A aucun moment, les habitants ont été consultés », rage Françoise, qui a lutté contre le projet d’Aiguillon à La Poterie. « Nous sommes tous d’accord, il faut construire, mais pas à n’importe quel prix », ajoute-t-elle.

Au-delà de la contestation du projet qui les concerne, ces collectifs versent souvent dans un discours plus politique, s’opposant à la densification prônée par l’équipe de Nathalie Appéré. A cela, les élus de la majorité de gauche ont un argument bien rodé. « Pour contester une volonté politique, c’est dans les urnes que ça se règle ».