Rennes : En péril il y a dix ans, le centre ancien se soigne doucement

PATRIMOINE Un rapport annuel a été présenté lundi soir devant le conseil municipal au sujet de l’avancement de la rénovation du centre historique

Camille Allain
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Dans la rue Saint-Georges, à Rennes, 80% des immeubles sont dans un état dégradé.
Dans la rue Saint-Georges, à Rennes, 80% des immeubles sont dans un état dégradé. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, 600 immeubles étaient considérés comme dégradés ou très dégradés il y a dix ans, débouchant sur un plan de sauvegarde.
  • Depuis 2010, 232 immeubles du centre historique ont pu être restaurés ou sont en train de l’être.
  • La ville et ses acteurs tentent de convaincre les propriétaires d’engager des travaux afin d’éviter le délabrement et l’habitat insalubre.

La porte n’est même pas verrouillée. Mais à bien y réfléchir, qui voudrait y entrer ? Au 23 rue Saint-Georges, la façade à pan de bois fait plutôt bonne figure. Ce qui se trouve derrière est bien moins glorieux. Situé dans l’un des deux secteurs « critiques » du centre historique, cet immeuble tombe en ruines. La faute à qui ? A l’absence d’entretien de la part des propriétaires qui n’habitent pas les lieux et louent des logements à la limite de l’insalubrité à des étudiants qui n’ont pas d’autres choix. Après des mois, parfois des années, de discussions, la ville de Rennes et son aménageur Territoires Publics sont parvenus à convaincre les propriétaires d’engager des travaux à hauteur de 900.000 euros, dont 45 % seront financés par la collectivité et l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah).

Un peu plus de dix ans après le lancement du premier plan de sauvegarde de son centre ancien, Rennes est parvenue à réhabiliter 232 immeubles, comme présenté lundi soir devant le conseil municipal. Le rapport Pattier publié en 2008 avait évalué à 300 le nombre d’immeubles « très dégradés », quand 300 autres étaient jugés « dégradés ». A l’époque, certains osaient même évoquer un grand effondrement du centre ancien de la capitale bretonne. Pourris par les couches successives de planchers, noyés par l’installation bricolée de salles de bains et abandonnés par des propriétaires souvent partis loin d’ici, les pauvres immeubles sont peu à peu restaurés. « Ce sont des chantiers qui sont longs et coûteux. Il faut mettre les propriétaires d’accord entre eux, expliquer la démarche, proposer des solutions de financement. Ce n’est jamais simple », résume Mélanie Barchino.

Mélanie Barchino, ici dans la cour d'un immeuble de la rue Saint-Georges. Le logement situé derrière elle sera démoli.
Mélanie Barchino, ici dans la cour d'un immeuble de la rue Saint-Georges. Le logement situé derrière elle sera démoli. - C. Allain / 20 Minutes

La cheffe de projet de Territoires Publics sait mieux que quiconque l’immense travail de persuasion qu’il faut mener auprès des propriétaires. Dans un cœur de ville qui compte 66 % de T1 et de studios, les propriétaires habitants sont à peine plus de 10 %. Les autres avaient souvent investi il y a trente ou quarante ans pour loger leur enfant, alors étudiant. Derrière les belles façades, on trouve parfois des horreurs qui doivent être démolies. « On avait ici un appartement qui faisait 1,70 m de large », poursuit Mélanie Barchino.

« Les logements sont amortis depuis bien longtemps »

A la place des 11 logements, seuls trois resteront. Difficile dans ces conditions de convaincre les propriétaires de financer les travaux, eux qui avaient parfois créé des piaules de 6 m² dans des greniers ou des garages pas vraiment faits pour ça. Face aux plus réticents, la menace d’un rachat par la collectivité suffit souvent à convaincre les propriétaires. « Les travaux sont certes coûteux, mais ils sont accompagnés. D’autant plus que les logements sont amortis depuis bien longtemps ». Les charpentes, les planchers, la sécurité incendie afin d'assurer leur secourabilité, sont ainsi repris.

Dans la rue Saint-Georges, secteur le plus endommagé avec celui de la rue Saint-Michel et de Penhoët, 80 % des immeubles sont à traiter. Mais c’est tout le centre ancien qu’il faut surveiller. « Il n’est pas anormal que les bâtiments donnent des signes de fatigue quand ils ont 300 ou 400 ans. Mais il est impératif de les traiter », estime l’élu du quartier centre Didier Le Bougeant. Ce dernier évoque « une dizaine de procédures » d’habitat indigne par an, plus « quelques arrêtés de péril imminent ». Bien loin de la situation de 2010, où le maire de l’époque Daniel Delaveau signait des arrêtés toutes les semaines.