Rennes : « On est schizophrènes »… L’énigmatique War interroge notre rapport aux animaux

STREET-ART Le street-artist le plus connu de la capitale bretonne peint des animaux depuis des années. Parce que c’était joli et poétique. Et parce que ça interpelle

Camille Allain
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Toujours masqué, le street-artist rennais War continue d'explorer le thème des animaux. Il expose jusqu'en décembre ses ?uvres dans une galerie d'art à Fougères.
Toujours masqué, le street-artist rennais War continue d'explorer le thème des animaux. Il expose jusqu'en décembre ses ?uvres dans une galerie d'art à Fougères. — C. Allain / 20 Minutes
  • Bien connu à Rennes pour ses peintures monumentales d’animaux, le street-artist War expose cette fois dans une galerie à Fougères.
  • L’homme veut rester anonyme et continue de se cacher derrière ses lunettes d’aviateur.
  • Devenu militant de la cause animale, il espère sensibiliser la population à la maltraitance, tant dans les élevages que dans l’impact de l’homme sur la biodiversité.

On vous le dit d’emblée, on ne l’a pas vu sans son masque. Les responsables de la galerie qui l’accueillent non plus. « Il a sa propre clé. Il vient travailler la nuit, on ne le croise jamais », glisse Laurence Briand, la responsable de la galerie d’art Albert-Bourgeois de Fougères (Ille-et-Vilaine). Depuis une dizaine de jours, l’ancien couvent construit au XVIIe siècle héberge un artiste aussi connu qu’anonyme. A l’image du célèbre Banksy ou des Daft Punk, le street-artist rennais War a fait le choix de ne pas dévoiler sa véritable identité.

En ce matin ensoleillé de septembre, l’homme nous reçoit donc couvert de son habituel foulard noir et de lunettes d’aviateur. On ne verra ni ses yeux ni un centimètre de sa peau. Seulement une silhouette et une voix posée, calme, au ton plutôt grave. « L’anonymat, je m’en suis emparé quand j’ai commencé le street-art. A l’époque, on n’était pas vraiment bien vus donc j’ai appris à me cacher », explique War, qui a emprunté son nom à une chanson de Bob Marley.

« L’anonymat m’offre plus de liberté »

Une vingtaine d’années plus tard, celui qui est né « dans les années 1980 » n’a toujours pas levé le voile sur son identité. « Je me suis parfois posé la question. Mais l’anonymat m’offre plus de tranquillité, de liberté. C’est aussi un choix artistique, ça me permet de changer de peau, de faire travailler l’imagination des gens ». Depuis son arrivée à Rennes en 2010, War s’est rapidement fait un nom dans sa ville d’adoption en y peignant des animaux monumentaux. Des poissons, des suricates, un martin-pêcheur ou des coquelicots tellement beaux que personne n’a osé les recouvrir.

A Rennes, les animaux du street-artist War sont nombreux et bien connus des habitants.
A Rennes, les animaux du street-artist War sont nombreux et bien connus des habitants. - C. Allain / 20 Minutes

Habitué à peindre à la perche dans la rue, le street-artist a commencé à travailler en intérieur ces dernières années, acceptant même les invitations de quelques galeries. Jusqu’au 4 décembre, il sera exposé dans le superbe écrin de la galerie d’art Albert-Bourgeois à Fougères. Baptisé « Anima (l) », cet événement marque un virage dans la carrière de l’artiste. Non, War n’a pas arrêté de peindre des animaux. Mais derrière les traits d’acrylique, l’homme a durci son message.

« J’ai mené une réflexion sur la relation entre les hommes et les animaux, sur notre rapport de domination sur les autres espèces à travers la chasse l’élevage, la réduction des espaces naturels », glisse l’artiste rennais. Ce sont des lectures engagées qui ont poussé War à adopter un message davantage militant. « A mes débuts, je n’avais pas cette réflexion. Je peignais des animaux parce que c’était poétique dans le béton de la ville. Mais je réalise que l’on ferme les yeux sur plein de choses. » Il poursuit :

« Les animaux, tout le monde trouve ça beau et les aime mais on continue de les manger. En France, on peut être condamné pour des mauvais traitements sur son chien ou son chat. Mais on continue de maltraiter des cochons ou des poulets toute leur vie jusqu’à leur abattage. On est schizophrènes. »

Dans la galerie d’art, l’homme continue d’exposer son trait de pinceau si particulier pour façonner un éléphant, un rhinocéros, une baleine ou des singes. Mais il ne manque pas d’interroger le visiteur, notamment avec ce message « J’aime les animaux » réalisé avec des couverts et une assiette chinés chez Emmaüs. Ou encore avec ces panneaux de signalisation criblés de balles dénonçant la pratique de la chasse. « J’avais envie d’en parler », glisse-t-il sobrement.

Très connu dans l’ouest de la France où ses œuvres sont les plus visibles, War a désormais l’ambition de s’attaquer à une jungle plus dense encore et devrait exposer à Paris l’année prochaine. L’animal qu’il est entend étendre son territoire. Mais sans le cannibaliser.