Rennes : « Elle est bien abîmée »… Que va devenir l’ancienne prison Jacques-Cartier rachetée par la métropole ?

PATRIMOINE La collectivité vient de débourser 550.000 euros pour acquérir l’ancienne maison d’arrêt, à l’abandon depuis 2010

Camille Allain
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La métropole de Rennes a racheté la prison Jacques-Cartier pour 550.000 euros. La maison d'arrêt est vide depuis 2010.
La métropole de Rennes a racheté la prison Jacques-Cartier pour 550.000 euros. La maison d'arrêt est vide depuis 2010. — C. Allain / 20 Minutes
  • La métropole de Rennes vient d’annoncer l’achat à l’Etat de l’ancienne prison Jacques-Cartier pour 550.000 euros.
  • Vide depuis 2010 et le transfert des détenus vers Rennes-Vezin, la maison d’arrêt sera en partie conservée et transformée en lieu culturel.
  • L’association Champs de Justice espère toujours y créer un grand musée de la justice retraçant notamment les grands procès.

Depuis 2010 et le délicat transfert des détenus vers la nouvelle maison d’arrêt de Rennes-Vezin, la vieillissante prison Jacques-Cartier n’avait pas vu grand monde. Utilisée à de rares occasions pour des tournages, notamment La Taularde, produit par Julie Gayet dans lequel jouait Sophie Marceau, la prison a souvent été déserte. Ces dernières années, elle servait de temps à autre de camp d’entraînement aux équipes du GIGN ou des ERIS, les équipes chargées d’intervenir lors de conflits en prison. Mais il était presque impossible d’y accueillir d’autres publics, tant la sécurité laissait à désirer. Depuis lundi et l’officialisation de la vente du terrain et des bâtiments à Rennes Métropole, le quartier frémit de nouveau à l’idée de voir l’enceinte murée s’ouvrir un peu plus. Mais que compte faire la collectivité de ce terrain de 1,3 hectare et des vieux bâtiments achetés pour 550.000 euros ? Pour l’heure, cela semble flou. Mais pas des logements, cela semble acquis.

Dans un communiqué envoyé en début de semaine, la Direction régionale des finances publiques évoquait le souhait de la ville de faire de l’ancienne prison « un équipement culturel, ouvert à toutes et tous, pensé et imaginé avec les acteurs associatifs ». Vice-président de Rennes Métropole, André Crocq précisait que la rénovation s’inscrira « dans une démarche participative et citoyenne » s’inspirant de ce qui a été fait à l’Hôtel Pasteur. Ce lieu hybride abrite une école mais aussi des associations et dispose de salles ouvertes aux expositions et travaux de création. Le grand musée de la science un temps espéré par d’anciens universitaires n’y aura pas vu le jour.

Les bâtiments les plus récents de la prison Jacques-Cartier de Rennes seront sans doute détruits.
Les bâtiments les plus récents de la prison Jacques-Cartier de Rennes seront sans doute détruits. - C. Allain / 20 Minutes

A Jacques-Cartier, des voix s’élèvent depuis des années pour aménager un grand mémorial de la justice au sein de l’ancienne prison. « Notre volonté, c’est de créer un lieu retraçant l’histoire de ceux qui y ont vécu : des guillotinés, des prisonniers politiques ou de droit commun, des résistants. Comme un mémorial de la justice », explique Christian Gentilleau.

« Il y a des pigeons partout »

Le président de l’association Champs de Justice n’est pas le seul à tirer dans ce sens. Le groupe d’opposition Révéler Rennes a émis le souhait de la création « d’un équipement hybride qui mettrait à l’honneur à la fois le passé avec un grand musée de la justice et l’avenir avec des espaces dédiés aux loisirs et arts numériques », selon Carole Gandon. L’élue LREM aimerait « un lieu ouvert à de nouveaux publics, touristiques et populaires, pas toujours aux mêmes initiés qui fréquentent les lieux arty du centre-ville ».

Avant même de décider des futurs usages de l’ancienne prison datant de 1903, il faudra évaluer son état. Sans entretien ou presque depuis le déménagement en 2010, les bâtiments ont souffert. « Elle est bien abîmée. Les infiltrations d’eau ont fait des dégâts mais pas autant qu’on le pensait. Par contre, il y a des pigeons partout », témoigne Christian Gentilleau, qui a pu la visiter ce mercredi.

Dans l’idéal, son association aimerait disposer de la moitié des 10.000 m² de la partie historique. Les 5.000 autres m² sont moins chargés d’histoire puisque construits dans les années 1970. « Il faut absolument conserver la rotonde et les trois branches de la croix. Mais je crois qu’il faudra ouvrir des passages dans les murs d’enceinte », poursuit le président de Champs de justice. La métropole vient d’embaucher une personne, rattachée à son service culture, qui sera chargée de prendre en main les lieux.

La « chance » de la métropole vient du fait que ce bâtiment ne soit pas classé. Il possède bien deux étoiles au classement la ville de Rennes mais ce dernier n’a qu’une valeur consultative. Il sera donc possible d’abattre une partie de l’enceinte qui encercle les bâtiments si nécessaire. A partir du 7 octobre, ces murs accueilleront d’ailleurs une grande exposition sur l’abolition de la peine de mort. Des photos et témoignages qui viendront habiller l’imposante muraille de schiste pourpre. L’association Champs de justice espère même pouvoir pousser les portes bleues de la prison pour y tenir ses prochains événements dans la cour.