Rennes : Comment les festivals s’emploient à soutenir la scène musicale locale

FESTIVAL Longtemps étiquetée comme ville rock, la capitale bretonne dispose d’un important vivier artistique que le festival I’m from Rennes mettra en valeur du 19 au 26 septembre

Camille Allain
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Le groupe de rap Columbine, ici aux Trans Musicales, a été fondé à Rennes et soutenu par L'Antipode et les Trans.
Le groupe de rap Columbine, ici aux Trans Musicales, a été fondé à Rennes et soutenu par L'Antipode et les Trans. — Fred Tanneau / AFP
  • Réputée comme ville rock depuis les années 1980 et l’explosion d’Etienne Daho, Rennes dispose d’un important vivier de groupes de musique.
  • Le festival I’m from Rennes, qui se tient du 19 au 26 septembre, s’efforce de mettre en avant la scène locale, comme le fait l’Antipode ou les Trans Musicales.
  • Certains groupes comme Her ou Columbine ont littéralement explosé sur la scène nationale voire internationale après avoir été repérés.

« Quand on a 18 ans, commencer une carrière dans la musique, ça ne tient pas à grand-chose. » Quand il s’est lancé avec ses potes du lycée Zola, à Rennes, Victor Solf n’imaginait sans doute pas que sa voix l’emmènerait si loin. Avec son pote Simon Carpentier, emporté par un cancer en 2017, il a fait partie des Popopopops avant de créer le groupe Her, avec lequel il a cartonné et voyagé dans le monde entier. En 2010, le gamin qu’il était a eu la chance d’être repéré par Jean-Louis Brossard, le patron des Trans Musicales. « C’était un soir de la Fête de la musique au Jardin Moderne. Il n’y avait que dix personnes. Mais il était là ».

Comme lui, bon nombre de groupes ont décollé grâce au festival hivernal, réputé pour dénicher des talents. Un vrai tremplin qui a longtemps porté la scène rennaise et poussé certains d’entre eux à créer leur propre festival. En 2012, cinq groupes locaux bien connus des Trans (Popopopops, Manceau, Juveniles, Success et les Wankin Noodles) ont fondé I’m from Rennes avec l’animateur de Canal B Cédric Bouchu. « Ils voulaient mettre en avant la scène locale. Pas seulement eux, mais plutôt les autres », se souvient ce pilier de la radio locale.

« Je ne sais pas quelle carrière j’aurais faite dans une autre ville »

C’était il y a presque dix ans et il n’était pas prévu que ça dure. Mais le festival est toujours là et fêtera sa dixième édition du 19 au 26 septembre. Depuis sa création, il n’a jamais cessé d’ouvrir ses scènes à des groupes locaux qui n’avaient parfois jamais joué plus loin que dans leur garage. Tous n’ont pas percé, loin de là. Mais là n’est pas l’objectif. « Le bilan est hyper positif pour les artistes mais aussi pour la ville. I’m from Rennes a permis de revaloriser la scène locale auprès des personnes qui accompagnent les groupes, surtout quand ils avaient moins la cote », poursuit Cédric Bouchu. Victor Solf le reconnaît. Rennes est un vrai tremplin. « Je ne sais pas quelle carrière j’aurais faite dans une autre ville. Peut-être aucune ». Avant de tomber malade, son acolyte Simon Carpentier était d’ailleurs un membre actif d’I’m from Rennes. « Il en parlait beaucoup, il voulait que ça vive ».

Cette énergie, beaucoup considèrent qu’elle est née dans les années 1980, en même temps que les Trans et l’explosion d’Etienne Daho ou de Marquis de Sade. Depuis, le souffle n’est jamais vraiment retombé et la capitale bretonne semble toujours peuplée d’artistes talentueux. « On a toujours vu que c’était un vivier de musiciens. Et à chaque rentrée étudiante, on en voyait d’autres débarquer », se souvient Yann Chéhu, ancien membre de Success désormais connu sous le nom de James Eleganz. « Quand on a commencé I’m from Rennes, on n’avait pas besoin d’avoir un disque pour tourner. On avait 50 dates dans l’année sans forcer. Aujourd’hui, le business a changé, c’est beaucoup plus compliqué de jouer. Les lieux culturels ont une telle peur de ne pas remplir qu’ils ne prennent plus de risque », estime le musicien aujourd’hui basé à Dinard.

« Aujourd’hui, ce sont Spotify et Apple Music qui régissent tout »

Depuis dix ans et la naissance du festival, Rennes a vu éclore bon nombre de groupes qui ont fini par percer au niveau national. On a parlé de la soul de Her, de la pop des Juveniles, preuve que la scène rock n’est plus la seule à éclore de la capitale. Mais que dire que l’explosion du collectif rap Columbine ou de leur pote Lorenzo. « C’est une nouvelle mode de consommation de la musique. Aujourd’hui, ce sont Spotify et Apple Music qui régissent tout. Les styles sont davantage mélangés », estime Victor Solf. Pour cette dixième édition, on vous recommandera chaudement d’aller écouter la voix suave de Jeanne Bonjour, le flow qui claque de MoHican ou le projet rap US de Lowdy Williams. Et tous les autres aussi.

I’m from Rennes du 19 au 26 septembre

Le festival débute ce dimanche 19 septembre avec une balade musicale à vélo à Mordelles avant de revenir à Rennes pour le reste de la semaine dans des lieux insolites comme des skate-park et quelques endroits tenus secrets. I’m from Rennes va aussi retrouver la salle de la Cité vendredi et samedi pour deux soirées concerts et le dimanche pour une boom