Rennes : Lucile Viaud transforme les déchets de la mer en objets décoratifs en verre

ARTISANAT Installée à Rennes, la jeune designeuse Lucile Viaud vient de décrocher le prix Jeune Initiative Remarquable

Jérôme Gicquel
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Lucile Viaud conçoit des objets design à partir de ressources naturelles comme des coquillages.
Lucile Viaud conçoit des objets design à partir de ressources naturelles comme des coquillages. — ©M-A_Mouterde, Fondation Rémy Cointreau
  • La designeuse Lucile Viaud élabore des collections d’objets en verre à partir de ressources naturelles.
  • Sa collection de verre marin Glaz a séduit plusieurs restaurateurs étoilés en Bretagne.
  • La jeune femme vient de recevoir le prix Jeune Initiative Remarquable.

Elle conçoit son métier comme de la cuisine, partageant avec les chefs le goût pour l’alchimie des produits, locaux et de saison bien sûr. C’est pourtant vers le design d’objets que Lucile Viaud s’est orientée il y a sept ans. Diplômée de l’école Boulle à Paris, elle réfléchit depuis à la façon « de faire le mieux avec le moins possible ». C’est en Bretagne que la jeune femme de 27 ans a posé ses valises, y trouvant l’inspiration mais surtout les matières premières pour ses créations. « J’ai commencé par travailler sur le cuir de poisson avant de découvrir la richesse et le potentiel qu’offraient les ressources marines », indique-t-elle.

Originaire de Lorraine, Lucile Viaud a d’abord élaboré une recette de « plâtre de mer » à partir de coquilles d’huîtres, de moules ou d’ormeaux. Les travaux de cette « artiste-chercheuse », qui aime faire dialoguer « l’art et la science », l’ont ensuite conduite à se spécialiser dans la formulation de verres, toujours à partir de ressources naturelles. « Je vais rencontrer les producteurs et je m’adapte en fonction des stocks disponibles et des saisons », précise la jeune femme.

Ses créations sur la table de restaurants étoilés

Une fois son filet rempli de coquillages, de carapaces et d’algues, elle prend la direction de l’institut des sciences chimiques de Rennes sur le campus de Rennes 1 où elle confectionne ses « recettes verrières ». Il lui faut alors trier, nettoyer, concasser et tamiser tous ces déchets de la mer avant de les mélanger pour en faire une sorte de farine. Le matériau obtenu part ensuite à l’atelier Silicybine à Arcueil. C’est là que les objets décoratifs et d’art de la table seront produits artisanalement et en petite série par un souffleur de verre.

La collection de verre marin Glaz a séduit plusieurs restaurateurs étoilés de la région.
La collection de verre marin Glaz a séduit plusieurs restaurateurs étoilés de la région. - Hugo Poirier / Atelier Lucile Viaud

« On fabrique environ 300 kg de verre à l’année, soit environ 500 pièces », précise la designeuse. Vendue sous la marque Ostraco, sa collection de verre marin Glaz (couleur typique de la Bretagne qui mélange le bleu, le vert et le gris) a vite séduit de nombreux chefs de la région. On les retrouve ainsi sur les tables de restaurants étoilés comme Le Coquillage d’Hugo Roellinger à Cancale, Racines à Rennes ou le Moulin de Rosmadec à Pont-Aven.

Un verre d’Occitanie et bientôt de Lorraine

Son travail a également tapé dans l’œil du jury du prix Jeune Initiative Remarquable qui vient de lui accorder une bourse de 4.000 euros. En quête de nouveaux territoires et de nouvelles ressources pour ses créations, Lucile Viaud a mis le cap l’an dernier sur l’Occitanie avec une collection en verre de Rouergue, produite à partir de coquilles d’escargots, de sable des berges du Lot et de cendres de bois de chauffage.

D’ici peu, son inspiration la conduira dans sa région natale avec en projet une collection d’objets en verre conçus à partir des ressources sidérurgiques et métallurgiques de Lorraine.