Rennes : « On ne peut pas tout faire à vélo »… Comment la logistique urbaine compte abandonner le diesel

TRANSPORT Une charte de bonnes pratiques a été signée par de nombreux acteurs du transport jeudi à Rennes Métropole

Camille Allain

— 

Filiale de La Poste, la société Urby s'est spécialisée dans la livraison urbaine à vélo. Comme elle, de nombreuses entreprises de livraison ont signé une charte à Rennes.
Filiale de La Poste, la société Urby s'est spécialisée dans la livraison urbaine à vélo. Comme elle, de nombreuses entreprises de livraison ont signé une charte à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, les véhicules diesel ne pourront plus effectuer de livraison en 2030.
  • Une charte de bonnes pratiques a été signée jeudi par de nombreux acteurs du transport et de la logistique urbaine.
  • La livraison à vélo sera encouragée dans le centre-ville et les motorisations électriques privilégiées pour les camions transportant les colis les plus encombrants.

« Quand j’ai commencé comme chauffeur, la première chose que l’on faisait en arrivant, c’était de faire démarrer les camions. On enfumait tous les quais, c’était l’horreur ». Cela fait presque quinze ans qu’Alain conduit des poids lourds pour l’entreprise GFS. Depuis jeudi, il a vu son outil de travail devenir silencieux. Son employeur a investi dans un camion électrique de 16 tonnes. Moins polluant et surtout moins bruyant. « C’est très agréable à conduire », confie le chauffeur. Avec son autonomie de 250 kilomètres, ce camion sera chargé des livraisons urbaines dans le centre-ville de Rennes. « Pour les petits colis, nous faisons appel à des coursiers à vélo. Mais nous avons encore pas mal de clients qui ont besoin de palettes. Les magasins de l’hyper centre, il faut bien continuer à les livrer », glisse Jean-Yves Gautier, patron de GFS.

Cette complémentarité entre les différents modes de transport résume bien l’essence de la charte de la logistique urbaine signée jeudi à l’hôtel de Rennes Métropole. L’enjeu est de taille pour les transporteurs, qui verront le centre-ville de la capitale bretonne leur interdire l’accès aux véhicules diesel d’ici 2030. « Les entreprises ne vont pas changer toute leur flotte en un clin d’œil. Il nous faut anticiper cette transition », explique la présidente de la métropole Nathalie Appéré. La logistique représenterait 15 % des émissions de gaz à effet de serre en France.

« On a tous l’image du camion de livraison garé sur la piste cyclable »

Depuis quelques années, la part des courses réalisées à vélo a fortement progressé dans la plupart des villes françaises. Plus maniables, souvent plus rapides et surtout moins polluants, les deux-roues ont désormais la cote. « On ne nous voit plus comme des Martiens », plaisante Olivier Girault, responsable de Tout en vélo. Avec le confinement et l’explosion de la livraison de colis, ses livreurs n’ont pas le temps de s’ennuyer. Mais le responsable est lucide. « On ne peut pas tout faire à vélo ».

Pour éviter aux camions de s’aventurer dans le centre-ville, la collectivité réfléchit à mettre en place des plates-formes du dernier kilomètre qui seraient mutualisées entre les transporteurs. Pour le matériel encombrant ou très lourd, le camion restera la seule solution. Les motorisations électriques, voire à gaz ou peut-être un jour à l’hydrogène seront privilégiées.

La charte signée jeudi présente l’avantage d’offrir une vision globale de la livraison et pas seulement de se préoccuper de son empreinte environnementale. Une réflexion sur les places attribuées aux livreurs et aux horaires de circulation sera menée. « On a tous l’image du camion de livraison garé sur la piste cyclable. C’est pénalisant pour tout le monde », rappelle la maire Nathalie Appéré.