Rennes : Pourra-t-on un jour se rebaigner dans la Vilaine ?

PLOUF Les fortes chaleurs ont généré une concentration en cyanobactéries qui pollue le cours d’eau

Camille Allain

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Dans le quartier de Baud-Chardonnet, à  Rennes, des plages ont été aménagées le long de la Vilaine. Mais seuls les canards osent s'y baigner.
Dans le quartier de Baud-Chardonnet, à  Rennes, des plages ont été aménagées le long de la Vilaine. Mais seuls les canards osent s'y baigner. — C. Allain / 20 Minutes
  • La Vilaine a tourné au vert fluo ces derniers jours en raison d’un épisode de chaleur propice à la prolifération de cyanobactéries.
  • A Rennes, la ville a pourtant aménagé de nouvelles plages, avec l’espoir de rouvrir la baignade dans sa rivière.
  • La destruction des haies, des zones humides et l’usage de pesticides ont pollué les cours d’eau du département.

Ils ont éclaté de rire, tous ensemble, quand on leur a demandé s’ils avaient envie d’aller se baigner. Installés sur l’herbe du parc de Baud-Chardonnet, ces étudiants jouent aux cartes, à l’ombre, à quelques mètres de l’eau. Depuis quelques jours, la chaleur est intense à Rennes et les envies de se rafraîchir sont là. Pourtant, aucun membre ce petit groupe n’envisage de piquer une tête dans la rivière située juste à côté. « La Vilaine, elle est dégueu, jamais on ne se baigne là-dedans », glissent-ils en rigolant. Une « plage » a pourtant été aménagée dans ce tout nouveau parc. L’ambition avait même été affichée par la maire de Rennes Nathalie Appéré de retrouver un bon niveau écologique dans la rivière, afin d’envisager la baignade. Ici, mais aussi aux étangs d’Apigné. Est-ce vraiment envisageable ? On peut en douter tant le chantier est vaste. Mais l’espoir subsiste.

Avec le thermomètre qui grimpe, certains habitants ont osé se mettre à l’eau dans la Vilaine ces derniers jours, alors qu’une pollution aux cyanobactéries a rendu l’eau verte fluo. « Je me suis déjà baigné dedans mais c’était quand j’avais 18 ans. Je ne le referai pas aujourd’hui », glisse Julien, à peine 30 ans, entre deux exercices de musculation. « Mon copain l’a déjà fait. Il était parti se doucher juste après mais il avait quand même eu des plaques rouges sur tout le corps », raconte Lisa, étudiante qui habite à Baud-Chardonnet. Il y a quelques années, une amie à elle avait même contracté la leptospirose, aussi appelée « maladie du rat », après une baignade dans la rivière rennaise. La jeune femme rêverait pourtant de pouvoir faire trempette dans le cours d’eau, qui passe presque sous sa fenêtre. Elle n’est sans doute pas près de pouvoir le faire.

Dans le quartier de Baud-Chardonnet, à Rennes, des plages ont été aménagées le long de la Vilaine. Mais interdiction de s'y baigner, à cause des cyanobactéries.
Dans le quartier de Baud-Chardonnet, à Rennes, des plages ont été aménagées le long de la Vilaine. Mais interdiction de s'y baigner, à cause des cyanobactéries. - C. Allain / 20 Minutes

Comme la très grande majorité des cours d’eau du département, la Vilaine est victime des ravages de l’activité humaine et voit son débit se réduire considérablement, permettant la prolifération des cyanobactéries. Ces petites algues attaquent la peau et peuvent se révéler potentiellement dangereuses en cas d’ingestion. Des chiens en sont déjà morts ailleurs en France. « C’est un problème d’érosion des terrains. Depuis soixante ans, on a arraché les talus, drainé les parcelles, étendu nos zones urbaines, supprimé les zones humides. Tout cela favorise l’assèchement de nos cours d’eau », explique Pascal Hervé, vice-président de Rennes Métropole en charge du dossier. Ajoutez à cela des concentrations en phosphore de plus en plus élevées en raison du réchauffement climatique et de la pollution des eaux (merci les pesticides et le lisier) et vous aurez le bingo de la cyano.

Les adeptes du canoë-kayak doivent s’adapter

Au-delà de la baignade, ces concentrations polluent la vie aquatique et celle de bon nombre d’habitants. Au comité départemental de canoë-kayak, les séances avec les enfants sont régulièrement modifiées pour s’adapter à ce fléau qui touche toute la France. « A l’école de pagaie, on propose souvent des jeux d’eau, d’équilibre pour les plus jeunes. C’est essentiel », explique Gaëlle Régnier, cadre technique. Quand l’eau est polluée, ces activités n’ont pas lieu et consigne est donnée de ne pas toucher l’eau. Impossible à gérer avec des enfants.

Il va pourtant falloir faire quelque chose. En 2027, une directive européenne imposera à l’Ille-et-Vilaine de présenter 60 % de ses eaux de surface « en bon état écologique ». Devinez à combien nous sommes aujourd’hui ? Attention, ça va faire mal… En 2021, seules 3 % des eaux de surface sont considérées comme « en bon état écologique ». Dans ce contexte, peut-on sérieusement envisager un retour à la baignade dans la capitale bretonne ? « Je l’espère, mais il nous faudra du temps. Nous avons mis soixante ans à détruire le bocage. Il nous faut maintenant le recréer. Le chantier est vaste, mais la volonté est là », explique l’élu Pascal Hervé, agriculteur installé à Laillé.

Plus de haies, moins de pesticides

Pour y parvenir, la métropole rennaise a doublé son budget à destination des propriétaires de parcelles situées dans les bassins-versants de la Vilaine. L’objectif est d’inciter les agriculteurs à recréer des haies bocagères et réduire voire supprimer l’usage des pesticides. Les collectivités souhaitent quant à elle recréer des zones humides qui filtrent les pollutions et limitent le réchauffement de l’eau. Et doivent absolument moderniser les stations d’épuration situées le long des rivières. Alors seulement, nous pourrons rêver à des plongeons depuis les jolis pontons en bois qui jalonnent le cours d’eau.