Rennes : « On veut garder notre liberté »… L’Elabo veut bien déménager, à condition de garder sa liberté

DEMENAGEMENT Ce lieu alternatif bien connu des Rennais va devoir quitter son terrain du boulevard Villebois-Mareuil

Camille Allain

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A Rennes, l'Elaboratoire va devoir déménager et cherche un terrain où poser son joyeux bordel. Lancer le diaporama
A Rennes, l'Elaboratoire va devoir déménager et cherche un terrain où poser son joyeux bordel. — C. Allain / 20 Minutes
  • Lieu punk, alternatif et indépendant, L’Elabo va devoir quitter le 48 boulevard Villebois-Mareuil d’ici deux ans.
  • Un dialogue est ouvert avec la municipalité afin de trouver un terrain dans Rennes pour loger les occupants et bâtir un nouveau projet artistique.
  • La digue protégeant les bâtiments serait fragilisée. La ville souhaiterait également bâtir un réseau piéton et vélos à la place.

C’est un endroit qui ne ressemble à aucun autre. Un lieu alternatif, que l’on peut qualifier de « punk » sans lui faire offense. Parce que c’est assumé. Ici, on mène une vie décalée dans un lieu à la limite de la légalité. L’Elaboratoire croit à la marginalité, à l’entraide générale et à la quasi-absence de loi. Installé depuis 2008 au 48 boulevard Villebois-Mareuil, ce lieu de vie et de culture symbolisé par l’imposant robot qui trône à son entrée va devoir déménager.

Officiellement, la digue protégeant les constructions est fragilisée et doit être retapée. La ville souhaite profiter de ce chantier pour rendre certaines surfaces inondables afin de laisser la Vilaine déborder quand elle le souhaite. « La transformation de la digue en berge implique le départ de votre association afin de pouvoir réaménager l’ensemble des terrains », a expliqué la municipalité dans un courrier. « La structure métallique est très corrodée. Il y a un vrai risque d’effondrement », prévient Daniel Guillotin, l’un des élus à suivre ce dossier. A la place du « 38 », la ville envisage de faire passer un axe piéton et vélos, qui longera les rails jusqu’à la gare.

« On n’a aucun intérêt à se mettre en conflit »

L’argument se tient mais ne fait pas illusion auprès de la quarantaine d’habitants de l’Elabo. « La digue ? C’est un prétexte. Ils ont un autre projet et on fait tache dans le quartier », assure un habitué. Ce squat artistique a pourtant fait le choix du dialogue avec la ville et jure que les échanges sont constructifs. « On a aucun intérêt à se mettre en conflit. Notre souhait, c’est que l’Elabo perdure. Et ça, ça passe par un relogement », explique Cécile, régisseuse dans le spectacle vivant qui habite ici en camion, comme tous les occupants. « On nous a promis un terrain en intrarocade. Pour nous, c’était obligatoire de rester dans la ville », ajoute Fab, mécano et touche à tout. L’Elabo est arrivé là en 2008, suite à l’incendie de La Villa qui avait coûté la vie à un homme. L’occupation se voulait temporaire mais a fini par s’éterniser, face à l’absence de proposition de relogement de la ville. Le départ semble désormais acté.

A Rennes, l'Elaboratoire va devoir déménager et cherche un terrain où poser son joyeux bordel.
A Rennes, l'Elaboratoire va devoir déménager et cherche un terrain où poser son joyeux bordel. - C. Allain / 20 Minutes

Reste à savoir où atterriront les camions et le joyeux bordel qui se cache sous les hangars de cet ancien garage automobile qui vendait des voitures américaines. Pour l’heure, la ville n’a pas souhaité dévoiler ses pistes. Elle attend que l’équipe de l’Elabo rende son projet culturel avant de faire ses propositions de relogement. Le déménagement devra être acté d’ici deux ans pour le numéro 38. Le « terrain des chapiteaux » situé au milieu des immeubles en construction de la plaine de Baud-Chardonnet devra lui être évacué d’ici six à neuf mois. Les associations situées à côté comme La Mie Mobile, le Village d’Alphonse ou la Garden Partie pourront rester.

« Ici, on propose de l’art gratuit »

A L’Elabo, on rêve déjà d’un vaste terrain regroupant les nombreuses activités proposées. « On fait de tout ici ! De la couture, de la céramique, de la réparation de vélo, de l’informatique, des expositions, des arts vivants, du théâtre, de la peinture… C’est un lieu unique, rare, même à l’échelle nationale et il faudra conserver cette âme, ces valeurs d’accessibilité. Ici, on propose de l’art gratuit », enchaîne Greg, costumier qui vit à l’Elabo depuis près de dix ans.

La ville a déjà prévenu l’association que le déménagement passerait par la signature d’une convention avec l’administration afin de définir des objectifs culturels à atteindre. « La paperasse, ce n’est pas notre truc. On n’est pas contre mais on veut garder notre liberté, notre côté alternatif. Rentrer dans les clous mais pas trop », glisse Cécile dans un sourire.

La jeune femme sait qu’elle peut compter sur le soutien d’une partie de la population. Sur le Web, une pétition lancée par un proche du collectif a rassemblé 7.500 signatures, preuve de l’attachement du quartier à ce lieu pas comme les autres. « Avec ce déménagement, on pourra aussi mieux accueillir le public. Ici, on voit des gens qui hésitent à rentrer, qui regardent mais sans avancer. On pourra se mettre aux normes des ERP (établissements recevant du public) », conclut Greg. L’Elabo veut bien déménager. Mais pas perdre son identité.