Rennes : La ville enlève des poubelles pour tenter d’améliorer la propreté de ses parcs et quartiers

DECHETS Déjà testé dans certains parcs de la ville, le dispositif sans poubelle permet de limiter la collecte

Camille Allain

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Dans le quartier du Blosne, à Rennes, les dépôts sauvages de déchets sont réguliers au pied des poubelles.
Dans le quartier du Blosne, à Rennes, les dépôts sauvages de déchets sont réguliers au pied des poubelles. — C. Allain / 20 Minutes
  • La ville de Rennes a retiré 28 des 60 corbeilles présentes dans le quartier populaire du Blosne.
  • Un choix « technique » induit par la difficulté d’accès de ces poubelles pour les agents chargés de les vider. Mais aussi un choix politique.
  • Dans plusieurs parcs où les corbeilles ont été supprimées, les déchets sont mieux triés et moins de dépôts sauvages sont à déplorer.

Dans les allées du Blosne, personne n’a rien remarqué. Depuis quelques jours, bon nombre de poubelles ont pourtant disparu des espaces verts encerclant les petits immeubles de ce quartier populaire de Rennes. S’inspirant de ses propres expériences lancées dans certains de ses parcs, la municipalité socialiste a fait le choix de retirer 28 des 60 corbeilles installées dans les espaces publics du quartier.

La raison première ? La difficulté d’accès, occasionnant une gêne pour les agents du service des jardins chargés de les vider régulièrement. Mais derrière cette excuse « technique » se cache une réelle volonté politique. Celle d’améliorer la propreté de ce quartier pas vraiment réputé pour. Un paradoxe ? Pas tant que ça.

Marina a le dos courbé et s’affaire à plier ses cartons pour les faire rentrer dans la benne souterraine de tri. Cette habitante de Caen vient régulièrement dans la capitale bretonne pour rendre visite à ses beaux-parents. Depuis des années, elle fait ce constat accablant : « c’est hyper sale ». Elle se redresse et poursuit. « J’ai l’impression que les gens posent tout au pied des poubelles et se barrent. On trouve de tout ici. Des meubles, des vieilles télés, des cartons. C’est n’importe quoi ». Un couple de retraités habitant le quartier depuis bien longtemps abonde. « On voit des couches balancées par les fenêtres. C’est de pire en pire. Pardonnez-moi l’expression mais c’est dégueulasse ». Un agent de la ville marche vers eux, une pince de ramassage à la main. Surpris de nous voir nous intéresser à son travail et surtout résigné. « On fait ce qu’on peut mais c’est désolant. Il n’y a qu’à venir le lundi pour le voir. Quand on ne travaille pas, il y en a partout. C’est désespérant ».

Dans le quartier du Blosne, à Rennes, des panneaux ont été installés pour indiquer où les poubelles ont été enlevées.
Dans le quartier du Blosne, à Rennes, des panneaux ont été installés pour indiquer où les poubelles ont été enlevées. - C. Allain / 20 Minutes

Quand on interroge cet agent sur la suppression des corbeilles actée il y a quelques jours, il nous avoue ne pas être au courant. Est-ce que cela changera quelque chose ? « Sans doute pas ». L’adjoint en charge de la propreté n’est pas du même avis. « Nous avons supprimé toutes les corbeilles de certains espaces parce qu’ils étaient difficiles d’accès. Ce que l’on constate, c’est que ça fonctionne plutôt bien. Les gens repartent avec leurs déchets et les jettent plus loin dans un point d’apport volontaire. C’est comme quand on va à la plage ou en forêt », explique Cyrille Morel.

L’avantage de ces points, c’est qu’ils permettent de faire le tri des plastiques, des cartons et du verre. Essentiel dans une métropole qui dispose des consignes de tri les plus performantes. « Le problème des corbeilles, c’est qu’on y trouve n’importe quoi. C’est compliqué à gérer pour les agents, d’autant plus que beaucoup de gens posent tout à côté », poursuit l’adjoint à la propreté.

Les parcs où le dispositif est testé sont propres

Depuis la mise en place de son « plan propreté » en 2018, la municipalité rennaise a supprimé les corbeilles des Jardins de la confluence, un espace vert donnant sur la Vilaine réputé pour accueillir des apéros réguliers. L’absence de corbeilles sur place est compensée par la proximité de points de tri de grande contenance, capable d’absorber un week-end de fête. Ici comme dans les grandes prairies Saint-Martin, le dispositif se révèle efficace et les bouteilles de rosé pamp’ou autre canettes trouvent leur place dans des bacs dédiés au verre. Surtout, les dépôts « sauvages » au pied des poubelles ont quasiment disparu. « On s’inspire de ce qui se fait dans certains pays comme le Japon ou la Suisse. Il y a un appel au civisme ».

Partout là où les corbeilles ont été supprimées, la ville a installé des petits panneaux expliquant sa démarche et indiquant la poubelle la plus proche. En marchant dans les allées du Blosne, nous avons constaté que les nouveaux espaces sans poubelle étaient propres. Mais que les abords des points de tri sélectif étaient jonchés de détritus. L’appel au civisme n’a pas été entendu de tous.