Rennes : « On ne voit ça que dans les films »… Que s’est-il passé mercredi midi à Cleunay ?

REGLEMENT DE COMPTE Un jeune homme d’une vingtaine d’années a reçu deux balles dans la tête lors d’un probable règlement de compte sur fonds de trafic de stupéfiants. Il est en état de mort cérébrale

Camille Allain

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Photo prise par un riverain de Cleunay après des coups de feu survenus le 17 mars 2021.
Photo prise par un riverain de Cleunay après des coups de feu survenus le 17 mars 2021. — DR
  • Un homme de 22 ans est en état de mort cérébrale. Il a été touché par deux balles à la tête mercredi à Cleunay, un quartier de Rennes.
  • La rue où le jeune homme a été abattu est un point de deal connu, objet d'une rivalité entre bandes de trafiquants.
  • Dans le quartier, les riverains sont comme groggy

EDIT : Le jeune homme de 22 ans est décédé le jeudi 18 mars à l'hôpital où il avait été admis la veille. Le tireur présumé a été mis en examen pour meurtre.

Ce jeudi, la rue Ferdinand de Lesseps était déserte. « Ça fait trente ans que j’habite ici, je n’ai jamais vu le coin aussi vide », commente un habitué. Vingt-quatre heures plus tôt, une fusillade a éclaté ici, devant le centre commercial Carrefour City installé au cœur du quartier de Cleunay. Un homme âgé de 22 ans a été touché par deux balles à la tête. Ce jeudi, il était toujours en état de mort cérébrale, selon le procureur de la République de Rennes. Son frère, âgé de 24 ans, a été blessé plus légèrement. Un premier suspect a été interpellé et est toujours en garde à vue. Agé de 21 ans, il est déjà connu des services de police pour trafic de stupéfiants. Ce n’est pas la première fois que des coups de feu résonnent dans ce quartier plutôt tranquille. Mais c’est la première fois qu’une personne est gravement touchée. Dans le quartier, la population est sous le choc.

« D’habitude, on ne voit ça que dans les films. Mais là, ça s’est passé chez nous, sous nos yeux ». Les habitués du quartier gardent les images de la fusillade qui a fait trembler le quartier mercredi. Ici, tout le monde sait que des gamins trafiquent aux abords du centre commercial. « On le voit bien, ils sont là tous les jours. Mais c’est comme si c’était intégré. On vivait avec », explique une habitante du quartier. Le motif des coups de feu ne fait aucun doute et la police privilégie le règlement de compte sur fond de trafic de stupéfiants. « Ils étaient deux. Ils sont arrivés à pied et ils se sont embrouillés avec les jeunes devant le centre commercial. Il y en a un qui a sorti une arme et qui a tiré deux fois, en pleine tête. C’était un petit calibre, un 6.35. Il l’avait caché dans sa poche », raconte un témoin de la scène. Un autre riverain a tout vu de sa fenêtre. « Il a tiré et l’autre s’est effondré. Tout s’est passé très vite ».

Des coups de feu ont été tirés dans le quartier de Cleunay, à Rennes, le 17 mars 2021, blessant grièvement un jeune homme.
Des coups de feu ont été tirés dans le quartier de Cleunay, à Rennes, le 17 mars 2021, blessant grièvement un jeune homme. - C. Allain / 20 Minutes

Touché à la tête, le jeune homme a été pris en charge par les secours et transporté d’urgence au CHU Pontchaillou mais son état de santé semble désespéré. « Il y avait une mare de sang. Son ami lui faisait un massage cardiaque en lui criant dessus. C’était surréaliste ». Le tireur a pris la fuite à pied et jeté son arme un peu plus loin. Un suspect a été placé en garde à vue mercredi, sans que l’on ne sache s’il s’agit du tireur présumé. Les deux victimes sont Souleiman et Hamzat Labazanov. Le plus âgé a déjà été reconnu coupable d'avoir tué Kylian, en 2012, étranglé dans un collège du quartier. Il avait été condamné à cinq ans de prison

« On n’imaginait pas que ça irait jusqu’à des coups de feu »

D’après nos informations, les deux hommes d’origine tchétchène touchés par les balles étaient venus « protéger » un autre gamin du quartier qui se sentait menacé. La veille, des tirs en rafale avaient été entendus. Un homme de 30 ans s’était présenté à l’Hôpital Sud avec une blessure à la jambe provoquée par des coups de feu. « Tout ça pour un bout de shit ».

L’affaire est sans doute plus complexe que ça. Connue comme point de deal, la rue de Lesseps faisait l’objet de convoitises entre bandes rivales et il n’était pas rare de voir des groupes de Villejean ou du Blosne se déplacer ici. Une guerre des territoires qui pourrait bien coûter la vie à un homme de tout juste 22 ans.

Dans le quartier, les riverains sont comme groggy. Tous savaient qu’il y avait du trafic sous leur fenêtre. A quelques mètres de l’école Champion-de-Cicé, un canapé a même servi de « drive ». Tous les habitants reconnaissent que la violence autour de ce point de deal s’était accentuée. « J’ai déjà vu un gamin en sang qui avait reçu des coups de couteau. Mais on n’imaginait pas que ça irait jusqu’à des coups de feu. Surtout comme ça, en pleine journée », évoque une maman, avant d’ajouter. « Depuis six mois, on sentait qu’il y avait une tension palpable. On voyait de plus en plus la police tourner. Ça devait arriver. Mais quand ça arrive, c’est un choc ».

Une marche ce vendredi matin

Inquiets pour eux et pour leurs enfants, les parents d’élèves de l’école voisine prévoient une marche ce vendredi à 8 h 45. Une manière de montrer que ce quartier empreint de diversité restera uni et continuera de vivre en harmonie. « Nous voulons pouvoir vivre en paix. Nous avons tous peur des représailles ».

Saisie de l’enquête, la police judiciaire interroge actuellement les nombreux témoins de ce drame. Au-delà des coups de feu, il s’agira de faire la lumière sur cette guerre des trafics que Rennes ne connaissait pas, contrairement à Marseille ou Grenoble. L’an dernier, huit des dix affaires de coups de feu survenues entre janvier et juin ont été élucidées, rappelait le procureur de la République Philippe Astruc.