Rennes : « Soit on s’étale, soit on s’élève »… La construction en hauteur divise les habitants

URBANISME Dans la capitale bretonne, plusieurs projets d'immeubles s’attirent les critiques des riverains

Camille Allain
— 
Dans le nouveau quartier de Baud-Chardonnet, la ville de Rennes a décidé de construire en hauteur.
Dans le nouveau quartier de Baud-Chardonnet, la ville de Rennes a décidé de construire en hauteur. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, plusieurs projets d’immeubles de grande hauteur sont à l’étude.
  • Ces projets dépassant dix étages sont de plus en plus contestés par des riverains, qui craignent de voir leur quartier défiguré et débordé par un afflux soudain de riverains.
  • L’élu chargé de l’urbanisme explique que la hauteur doit être vue comme une solution pour limiter l’étalement urbain. Et précise que chaque projet est étudié minutieusement.

« Je garde le souvenir d’une ville à taille humaine. Là, j’ai la sensation d’une déshumanisation. Je trouve que la densité, c’est oppressant ». Marie habite un appartement au rez-de-chaussée d’un petit collectif du quartier de la Poterie, à Rennes. De l’autre côté de la route, elle aperçoit le siège vieillissant du bailleur Aiguillon Construction. Un immeuble de deux étages aux délicieuses couleurs marron que la société projette de remplacer par un nouveau siège flambant neuf d’environ trente mètres de haut.

Pour équilibrer l’opération immobilière, Aiguillon a bâti un ambitieux projet sur cette parcelle, dont les deux tiers appartiennent à la ville, et espère y construire trois immeubles, dont l’un devait culminer à 17 étages. Grâce à la mobilisation des habitants, la tour a été rabotée de cinq étages et n’en comptera plus « que » douze.

Cette contestation organisée par des riverains inquiets de vivre à l’ombre d’une tour de près de cinquante mètres de haut n’est pas propre au quartier de la Poterie. Ailleurs à Rennes, des habitants se mobilisent pour contester la densification de leur voisinage. On pourrait citer le projet de Bâti Armor à l’angle de la route de Saint-Brieuc et Vezin, où 17 étages sont prévus. Ou encore le projet de la ZAC de Haut Sancé, au Landry. « On savait qu’il y aurait des immeubles et on n’est pas contre. On dit juste que ça doit être réfléchi. Il faut regarder les routes, les infrastructures autour comme les écoles, les médecins. On nous avait promis une concertation mais c’était une boucherie », raconte Antoine, l’un des riverains les plus mobilisés du quartier.

Dans le centre-ville, d’autres s’inquiètent du projet porté par Samsic, qui devrait offrir 24 étages perchés au-dessus de la gare. Peu habituée à la grande hauteur, la capitale bretonne va-t-elle devoir s’y contraindre ? Oui et non. « On ne peut pas s’étaler, donc si on veut conserver notre ceinture verte, on n’a pas trop le choix. Auparavant, nous avions des friches urbaines comme à la Courrouze, à Baud-Chardonnet ou à Beauregard. Désormais, 95 % des logements seront construits sur des zones déjà occupées », prévient Marc Hervé.

«Construire en hauteur, ce n’est pas une obsession, c’est une solution»

Adjoint en charge de l’urbanisme, le socialiste a succédé à Sébastien Sémeril, qui se plaisait à « soigner » chaque entrée de la ville avec « une tour signal ». Certaines ont bien vu le jour comme la résidence étudiante de 17 étages surplombant Villejean qui n’a pas posé de problèmes de voisinage. Mais d’autres ont été révisées, retardées voire abandonnées. « Construire en hauteur, ce n’est pas une obsession, c’est une solution. Elle doit être parcimonieuse mais elle est indispensable », poursuit Marc Hervé, avant de s’expliquer. « Si on veut maintenir des pavillons et des petits collectifs, il faut avoir une émergence (une tour en langage moins urbanistique). Beaucoup d’habitants ont critiqué le recours trop systématique au R + 4 ou R + 5. Il faut rompre avec la monotonie ». La hauteur est également un moyen « d’amortir » le prix du foncier toujours plus élevé. Beaucoup plus élevé quand on reconstruit que lorsque l’on investit des friches.

Dans le quartier de Beauregard, à Rennes, une tour de 17 étages est en cours de construction.
Dans le quartier de Beauregard, à Rennes, une tour de 17 étages est en cours de construction. - J. Gicquel / 20 Minutes

Le problème, c’est qu’en face, les habitants historiques des quartiers apprécient cette monotonie. Bon nombre d’entre eux ont du mal à accepter que leur environnement soit métamorphosé. Accueillir de nouveaux habitants est aussi synonyme de nouvelles problématiques comme le stationnement, la circulation, la cohabitation. « Je m’interroge sur la ville que nous voulons. Est-ce que la hauteur favorise la vie de quartier ? », interroge Anthony, un habitant de la Poterie. Ce dernier, comme bon nombre d’opposants au projet d’Aiguillon, a l’impression que la municipalité avance à marche forcée pour construire. Toujours plus vite, toujours plus haut ? « Pour ne pas exclure, notre ville doit continuer à construire. Soit on s’étale, soit on s’élève », répond Marc Hervé.

Le plan local d’urbanisme prévoit la construction de 1.500 logements par an à Rennes. Un chiffre qui peut paraître démesuré au regard de la croissance démographique de 0,5 %. Mais qui s’explique par un phénomène de « décohabitation ». Dans la capitale bretonne comme partout ailleurs, les familles se séparent et il est nécessaire de construire davantage pour faire de la place pour tout le monde.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/rennes-on-n-en-dort-plus-la-nuit-ces-riverains-mobilises-contre-la-future-tour-de-17-etages-7113951

https://www.20minutes.fr/rennes/2179495-20171201-rennes-maisons-construites-toit-parking-pied-tour-17-etages