Rennes : « Au quotidien, ça pourra être difficile »… Quelles solutions pour améliorer la qualité de l’air ?

POLLUTION Un nouveau plan de protection de l’atmosphère est en cours d’élaboration par l’État et la métropole

Camille Allain
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Illustration d'un axe routier lors d'un épisode de pollution de l'air, ici à Rennes.
Illustration d'un axe routier lors d'un épisode de pollution de l'air, ici à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • L’Etat et la métropole rennaise planchent sur un 3e volet du Plan de protection de l’atmosphère.
  • Ce plant pourrait comporter des mesures contraignantes pour la pollution, comme la limitation de circulation ou la mise en place de zones à faible émission.
  • D’après une étude menée par AirBreizh, près de 5.000 Rennais seraient exposés quotidiennement à des dépassements de concentration en particules fines.

Les températures sont en chute libre en ce début de semaine. Comme souvent, cet épisode de froid va donner lieu à une détérioration de la qualité de l’air. En Bretagne, elle a oscillé entre « dégradée » et « moyenne » d’après l’association AirBreizh. Un phénomène récurrent auquel la plupart des grandes agglomérations françaises sont confrontées depuis des années. En France, la métropole de Rennes n’est pas « la pire » et ne fait plus l’objet d’un contentieux européen, contrairement à Paris, Lyon, Marseille, Nice et d’autres, pour lesquelles la France a été condamnée en 2019. Motif ? Dépassement des valeurs limites de dioxyde d’azote. A Rennes, ces émissions ont diminué de 24 % sur la rocade par rapport à 2008, et de 12 % en intrarocade.

Un constat encourageant que l’on peut attribuer au deuxième Plan de protection de l’atmosphère, qui a pris fin en 2020. Depuis quelques semaines, les services de l’État et de la métropole planchent sur le 3e volet de ce plan. Un dispositif qui entrera en vigueur en 2022 pour prendre fin en 2026 et devra s’attaquer au préoccupant phénomène des concentrations en particules fines. « Le premier plan nous a permis de sortir du contentieux européen. Il faut s’en féliciter. La question de la pollution n’est pas simple à saisir. Elle est immatérielle. Il nous faut concerter la population et obtenir son adhésion pour bien avancer », explique Ludovic Guillaume.

« Cela amènera à des décisions politiques qui pourront avoir un impact sur la vie des gens »

Le secrétaire général de la préfecture d’Ille-et-Vilaine préside le comité de suivi de ce qu’il appelle le « PPA ». Et il sait que des décisions devront être prises à l’avenir pour limiter nos émissions. « Cela amènera à des décisions politiques qui pourront avoir un impact sur la vie des gens. Au quotidien, ça pourra être difficile », prévient-il. S’il est trop tôt pour aborder les actions à mettre en place, on peut déjà envisager une limitation plus stricte de la circulation des véhicules les plus polluants, basée sur la vignette Crit’Air ou des circulations alternées comme c’est le cas à Paris. Une zone à faible émission dans le centre-ville de Rennes pourrait également être envisagée.

Ces mesures seront nécessaires si la métropole veut respecter la réglementation de demain, dont les seuils seront sans doute abaissés pour respecter les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. « Très peu d’habitants sont exposés à des dépassements si l’on s’en tient à la réglementation actuelle. Mais quand on se projette dans le futur, on voit qu’il y aura davantage de dépassements », avertit Gaël Lefeuvre, directeur d’AirBreizh.

Près de 5.000 Rennais exposés quotidiennement à des dépassements

Pendant deux ans, son institut a mené une longue étude pour évaluer la qualité de l’air dans la métropole et l’exposition des habitants à la pollution. L’une de ses conclusions ? « La majorité de la population réside dans des zones faiblement exposées au dioxyde d’azote. Cependant, entre 100 et 750 personnes sont exposées à des dépassements de la valeur limite en moyenne annuelle à leur domicile ».

Concernant les particules fines, « entre 400 et 4.400 personnes sont exposées quotidiennement à des concentrations pouvant potentiellement dépasser la valeur guide établie par l’OMS ». On y apprend sans surprise que les abords de la rocade sont les zones les plus polluées.

« A Rennes, on observe des effets canyon dans certaines rues étroites »

Pointer du doigt la seule circulation automobile serait une erreur. Dans la capitale bretonne, l’activité agricole et le chauffage urbain sont également des sources de cette pollution de fond. Pour tenter de les réduire, les élus misent sur l’entrée en service de la seconde ligne de métro et le recours au vélo et aux bus à haut niveau de service envisagés pour 2026. Mais il faudra activer bien plus de leviers, à l’image de la politique d’urbanisme.

« A Rennes, on observe des effets canyon dans certaines rues étroites bordées d’immeubles assez hauts », explique Gaël Lefeuvre. Ces couloirs concentrent la pollution et limitent sa dispersion. En France, on estime que la pollution de l’air provoque 48.000 décès prématurés par an, soit davantage que l’alcool. C’est d’abord l’exposition prolongée qui semble être un facteur de risque plutôt que les pics de pollution.