Rennes : En plein boom, la cybersécurité cherche à se féminiser

EMPLOI Le secteur est en plein développement et peine à recruter, notamment chez les femmes

Camille Allain

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Illustration de la cybersécurité, ici au pôle d'excellence Cyber, ouvert à la DGA de Bruz, près de Rennes.
Illustration de la cybersécurité, ici au pôle d'excellence Cyber, ouvert à la DGA de Bruz, près de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Depuis 2018 et jusqu’en 2025, 1.800 emplois auront été créés dans la cybersécurité au sein de la métropole rennaise.
  • Très dynamique, le secteur peine à recruter notamment chez les femmes.
  • Un réseau de « combattantes numériques » a été créé pour faire changer de regard sur le secteur de la cybersécurité et de la cyberdéfense.

On l’appelle « combattante numérique ». Elle n’aime pas trop le terme, mais qu’importe l’intitulé, il résume bien sa mission. Architecte Sécurité des systèmes d’information au sein de la Direction Générale de l’Armement (DGA), Marie (le prénom a été changé) est l’une des rares femmes à exercer dans la cybersécurité au sein du site de Bruz, près de Rennes. Depuis quelques mois, elle a intégré le réseau de « combattantes numériques » créé par son ministère en vue de féminiser la profession. Et il y a du boulot. Seules 5 % des personnes travaillant dans la cyberdéfense sont des femmes. Les besoins sont pourtant là. Depuis 2018 et jusqu’en 2025, 1.800 emplois auront été créés dans la cybersécurité au sein de la métropole rennaise, d’après une enquête de l’Insee dévoilée ce jeudi. Mais combien seront des femmes ?

Marie travaille à sécuriser les systèmes d’information du ministère des Armées afin d’éviter les attaques cyber. Un rôle essentiel pour garantir la confidentialité des échanges entre le ministère et ses militaires, parfois engagés dans des missions stratégiques secrètes. Une mission dans laquelle elle s’épanouit mais où elle est entourée d’hommes. Dans son équipe qui compte 23 personnes, elles ne sont que trois femmes. « Je suis habituée. Depuis que j’ai commencé mes études d’informatique, nous ne sommes pas nombreuses ». Son bac + 5 en poche, Marie envisageait de travailler sur les systèmes et réseaux, à une époque où la cyberdéfense en était à ses balbutiements. « On m’a dit que ce n’était pas un métier pour les femmes ».

« On a encore trop souvent l’image du geek devant son écran »

Les années ont passé et Marie a trouvé une place de choix au sein d’un secteur en pleine croissance qui peine sérieusement à recruter. Elle n’est pas la seule. En Bretagne, ce sont environ 8.000 personnes qui travaillent dans ce domaine dont l’essor est pourtant tout récent. D’après le SANS Institute, qui regroupe des dizaines de milliers de professionnels de la cyber, les femmes seraient deux fois plus nombreuses aujourd’hui qu’il y a six ans. Preuve que le secteur attire. « Nous devons poursuivre le travail engagé pour faire connaître les métiers », reconnaît Régine Diverrès, chargée de mission à We ker, sur la filière cyber pour Rennes Métropole. « Le secteur est chargé de représentations qui font penser que la cybersécurité est réservée aux hommes, aux ingénieurs. On a encore trop souvent l’image du geek devant son écran ».

En poste depuis 2017 à la DGA, Marie sait que cette image sera longue à effacer. Pour elle, c’est dès le collège et le lycée qu’il faut agir. « L’orientation scolaire est encore trop marquée. On doit montrer ce que sont vraiment nos métiers. Oui, j’ai une mission technique mais je n’ai pas les mains dans le cambouis. Dans mon quotidien, j’ai beaucoup de dialogue, des missions variées et passionnantes, tout en gardant une vie personnelle à côté ». Régine Diverrès partage le même constat. Elle espère aussi convaincre les personnes en reconversion de s’orienter vers ces métiers du numérique en plein boom. A l’entendre, Rennes pourrait profiter de son attractivité pour attirer de nouveaux talents. « L’écosystème cybersécurité est très riche donc il offre de belles perspectives de carrière ».