Confinement, télétravail, jeux vidéo... Faut-il s’inquiéter du temps passé devant nos écrans ?

NuMERIQUE A Rennes, le Bureau des temps organise ce jeudi une conférence autour du temps de connexion

Camille Allain
— 
Confinement, télétravail, jeux vidéo... Faut-il s’inquiéter du temps passé devant nos écrans ? (Illustration)
Confinement, télétravail, jeux vidéo... Faut-il s’inquiéter du temps passé devant nos écrans ? (Illustration) — C. Allain / 20 Minutes
  • Le confinement et le recours au télétravail et visioconférences ont renforcé notre utilisation des écrans.
  • La question de la présence du numérique sera au cœur d’une conférence en ligne organisée ce jeudi par le Bureau des temps de la ville de Rennes.
  • La chercheuse Séverine Erhel qui l’animera estime que l’on a tendance « à beaucoup alarmer et stigmatiser » au sujet du numérique.

Travailler, se distraire, rigoler, faire son shopping, discuter, glander, perdre son temps… La palette des écrans pour occuper nos vies est aussi large que variée. La crise sanitaire et son combo « télétravail et confinement » n’ont fait que renforcer notre dépendance au numérique. Faut-il s’inquiéter du temps passé devant les écrans par les petits et les grands ? La question sera posée ce jeudi soir lors d’une conférence en ligne organisée par le Bureau des temps, service de la ville de Rennes qui planche sur la délicate question du temps. « Je n’aime pas trop le terme d’écran. Je préfère parler de technologies numériques », corrige Séverine Erhel, qui animera la conférence ce jeudi.

Maître de conférence en psychologie cognitive et ergonomie à l’université Rennes 2, la chercheuse regrette que certains « experts » qui n’en sont pas viennent créer « une panique morale » notamment auprès des parents, inquiets de voir leurs enfants croquer leurs écrans. « On se focalise sur le temps de connexion mais tout dépend du contenu. C’est plus complexe que de dire “Vous laissez trop vos gamins devant l’écran”. Certaines études ont montré que des enfants qui regardaient des programmes éducatifs et de qualité avaient vu leur niveau de langage progresser ». Dans le même temps, les contenus non éducatifs avaient eu des effets négatifs sur le niveau de langage d’autres enfants. « Cela montre qu’il y a bien une relation mais qu’il faut la nuancer. L’accompagnement parental peut être un facteur déterminant pour avoir une bonne qualité d’usages du numérique », estime Séverine Erhel.

« Faire du zéro écran, ce n’est pas non plus une bonne chose »

En organisant cette rencontre, la ville de Rennes espère avant tout d’amener le dialogue autour de la question de l’omniprésence du digital en cette période de confinement où les visioconférences ont envahi certaines vies. « La collectivité a comme un rôle de veilleur externe. Il ne faut pas faire de paternalisme mais il y a de nouveaux enjeux liés à l’évolution de nos modes de vie. Il est nécessaire de prendre du recul, de réfléchir ensemble et d’informer nos habitants. Le partage des bonnes pratiques de chacun est essentiel », estime Iris Bouchonnet, élue communiste chargée de la politique des temps.

Mais comment « bien vivre » avec le numérique ? La question de « l’usage raisonné » des écrans est régulièrement posée à la chercheuse de Rennes 2. Et la réponse n’est pas tranchée. « Certaines études ont démontré que le temps idéal était d’une à deux heures par jour et que des problématiques sociales ou émotionnelles pouvaient apparaître quand on dépassait cinq heures par jour », concède Séverine Erhel. Avant de préciser. « Faire du zéro écran, ce n’est pas non plus une bonne chose. Les usages numériques comme les jeux vidéo sont des vecteurs de socialisation. Ils apportent des sujets de discussion ».

« Le numérique ne va pas transformer une génération en décérébrés »

Au-delà des plus jeunes, tous les adultes devraient d’ailleurs s’interroger sur leur pratique numérique. Comment comprendre qu’un parent vienne couper subitement la console de son enfant alors qu’il saute sur son téléphone à la moindre notification ? « On a tendance à beaucoup alarmer et stigmatiser. Mais le numérique ne va pas transformer une génération en décérébrés. Tout dépend de nos usages », estime la chercheuse. Il en va aussi de la capacité de l’humain à partager son attention. Tout le monde n’est pas égal dans sa concentration face à un stimuli extérieur, qu’il s’agisse d’un message Whatsapp ou d’un klaxon dans la rue. « L’important c’est éduquer aux médias et d’expliquer comment se prémunir des usages délétères. Je ne veux pas voir ce message alarmiste de décérébration se diffuser dans notre société », prévient l’universitaire. Si vous êtes arrivé jusqu’à la fin de cet article, vous pouvez maintenant éteindre votre écran. Ou pas.