Couverture mobile : « Il faut nous donner la lumière »… En Bretagne, les zones blanches ne captent rien

NUMERIQUE Le département d’Ille-et-Vilaine souhaite s’appuyer sur son application participative Kicapte pour améliorer sa couverture mobile

Camille Allain
L'application Kicapte a été développée par le conseil départemental d'Ille-et-Vilaine pour connaître la couverture mobile et identifier les zones blanches.
L'application Kicapte a été développée par le conseil départemental d'Ille-et-Vilaine pour connaître la couverture mobile et identifier les zones blanches. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Ille-et-Vilaine, plusieurs communes sont considérées comme "zones blanches" et n’ont pas ou peu de couverture mobile.
  • Pour tenter d’y remédier, le département avait lancé l’application Kicapte pour identifier les zones où le débit est limité.
  • Des efforts ont été entrepris par les opérateurs mais certaines zones continuent de galérer et peinent à se faire entendre.

« Quand l’un d’entre nous consulte un site un peu trop lourd, on ne peut plus envoyer de mails, on ne peut plus téléphoner ». Les mots sont signés de Jean-François Leprieur. A la tête d’une société de métallerie qui fait travailler 18 personnes, ce patron est installé à Villamée, une petite commune de 350 habitants nichée à 40 minutes au nord de Rennes. Pendant que la capitale bretonne s’interroge sur l’impact de la 5G, Villamée galère à avoir une barre de réseau pour envoyer un SMS ou simplement téléphoner. Une galère sans nom à l’heure où la population est invitée à plébisciter le télétravail​. « C’est comme si on n’avait pas l’électricité. Si on veut que les territoires ruraux se développent, il faut nous donner la lumière », glisse le patron de la SARL, avant de relativiser. « C’est un peu archaïque mais on s’en accommode ».

La commune du nord de l’Ille-et-Vilaine devrait être reliée à la fibre optique d’ici deux à trois ans. Mais pour sa couverture mobile, le problème reste entier. « Nous sommes dans une cuvette. Ça ne capte pas ici. Les gens savent qu’ils ne peuvent pas nous appeler sur nos portables en journée », explique-t-on en mairie. Villamée fait partie des communes les moins bien couvertes en réseau mobile. Ce n’est pas un hasard si c’est là que le plus grand nombre de tests de débits ont été effectués ces deux dernières années via l’application Kicapte.

Lancée en 2018 par le conseil départemental, cette application participative permet à tous les citoyens de mesurer en quelques minutes le débit entrant et sortant et la capacité de téléchargement du réseau mobile. « C’est un outil de repérage qui doit nous permettre d’identifier les zones où la couverture doit être améliorée », explique Ludovic Coulombel, vice-président chargé du numérique au département d’Ille-et-Vilaine.

L’application permet de constater les efforts consentis par certains opérateurs téléphoniques pour améliorer la couverture du territoire. A la traîne en 2018, Free a rattrapé son retard sur Bouygues et SFR, qui ont vu leur taux de couverture stagner. Largement en tête dans les agglomérations, Orange a également amélioré sa présence en zone rurale et a fait grimper ses débits de 40 % en moyenne dans le département. Mais il reste des zones blanches.

« Le réseau est catastrophique »

Cindy habite à Bonnemain, entre Combourg et Dol-de-Bretagne. Abonnée chez Orange, seul opérateur présent dans son hameau, elle est dépitée. « Le réseau est catastrophique. Nous avons dû nous équiper d’une femtocell pour capter sur nos portables. Quant à Internet, il ne faut pas être pressée ». Contrainte de télétravailler, elle a vu son employeur lui fournir une box 4 g chez Bouygues pour lui offrir un meilleur débit. « En tant que consommateur on a l’impression de payer pour pester toute la journée contre le débit », regrette-t-elle.

Selon Ludovic Coulombel, le plan « New deal mobile » porté en partenariat avec l’État et l’Arcep, le gendarme des télécommunications, a permis « de réduire les zones blanches » en Ille-et-Vilaine et de « faire baisser les écarts » entre zones rurales et urbaines. « On considère qu’il reste cinq communes où le débit est très faible. Ce sont toutes des communes limitrophes d’autres départements ».

Des pylônes bientôt érigés

Ces territoires isolés, loin des villes, présentent une faible densité de population, ce qui n’incite pas les opérateurs à investir. « C’est à nous de les convaincre », assure l’élu, qui invite la population à poursuivre les mesures via l’application Kicapte. Plusieurs pylônes seront prochainement installés aux frais de l’État dans les zones les moins bien dotées. Une fois sélectionnés, les opérateurs ont deux ans pour y accrocher leurs antennes. Autant dire une éternité.