Rennes : « Pas un jour sans se faire insulter »… Le personnel des urgences veut être protégé

SANTE Mardi, un homme a été jugé pour avoir agressé des soignants du CHU Pontchaillou il y a un an. Ces derniers temps, les violences se multiplient dans l’établissement

Camille Allain

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A Rennes, le personnel des urgences du CHU Pontchaillou dénonce la montée de la violence de  la part des patients.
A Rennes, le personnel des urgences du CHU Pontchaillou dénonce la montée de la violence de la part des patients. — C. Allain / 20 Minutes
  • Un homme était jugé mardi pour l’agression de plusieurs membres du personnel hospitalier du CHU Pontchaillou. Il avait menacé « de revenir avec une kalachnikov ».
  • Les soignants des urgences crient leur colère de voir le nombre d’agressions grimper en flèche depuis quelques années.
  • En octobre, la police avait dû tirer à balles réelles pour maîtriser un homme armé d’un couteau qui menaçait le personnel.

« On nous avait prévenus qu’il était violent. On avait dû le contentionner sur prescription médicale du médecin. On était presque dix pour le maîtriser. » Un an après leur agression, Anthonin et Valentin n’ont rien oublié des insultes, des crachats, des coups et des violences dont ils avaient été victimes en octobre 2019. Ces deux infirmiers travaillent aux urgences du CHU Pontchaillou, à Rennes. Pour la première fois de leur carrière, ils ont assisté au procès de leur agresseur ce mardi. Dans le calme de la salle d’audience du tribunal correctionnel, les deux hommes ont pu exprimer leur ras-le-bol face à la montée de la violence​ dont ils sont victimes. « Ça ne cesse d’augmenter. Il n’y a pas un jour passé sans se faire insulter, sans que l’on nous crache dessus ou que l’on nous menace de mort. C’est devenu normal aux urgences », témoigne Anthonin, qui exerce depuis seize ans comme infirmier.

La violence quotidienne dont ils se disent victimes a pris une nouvelle tournure le 15 octobre dernier, quand un homme armé d’un couteau a pris en otage une aide-soignante de leur service. Alertée, la police a dû tirer à deux reprises sur l’agresseur pour le maîtriser. Du jamais-vu aux urgences de Rennes. « Depuis un an, ça va crescendo », décrit Valentin. « Ce sont souvent des patients alcoolisés, qui sont très agressifs. Certains collègues viennent la boule au ventre au boulot par crainte des agressions. » Les dépôts de plainte ne sont pas systématiques. Par manque de temps, mais aussi parfois « par peur des représailles », selon l’avocat du CHU Me Quentin Blanchet. « Ils subissent quotidiennement ces violences ».

Il y a quelques jours, l’ensemble du personnel des urgences rennaises a diffusé une vidéo montrant ses conditions de travail. « Un hommage aux soignants », selon l’un des porte-parole du Collectif inter-urgences. Mais aussi un cri du cœur de la profession, autant usée par l’épidémie de Covid-19 que par la montée des agressions dans leur service. « Oui, le niveau de violence a grimpé. C’est intolérable et nous ne le nions pas », reconnaît la direction de l’établissement. « Mais nous avons huit agents de sécurité en permanence sur le site et un protocole spécifique avec la police, qui lui permet d’intervenir très vite quand on les appelle. »

Un boîtier d’alerte remis à tout le personnel

Depuis deux ans et la violente agression d’un soignant, chaque membre du personnel est équipé d’un boîtier géolocalisable qui permet de donner l’alerte en cas de danger. « C’est une très bonne chose et ça rassure, mais ça ne protège pas des coups », estime Anthonin. Ce que demande le personnel des urgences, c’est que ces agents de sécurité soient présents au sein même de leur service pour intervenir au plus vite. « Le CHU est immense. Le temps qu’ils arrivent, il peut se passer beaucoup de choses », insistent les deux hommes.

Alors que le CHU de la capitale bretonne subit actuellement la deuxième vague de coronavirus, les membres de son personnel attendent de pouvoir exercer sereinement leur passion. « Notre métier, c’est de soigner. Mais aux urgences, on nous envoie trop de gens pour dégrisement. Ce n’est pas notre rôle, c’est ingérable », regrettent les deux infirmiers.

Des menaces « de revenir avec une kalachnikov »

Absent de l’audience, ce ressortissant afghan de 20 ans avait reconnu avoir « insulté tout le monde » lors de sa garde à vue mais niait les menaces de mort. Le personnel présent cette nuit-là avait rapporté des menaces « de revenir avec une kalachnikov » prononcées par le mis en cause. « On ne sait jamais si ces menaces sont fondées », relève l’avocat, qui regrette que l’établissement ne se porte pas partie civile « pour soutenir son personnel ».

« Ce n’est pas une audience banale de viande saoule comme on peut le voir régulièrement dans ce tribunal. Ces propos vont bien au-delà, ils sont glaçants », a témoigné la procureure de la République, avant de requérir huit mois de prison avec sursis. Le prévenu a été condamné à six mois de prison avec sursis et devra verser 300 € de dommages et intérêts à chacun des cinq plaignants.