VIDEO. Rennes : Surchargé et victime de violences, le personnel des urgences dévoile son quotidien dans un clip

SANTE Les images insérées sur une chanson de l’artiste HK ont été tournées par le personnel soignant

Camille Allain

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Des brancards entassés dans un couloir. Une image devenue courante aux urgences du CHU de Rennes.
Des brancards entassés dans un couloir. Une image devenue courante aux urgences du CHU de Rennes. — Collectif interurgences
  • Le personnel des urgences du CHU de Rennes a filmé son quotidien pour montrer ses conditions de travail à la population.
  • Les soignants sont confrontés à une montée de la violence et sont très sollicités par l’épidémie de coronavirus.
  • Le personnel n’accable ni sa direction ni les patients mais demande au gouvernement davantage de moyens humains pour « bien soigner ».

Des couloirs bondés, des brancards entassés, des patients parfois violents qui doivent être ceinturés. Mais un personnel hospitalier debout, toujours mobilisé. A Rennes, le personnel des urgences du CHU Pontchaillou vient de publier une vidéo montrant ses conditions de travail. Tournées par les soignants ces quinze derniers jours, les images prennent un écho particulier sur les paroles du chanteur HK, qui avait rendu hommage aux soignants avec son morceau « Pour les autres » pendant la première vague du Covid-19 en France.

Publiée vendredi, la vidéo a déjà été vue 35.000 fois, à la grande surprise de ses principaux instigateurs. « Tout le monde était d’accord pour faire cette vidéo. Nous voulions montrer comment se passait une journée aux urgences. C’est un hommage au personnel », explique Kevin, aide-soignant qui a monté les images de ses collègues. Le point de départ de cette mobilisation remonte au 15 octobre, quand la police a dû faire feu sur un homme armé d’un couteau qui menaçait le personnel hospitalier. La scène s’est déroulée dans le hall des urgences. « Ça a été la goutte d’eau. La violence est de plus en plus présente. Il faut en parler. On aime notre boulot, on aime l’hôpital public mais il nous faut des renforts pour soigner bien », poursuit le porte-parole du personnel.

« Notre direction fait ce qu’elle peut »

Très sollicité par l’épidémie de coronavirus, le personnel soignant refuse pourtant d’accabler les patients ou sa direction face à la montée des agressions. « Ce sont les décisions des gouvernements depuis dix ans qui nous ont mis dans cette situation. Notre direction fait ce qu’elle peut avec le peu de moyens qu’elle a. Et les patients, on les comprend. Quand ils passent quatre, six, dix ou douze heures sur un brancard en souffrance, ils n’énervent, ils ne comprennent pas pourquoi on ne peut pas faire mieux », reconnaît Kevin.

Le personnel des urgences du CHU de Rennes se mobilise pour dénoncer la dégradation des conditions de travail.
Le personnel des urgences du CHU de Rennes se mobilise pour dénoncer la dégradation des conditions de travail. - Collectif interurgences

Réuni au sein du collectif Inter-urgences, le personnel attend « des renforts humains » pour faire face à la deuxième vague de Covid-19 qui déferle sur la France. Mais aussi pour affronter l’habituelle montée en puissance de l’activité des urgences qui survient en décembre et janvier. « Cet été, on a été débordés. On a peur pour cet hiver », explique le soignant, porte-parole d’un personnel fatigué par des mois de mobilisation. Le message inscrit sur une banderole résume bien la situation. « Covid pas terminé, déjà abandonnés. Retour à l’anormal ».