Rennes : Livreurs, serveurs… Qui se cache derrière les jeunes précaires en uniforme?

PHOTOGRAPHIE Le photographe Yves Drillet a rencontré des jeunes Rennais et leur a demandé de poser en tenue de travail

Camille Allain

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Céline, Hugo et Cassandre ont tous les trois posé en tenue de travail face à l'appareil photo d'Yves Drillet.
Céline, Hugo et Cassandre ont tous les trois posé en tenue de travail face à l'appareil photo d'Yves Drillet. — Yves Drillet / Garçon de café
  • Le photographe rennais Yves Drillet a fait poser des jeunes avec leur tenue de travail.
  • L'artiste souhaitait montrer que ces jeunes, souvent précaires, étaient autre chose qu'un simple uniforme. 
  • Son livre Garçon de café compile 35 portraits réalisés dans les rues de Rennes.

Il a enchaîné les petits boulots pendant et après ses études. Quand il était installé dans la capitale française, le photographe rennais Yves Drillet a dû mettre sa passion pour l’image entre parenthèses et opté pour des petits boulots alimentaires. Un seul objectif : payer son loyer et vivre, voire survivre.

Des années plus tard, le Breton est rentré au pays mais n’a pas oublié ses années galère. Dans son livre intitulé Garçon de café, Yves Drillet met à l’honneur les jeunes précaires. Photographiés en « uniforme » de travail, souvent pendant leur pause, ces modèles d’un jour livrent un même discours semi résigné de leur situation. « Je voulais montrer l’altérité entre le petit boulot alimentaire et le désir d’autre chose. Tous ont une histoire, un rêve, une vie à côté. J’avais envie de raconter qui ils étaient derrière leur uniforme », explique le photographe.

« Au début, on avait une image positive, on gagnait bien notre vie »

Nans fait partie des « modèles » qui ont accepté de poser en tenue de travail. Livreur pendant deux ans, le jeune homme garde un souvenir plutôt enjoué de ses premiers mois à sillonner Rennes​ à vélo pour livrer des repas. « Au début, on avait une image positive. On nous voyait comme sportifs, on gagnait bien notre vie ».

Le jeune homme reconnaît cependant que ce n’était pas vraiment son plan de carrière. « J’étais au chômage, j’étais en fin de droits. Il fallait que je trouve quelque chose ». Il passera deux ans à travailler 60 à 70 heures par semaine avant d’arrêter. « Il y avait tellement de livreurs qu’on ne gagnait plus rien », raconte celui qui est désormais cuisinier.

« On ne peut pas comparer l’utilité d’un livreur Deliveroo à un soignant »

En plus de les photographier, Yves Drillet a aussi pris le temps d’échanger avec ses modèles. « Il y a souvent une forme de pudeur même si ce n’est pas leur premier choix de carrière. Ils y trouvent une utilité, ils sont dans l’arrangement pour dire que ce n’est pas si terrible. Mais ils n’ont souvent aucune reconnaissance pour leur employeur. On est loin des images des salariés tout sourire de chez McDo », explique l’auteur de l’ouvrage.

Céline était serveuse dans une crêperie quand elle a été photographiée. A 23 ans, elle avait besoin de travailler pour financer sa reprise d’études. Sans réelle expérience professionnelle, elle a pris ce qu’elle trouvait. « C’était un boulot saisonnier. Je n’avais pas l’impression d’être dans la précarité mais je ne me serais pas vue faire ça longtemps. Les horaires coupés, c’était difficile à gérer », raconte la jeune femme.

Le photographe a beau défendre cette jeune génération, il refuse pour autant d’en faire des héros ou des « invisibles » comme on a pu le lire ici et là pendant le confinement. « Chacun a ses propres raisons pour effectuer ces boulots alimentaires, chacun a son histoire. On ne peut pas comparer l’utilité d’un livreur Deliveroo à un soignant », conclut l’auteur.