Coronavirus en Bretagne : « Elles souffrent mais elles tiennent »… Comment les associations font face à la crise sanitaire

EPIDEMIE A l’arrêt ou débordé de demandes, le milieu associatif se réunit ce week-end pour des assises régionales en ligne. L’occasion de faire un point sur le moral des troupes

Camille Allain

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La plupart des clubs sportifs amateurs, ici le REC Rugby, à Rennes, sont à l'arrêt en cette période de confinement, où l'engagement associatif est mis à mal.
La plupart des clubs sportifs amateurs, ici le REC Rugby, à Rennes, sont à l'arrêt en cette période de confinement, où l'engagement associatif est mis à mal. — C. Allain / 20 Minutes
  • La Bretagne organise ce week-end les assises régionales de la vie associative dans une version en ligne inédite.
  • Le rendez-vous sera l’occasion pour le monde associatif de se parler et d’échanger, lui qui est malmené par la crise sanitaire.
  • La France compte 1,5 million d’associations actives, soit presque trois fois plus qu’il y a soixante ans.

Le grand écart. Au milieu de cette crise sanitaire sans précédent, le monde associatif doit composer avec sa diversité. Alors que les structures sociales et d’aide aux plus démunis font face à une sollicitation record, le milieu culturel et sportif est à l’arrêt. C’est dans ce contexte délicat que s’ouvrent les assises régionales de la vie associative en Bretagne, qui se tiennent ce week-end, dans une version 100 % digitale. Un crève-cœur pour le secteur, qui ne jure que par le lien social et le contact humain. « L’association, c’est un accès au droit de se cultiver, de se distraire, de s’éduquer mais aussi de participer au débat. Ce tissu doit rester tonique et actif, même en temps de crise », estime Anne Patault, vice-présidente de la région Bretagne dédiée à la vie associative.

Si elles sont présentées par leurs organisateurs comme « une bouffée d’air » pour les associations, ces assises seront sans doute l’occasion pour les participants de partager leurs craintes pour l’avenir. Parfois mises en sommeil ou confrontées à de graves difficultés financières, les assos trinquent, les petites comme les grandes. « Il y a des clignotants rouges dans pas mal de structures. Les associations souffrent, mais elles tiennent », reconnaît l’élue régionale. « Il y aura de la casse, sans aucun doute, car c’est très difficile pour certaines associations », enchaîne Yannik Bigouin, l’un des organisateurs de ces deuxièmes assises régionales.

Invité à s’exprimer en ouverture de l’événement samedi, le sociologue Roger Sue estime pourtant que c’est par l’engagement associatif que le pays pourra relever la tête. « C’est l’une des rares institutions qui marche en France. Les associations jouent quantité de rôles auprès de la société. C’est un lieu de soutien, de lien social, de prévention, d’information. Il n’y a qu’elles qui font ce travail. Le service public est souvent dépassé et ne répond plus aux demandes, il est débordé. Regardez dans l’éducation. Comment ferait-on sans les associations ? », interroge l’auteur de l’ouvrage Le spectre totalitaire. Repenser la citoyenneté.

Trois fois plus d’associations en soixante ans

Pour étayer son propos, le sociologue s’appuie sur les chiffres. En 2020, la France compte 1,5 million d’associatives actives, soit presque trois fois plus que dans les années 1960. « Et pourtant, on nous fait souvent croire qu’à cette époque, tout le monde était engagé ».

Incapables de mettre en pause leur engagement, de nombreux bénévoles ont d’ailleurs continué d’assurer leurs missions pendant le premier confinement. « Il a fallu se réinventer mais nous l’avons fait », assure Raymond Jégou, délégué régional de la Fédération des centres sociaux. « Nous avons tout fait pour garder le lien avec nos bénéficiaires car il y avait une demande très forte ». Lui reconnaît d’ailleurs que certains bénévoles ont souffert d’entendre tant de souffrance. « Et nous avons perdu le contact avec certaines personnes en grande difficulté ». La présence aux balcons de centaines de milliers de personnes chaque soir à 20h​ rappelle le besoin vital de se retrouver, de partager.

Ultime rempart à l’isolement, l’engagement associatif pourrait sortir renforcé de ces longues périodes de confinement. Mais il faudra à l’État accompagner les structures, même toutes petites, dont le modèle économique est souvent fragile. « Nous avons des associations qui survivent grâce à une kermesse, une course cycliste ou un repas des aînés. Il faudra être vigilants », prévient l’élue Anne Patault. « Les associations offrent une place à ceux qui n’en ont pas. Quand elles ne sont pas là, cela donne naissance aux Gilets jaunes. Tous les gens ont besoin d’être associés, écoutés. Personne n’aime être marginal », prévient le sociologue Roger Sue.