Bretons

INÈS LÉRAUD: "La Bretagne est dans le déni et les algues vertes tuent"

Actu Bretagne Dans Algues vertes – L’histoire interdite, la journaliste Inès Léraud expose les enjeux de ce dossier qui empoisonne la région depuis des décennies. Celle qui a travaillé notamment pour France Culture pointe dans cette BD, écoulée à plus de 70 000 exemplaires, les conséquences de la dépendance de la Bretagne au modèle de l’agriculture intensive, sans masquer les responsabilités de chacun, industriels comme élus...

Magazine Bretons - Maiwenn Raynaudon-Kerzerho

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Inès Léraud, journaliste
Inès Léraud, journaliste — Emmanuel Pain - Bretons

BRETONS : Dans votre BD, on comprend qu’il y a deux dénis sur le sujet des algues vertes. Le pre­mier, c’est le lien entre agriculture et algues vertes…

INÈS LÉRAUD : Oui. En effet, il y a quelques jours encore, sur un réseau social, j’ai de nouveau vu la FNSEA dire, au sujet de la multiplication des algues vertes, qu’il fallait arrê­ter de pointer du doigt l’agricul­ture, qu’il fallait aussi parler des stations d’épuration des villes et des particuliers… Alors que les différentes institutions scienti­fiques, que ce soit l’Inra, le CNRS ou l’Ifremer, disent que les activi­tés de l’agriculture intensive sont la cause à 90 % de la prolifération des algues vertes…

Et le deuxième déni, c’est que les algues vertes peuvent tuer…

Dans des circonstances très par­ticulières, oui. Quand je suis ar­rivée en Bretagne, je me suis in­téressée aux quelques morts et aux quelques personnes qui ont frôlé la mort. Même si ce ne sont que quelques personnes, il faut s’y pencher parce que ça veut dire que c’est potentiellement dangereux pour beaucoup plus de personnes. Je pense que le dé­bat a été tellement hystérisé qu’il y avait pas mal d’autocensure, même du monde associatif, sur ce sujet. Et puis, moi, je croyais qu’on parlait de quelques per­sonnes, mais, en enquêtant, on se rend compte que le problème est bien plus vaste, qu’il y a des dizaines de personnes qui sont retrouvées inertes sur le littoral breton chaque année. On met toujours ça sur le dos des grandes marées, des courants. Sans doute. Mais ça serait très simple de faire une prise de sang, comme on fait pour tout accidenté de la route, pour détecter l’hydrogène sulfuré (le gaz mortel dégagé par les al­gues vertes en décomposition, ndlr). C’est très simple à faire. On verrait ainsi si la personne a été, au préalable, intoxiquée par les algues en décomposition, et donc s’est évanouie avant d’être emportée par le courant.

Les rares médecins qui ont tra­vaillé sur le sujet pensent qu’il y a sans doute beaucoup plus de morts des algues vertes qu'on ne le croit. Après la publication de la BD, j’ai reçu des quantités de lettres, des témoignages de gens qui ont perdu leur chien… Dans les cas que j’évoque dans la BD, il y a des signaux qui permettent de ne pas douter : ce sont, dans le cas des chevaux ou des chiens, des accidents collectifs. On ne va pas se dire que les deux chiens, les trente-six sangliers ou le ca­valier et son cheval ont fait un in­farctus en même temps ! Mais il y a plein de gens qui ont perdu un chien, qui ont pensé à une fai­blesse cardiaque… Et tout à coup, à la lecture de la BD, ils se sou­viennent qu’il y avait beaucoup d’algues, que ça sentait mauvais sur la plage…

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Retrouvez la suite de cet entretien dans le magazine Bretons n°168 d'octobre 2020

Magazine Bretons n°168 - Octobre 2020

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