Rennes : « Un jour, il va y avoir un mort »… L’inquiétante montée de la violence les soirs de fête

SECURITE La police nationale vient de distribuer une plaquette aux commerçants du centre-ville pour inciter les fêtards à être plus vigilants

Camille Allain

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Illustration de la rue Saint-Michel, ou rue de la Soif, haut lieu de la fête à Rennes.
Illustration de la rue Saint-Michel, ou rue de la Soif, haut lieu de la fête à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Rennes, les vols et les violences se multiplient depuis le déconfinement. Les fêtards du centre-ville sont souvent visés par des mineurs en errance.
  • La police vient d’éditer une plaquette de conseils à destination des clients des bars de l’hypercentre de la capitale bretonne.
  • Les patrons des bistrots appellent à l’aide et dénoncent un climat de violence de plus en plus prégnant.

« Ne laissez pas votre téléphone sur la table ou dans votre poche arrière. Ne laissez personne seul. Gardez votre sac à main devant vous. Evitez de garder vos écouteurs sur les oreilles ». La petite plaquette éditée sur une feuille de papier blanc par la police rennaise peut paraître basique. Mais elle illustre bien le sentiment d’insécurité croissant qui touche le centre-ville de Rennes ces dernières semaines.

Depuis le déconfinement, des bandes de jeunes en errance multiplient les vols auprès des fêtards. Souvent avec ruse, mais parfois avec violence. Ces derniers jours, plusieurs agressions au couteau et au tesson de bouteilles ont eu lieu aux abords des lieux festifs de la capitale bretonne. De la place Sainte-Anne à la rue Saint-Michel en passant par les Lices et la place Hoche, ces violences répétées inquiètent les forces de l’ordre mais surtout les clients et les tenanciers de bars.

Des victimes souvent alcoolisées

Régulièrement appelée pour intervenir, la police nationale parvient parfois à appréhender les auteurs de ces vols, mais elle se heurte à l’alcoolisation souvent excessive des victimes. « Beaucoup de personnes ne portent pas plainte parce qu’elles ne se souviennent de rien ou ne savent pas exactement ce qu’on leur a volé. On ne peut pas poursuivre des gens sur des suspicions », explique François Angelini, directeur départemental de la sécurité publique d’Ille-et-Vilaine. Une grosse centaine de plaintes a été déposée ce mois-ci, soit à peine plus que l’an dernier à la même époque. « Une hausse légère mais une hausse quand même ».

Depuis vendredi, ses équipes sillonnent le centre-ville pour distribuer les 800 premiers exemplaires de cette plaquette aux patrons des bars et restaurants de l’hypercentre. « On peut éviter d’être victime si on fait attention à quelques détails. Ce n’est pas une fatalité », explique le patron des policiers.

Dans les bistrots de la capitale bretonne, l’initiative est plutôt bien perçue même si beaucoup de patrons de café font déjà de la pédagogie auprès de leurs clients. Au début de l’été, ces derniers ont lancé une pétition pour dénoncer l’insécurité croissante auprès de leurs établissements depuis le déconfinement. Plusieurs agressions ont eu lieu le week-end dernier dans le secteur. Comme une habitude. « Cela fait trois ans que ça dure mais cette année, c’est encore pire. Je n’ai jamais vu un tel niveau de violence. Ils sont 30, peut-être 40, pas plus. Les mecs agissent en toute impunité », explique un patron de l’hypercentre.

« Je crois beaucoup à la présence de l’uniforme »

D’après les habitués des lieux, « les mecs » sont bien souvent des mineurs étrangers en errance qui passent leurs soirées dans les rues à la recherche de « proies faciles ». La jeunesse rennaise en est une idéale et se fait régulièrement berner par les numéros souvent innocents de leurs voleurs. « Le problème c’est quand les victimes se rebellent. Là, on voit les couteaux, les cutters ou les tessons de bouteilles sortir. Un jour, il va y avoir un mort. Il faut agir avant », explique un patron de café.

Bien consciente du problème, la mairie de Rennes tente de concentrer ses efforts sur ces secteurs critiques de l’hyper centre. Mais sa police municipale n’officie qu’une nuit par semaine pendant les vacances scolaires. « Je crois beaucoup à la présence de l’uniforme. Il nous faut renforcer les patrouilles communes avec la police nationale », avance Lénaïc Briéro, adjointe à la maire Nathalie Appéré, récemment nommée à la sécurité.

Fraîchement élue, la maire socialiste a promis de recruter 40 agents de police municipale supplémentaires sur l’ensemble de son mandat de six ans. Le temps de formation étant de six mois, les premiers renforts arriveront « au mieux en 2021 », prévient l’élue.

« Il va falloir trouver des solutions avant car ça devient violent avec les commerçants », assure un tenancier de bar. L’un d’entre eux a été agressé au taser il y a quelques jours par un groupe de mineurs. « Quand les agresseurs sont jugés, la justice ne traite pas le problème à la légère. Des peines de prison ferme ont été prononcées », assure le DDSP François Angelini. Mais d’autres ont été relâchés, faute de preuves. Ils n’ont attendu que quelques heures pour retrouver leur terrain de « jeu » privilégié.