Rennes : « On n’est plus dans une course à la grandeur », souligne Nathalie Appéré

INTERVIEW La maire socialiste de Rennes a été élue présidente de la métropole jeudi soir

Propos recueillis par Jérôme Gicquel

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Réélue maire de Rennes la semaine dernière, Nathalie Appéré préside aussi désormais la métropole.
Réélue maire de Rennes la semaine dernière, Nathalie Appéré préside aussi désormais la métropole. — C. Allain / 20 Minutes
  • Réélue maire de Rennes la semaine dernière, Nathalie Appéré a été désignée présidente de la métropole jeudi soir.
  • Elle explique dans une interview accordée à 20 Minutes les grands enjeux de son mandat.
  • La priorité sera notamment de consolider un emploi durable et local.

Elle avait le soutien d’une trentaine de maires sur les 43 que compte la communauté d’agglomération. C’est donc sans surprise que Nathalie Appéré a été désignée présidente de Rennes Métropole jeudi soir, une semaine seulement après avoir été réélue à la tête de la capitale bretonne. Succédant à Emmanuel Couet, qui va quitter la vie politique, l’élue socialiste va donc présider aux destinées d’une métropole de 450.000 habitants pour les six ans à venir. Elle évoque pour 20 Minutes sa feuille de route et les grands enjeux du mandat.

Vous êtes désormais maire et présidente de la métropole. Pourquoi avoir choisi de cumuler les deux postes ?

Les destins de Rennes et de sa métropole sont intimement liés. Quand on réfléchit à un projet pour Rennes, cela implique des compétences qui sont aujourd’hui métropolitaines comme la question des transports, des mobilités ou de l’habitat. L’administration est également mutualisée entre la ville centre et la métropole, tout comme la gouvernance, qui est partagée. Et pour les habitants des 42 autres communes, Rennes et son centre-ville sont un bien commun. Daniel Delaveau et Edmond Hervé ont déjà assuré ces deux fonctions, donc ce ne sera pas une première à Rennes. Et c’est d’ailleurs aujourd’hui la situation la plus fréquente dans les métropoles.

La métropole compte aujourd’hui 43 communes. Le territoire va-t-il encore s’agrandir ?

Lors du précédent mandat, nous avons beaucoup travaillé à la métropolisation avec la prise de compétences nouvelles. Encore avant, on avait élargi le territoire, avec de nouvelles communes qui nous avaient rejointes. Désormais, l’enjeu sera celui des coopérations territoriales. Il faut que l’on travaille davantage avec les intercommunalités voisines, comme on le fait déjà avec Saint-Malo par exemple pour l’offre touristique et culturelle. Certains services, pour qu’ils soient efficaces pour les habitants, ont besoin parfois d’être pensés à des périmètres plus larges. Il faut aussi que l’on puisse mieux associer les habitants aux politiques métropolitaines. Je souhaite par exemple qu’on travaille sur une fabrique citoyenne sur le climat à l’échelle métropolitaine.

Les ambitions de la métropole sont-elles revues à la baisse ?

Pas du tout. Mais aujourd’hui, l’ère de la compétition entre les villes est complètement révolue, on n’est plus dans une course à la grandeur. Ce qui prime désormais, ce sont l’alliance des territoires et la coopération au service de la qualité de vie des habitants, de la lutte contre le réchauffement climatique et de la consolidation de l’emploi durable et local.

Il risque justement d’y avoir de la casse sur le front de l’emploi avec la crise à venir. Comment la métropole peut-elle agir ?

Le taux de chômage dans la métropole demeure encore relativement bas et nous allons tout faire pour que cela le reste. Je souhaite que l’on adopte très vite un plan ambitieux de relance économique car les semaines et les mois qui viennent seront décisifs pour consolider l’emploi. Cela passera par un plan d’accompagnement filière par filière. Nous souhaitons aussi construire un campus industriel sur le site de la Janais qui sera dédié à l’industrie bas carbone. Si on veut un emploi diversifié, il faut qu’on ait de l’emploi industriel sur le territoire métropolitain et la Janais a tous les atouts pour ça. La métropole a aussi des atouts civils et militaires dans le domaine de la tech et de la cybersécurité et il faut absolument qu’on accompagne ce développement.

Sur les transports, quelles sont vos priorités ?

Ce sera la politique tarifaire. Dès la rentrée, nous allons faire des propositions et mettre en œuvre notre engagement sur la baisse des tarifs, notamment pour les moins de 25 ans. Nous allons également nous appuyer sur le tout nouveau plan de déplacements urbains qui accorde une plus grande place au vélo et au covoiturage, avec également une amélioration de l’offre ferroviaire. Et très vite, nous allons réfléchir au déploiement des cinq lignes de tram bus au-delà de la rocade. L’objectif est de les faire circuler à l’horizon 2027.

Vous avez évoqué pendant la campagne le projet d’un territoire zéro pesticide. Comment cela va se mettre en place ?

C’est un cap clair que nous fixons avec la suppression des pesticides de synthèse en 2025 sur la ville de Rennes et en 2030 sur la métropole. Ce n’est pas de l’incantation ni une mesure symbolique. L’idée n’est pas non plus de stigmatiser les uns ou les autres ou de créer du clivage. Il s’agit d’accompagner les agriculteurs vers de nouvelles pratiques et d’aboutir à un contrat gagnant-gagnant avec des habitants désireux d’un environnement et d’une alimentation de qualité.

L’abandon du Zénith a été acté pendant l’entre-deux-tours. Qu’est ce qui a justifié cette décision ?

La crise du Covid nous a fait retravailler notre feuille de route avec la prise de conscience de nouvelles urgences à gérer mais aussi la raréfaction de nos ressources. Nous avons donc hiérarchisé les projets et avec mes collègues maires, nous avons opté pour la rénovation du Muzik Hall. La construction d’une nouvelle salle aurait représenté un budget conséquent en termes d’investissements mais aussi en exploitation.

Le projet de centre commercial Open Sky à Pacé est-il lui aussi définitivement abandonné ?

Mon prédécesseur s’était déjà exprimé sur ce sujet et je partage complètement son analyse. Il y a aujourd’hui une urgence environnementale et la nécessité de soutenir les commerces de centre-ville. Tout cela rend ce projet complètement inadapté et il ne se fera pas donc. Il faut maintenant travailler avec la commune de Pacé sur la manière dont les espaces qui ne seront pas utilisés par Open Sky peuvent être dévolus à autre chose.