Coronavirus en Bretagne : Pour « être autonome », la région crée son usine de fabrication de masques

INDUSTRIE Une société coopérative d'intérêt collectif appelée « Coop des masques » va voir le jour près de Guingamp

Camille Allain

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Des masques en tissu fabriqués à Marseille (photo d'illustration).
Des masques en tissu fabriqués à Marseille (photo d'illustration). — CHAMUSSY/SIPA
  • Porté par les collectivités, le projet « La coop des masques » vise à fournir « des masques bretons pour les Bretons ».
  • Une trentaine d’emplois devraient être créés par cette société coopérative d’intérêt collectif à Grâces, près de Guingamp.

On a énormément parlé des masques au moment où la France n’en avait pas. En Bretagne, on en parle toujours. Fâchés d’apprendre qu’une importante usine de fabrication avait fermé en 2018 à Plaintel (Côtes d’Armor), de nombreux habitants, élus, investisseurs, avaient ambitionné de remonter le site industriel pour fabriquer des masques. Après deux mois et demi de travail, le projet est lancé. Baptisée « La coop des masques », cette société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) va permettre aux citoyens de participer à l’effort financier, avec l’appui des collectivités comme la région Bretagne et le département des Côtes d’Armor.

La future usine s’installera dans un bâtiment existant de la zone industrielle de Grâces, tout près de Guingamp. « La période d’aménagement des locaux durera jusqu’en octobre. Le 15 octobre, normalement, on sera en train de caler les machines dans la nouvelle usine », estime Guy Hascoët, ancien élu régional et secrétaire d’Etat de Lionel Jospin, qui a été missionné pour porter ce projet. Le site devrait faire travailler une trentaine de personnes et produire environ 30 millions de masques par an à compter du mois de novembre.

Très investie dans ce projet, la région Bretagne sera l’un des clients de la future usine. Mais des interprofessions, des structures comme Médecins du monde, la Fédération des laboratoires de biologie et bien d’autres ambitionnent de passer commande auprès de l’usine bretonne. « Notre ambition, ce n’est pas d’aller manger le marché national. Notre ambition, c’est d’être autonomes, de produire des masques bretons pour les Bretons. Il y aura peut-être un ou deux centimes de plus à payer par masque, mais c’est le prix de l’indépendance », estime le président de région Loïg Chesnais-Girard.

Pas de concurrence entre les projets

Interrogé sur l’éventuelle concurrence avec le projet d’usine à Ploufragan porté par l’homme d’affaires libano-suisse Abdallah Chatila, le président de région s’est montré rassurant. « Notre projet ne disqualifie pas les autres projets présents sur le territoire ». « Je suis convaincu que les deux projets sont complémentaires et pas du tout opposés », a ajouté le président du département des Côtes d’Armor Alain Cadec.

S’ils voient d’un bon œil l’investissement massif de l’homme d’affaires en Bretagne, les élus restent prudents quant à son avenir sur le long terme. « Notre ambition, c’est que le projet soit viable pour offrir des emplois pérennes », estime Loïg Chesnais-Girard, avant de conclure par un avertissement. « Nous, nous ne faisons pas du business. Nous sommes un peu fatigués de voir des arbitrages de grands groupes qui statuent sur la base de tableaux Excel ». Un message adressé à l’Américain Honeywell, que beaucoup accusent d’avoir coulé l’usine de masques à Plaintel, emportant le savoir-faire et des machines pour délocaliser en Tunisie.