Bretons

Yves Cochet: “Le Coronavirus peut être le déclencheur de l'effondrement de notre civilisation"

ENTRETIEN ACTU Il y a un an, Bretons allait à la rencontre de l’ancien ministre de l’environnement, devenu l’un des penseurs de la Collapsologie. Yves Cochet nous expliquait ainsi que l’effondrement de nos sociétés était proche et que l’un des éléments déclencheurs de ce collapse pourrait être une pandémie mondiale. Alors que le Covid-19 est apparu, il réaffirme son analyse…

Magazine Bretons - Maiwenn Raynaudon-Kerzerho

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Yves Cochet, Collapsologue
Yves Cochet, Collapsologue — Emmanuel Pain - Bretons

BRETONS : Dans votre ouvrage Devant l’effon­drement, vous expliquez qu’une pandémie pour­rait conduire à l’effondrement de notre civilisation. Pourquoi et comment ? 

YVES COCHET : L’effondrement systémique mondial ne sera pas dû à une seule cause, parce que tous les domaines de la vie indi­viduelle et collective seront tou­chés : énergétique, alimentaire, sanitaire, économique… Mais il faut qu’il y ait un facteur déclen­chant, une sorte de starter. Il y en a une dizaine de possibles, et la crise sanitaire mondiale actuelle pourrait être le premier domino qui tombe. Il est quasiment cer­tain maintenant que la crise éco­nomique française, européenne et mondiale qui va suivre va être catastrophique. M. Le Maire, qui pourrait passer pour un modéré, dit que ce sera la pire récession en France depuis 1945. Et il est pro­bable que ça soit la même chose dans le monde entier. Quand on voit la situation aux États-Unis, un pays fédéral mais surtout où les gens sont armés... Il peut rapi­dement exister des chaos sociaux là-bas ! Ici, l’État plus centralisé et assez gendarme permet de calmer les émeutiers. Peut-être que ça ne durera pas non plus chez nous…

Il y a donc une question écono­mique. À l’été ou à l’automne, on s’apercevra que l’économie, telle qu’elle marchait encore va­guement et de manière catastro­phique au point de vue social et écologique, virera au mini­mum à la récession et au pire à une dépression au sens des an­nées 1930. Cette récession pour­rait se transformer en chaos. S’il y a des millions de gens au chô­mage, qui n’ont plus les moyens de survivre… La première chose qui doit tenir, c’est la chaîne ali­mentaire : que les gens soient nourris ou qu’ils puissent boire de l’eau potable. Si jamais il y a une rupture dans cette chaîne alimen­taire très mondialisée, il y aura des émeutes un peu partout. Mais le fait que les gens puissent se nourrir dépend de très grands cir­cuits mondiaux, de camions tran­seuropéens. Les facteurs et les do­maines sont très reliés : c’est ça la mondialisation, tout se tient avec tout.

Il y a un siècle, en Bretagne, au niveau alimentaire, on était qua­siment autonome, en légumes, en poisson et en viande. Alors que maintenant, pas du tout ! Il y a donc un réseau en dominos qui peuvent tomber les uns après les autres, à commencer par la crise sanitaire.

Vous allez me demander si c’est le début de la fin ou si on va re­venir dans six mois, un an, à ce que c’était auparavant, avec plus ou moins de changements ? Je ne le sais pas encore, mais je crains, d’après mes analyses, qu’on ne re­vienne plus jamais comme avant et que ça soit le début d’un cata­clysme beaucoup plus gros. Il est possible – je ne dis pas que c’est certain – que ce que je disais il y a six mois dans mon livre et il y a un an dans Bretons commence maintenant. Hélas.

“IL FAUT CONSTRUIRE DES ZAD PARTOUT, S’ENTENDRE AVEC NOS VOISINS. L’AVENIR, À L’ÉCHELON LOCAL, ÇA SERA S’ENTRAIDER OU S’ENTRETUER.”

Vous ne pensez pas comme d’autres que cela peut justement être l’occasion d’un nouveau départ, de reconstruire l’économie sur des fondements plus sains ? On voit par exemple qu’on remet en avant les produits locaux, les circuits courts…

Ponctuellement, localement et de manière minoritaire, j’y crois. Moi-même, d’une certaine ma­nière, c’est ce que j’essaye de faire depuis quatorze ans. On es­saye de créer de la solidarité avec les voisins, de faire des circuits courts… Je vois que des parle­mentaires ont lancé une initiative sur le monde d’après : “Prenons le temps pour réfléchir mainte­nant qu’on est confiné et, une fois qu’il y aura le déconfinement, on ne sait pas vraiment quand, on aura changé d’état d’esprit et ça sera mieux qu’avant”. Mais j’ai peur qu’on retombe dans les bê­tises de notre gouvernement. Il faut bien le dire, ils ont été très mauvais. Les Français ont tou­jours tendance à se glorifier en disant qu’on a le meilleur système de santé du monde et un système très centralisé, avec Macron à la tête… Quand on voit des pays qui n’ont pas le même système que nous, l’Allemagne fédérale par exemple, l’épidémie pour l’ins­tant y est beaucoup plus conte­nue. On n’a pas à être fier de la communication gouvernemen­tale extrêmement tardive, de l’ab­sence d’anticipation… Il y a dix ans, avec Bachelot, on avait des milliards de masques et du gel hy­droalcoolique. Et maintenant, on n’en a plus. Ils ont sous-estimé la crise. Il y a une incohérence dans les discours – un jour, les masques ne servent à rien, un jour, il faut en porter –, des mensonges pour camoufler l’impréparation, le manque d’anticipation et l’ama­teurisme politique et sanitaire. C’est la Cinquième République : tout à l’État, tout centralisé.

Ce n’est pas un système qui permet de penser la suite ?

Non, pas du tout. Si jamais il doit y avoir une suite un peu civilisée, il faut repenser notre République et faire ce qu’on appelle des bio­régions, une France fédérale dans une Europe fédérale. Au minimum !

(...) Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans le magazine Bretons n°164 de mai 2020

Magazine Bretons n°164 - mai 2020

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.