Rennes : Adoré ou détesté, le quartier du Colombier reste l’emblème d’un urbanisme disparu

EXPOSITION Un artiste a passé plusieurs mois dans le quartier et livre sa vision dans une exposition hors du temps

Camille Allain

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La dalle du Colombier, à Rennes, et sa tour de l'Eperon, l'un des points culminants de la capitale bretonne. Lancer le diaporama
La dalle du Colombier, à Rennes, et sa tour de l'Eperon, l'un des points culminants de la capitale bretonne. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le quartier Colombier est l’un des plus connus à Rennes, notamment en raison de l’implantation de la tour de l’Eperon, l’un des plus hauts immeubles de la ville.
  • L’artiste Vincent Malassis y a passé plusieurs mois et expose ses travaux depuis quelques jours au Phakt, le centre culturel du quartier.
  • Construit dans les années 1970 par l’architecte Louis Arretche, le quartier est l’un des symboles de l’urbanisme sur dalle, aujourd’hui révolu.

« Autour de nous, il n’y avait que des terrains vagues. Les enfants étaient heureux, ils jouaient en bas de l’immeuble ». Du haut de son « âge certain », Yvette est l’une des figures du quartier Colombier. En 1975, cette Rennaise de toujours avait acheté son appartement sur plan au sixième étage de la tour de l’Eperon, l’un des points culminants de la capitale bretonne. Cinquante-quatre années ont passé mais Yvette et le Colombier sont toujours debout. Si le quartier n’est pas le plus sexy de la ville, il demeure l’un des endroits les plus connus des Rennais.

A deux pas de l’esplanade de Gaulle, la tour de l’Eperon et son architecture des années 1970 continue de fasciner autant qu’elle dégoûte. « Au départ, il devait y avoir trois tours. Mais le choc pétrolier avait changé beaucoup de choses. La société qui commercialisait les appartements avait déjà eu bien du mal à vendre tous les logements. On appelle ça l’urbanisme sur dalle. C’était une utopie urbaine qui a très vite montré ses limites », rappelle Richard Guilbert, chargé de développement au Phakt.

L'artiste rennais Vincent Malassis, ici lors de son passage sur un balcon du quartier Colombier.
L'artiste rennais Vincent Malassis, ici lors de son passage sur un balcon du quartier Colombier. - V. Malassis

Ce centre culturel, installé dans le quartier depuis 1986, accueille depuis quelques jours l’exposition « Appartement témoins », réalisée par Vincent Malassis. Depuis le mois de juillet, cet artiste local arpente la dalle et les immeubles du Colombier pour collecter la mémoire des premiers habitants de ce quartier imaginé par l’architecte Louis Arretche. « J’ai l’impression que ce lieu est intemporel. L’été dernier, c’était quasiment vide, je ne croisais presque personne », rapporte le jeune artiste.

« C’était le futur ici »

Avec son appareil photo jetable et son grain vintage, Vincent Malassis n’a eu aucun mal à faire des images paraissant avoir été prises dans les années 1970. Les clichés semblent lui donner raison : le quartier ne vieillit pas. « Quand les premiers habitants sont arrivés, c’était le futur ici. C’était la fierté de la ville », rappelle l’artiste. En poussant la porte de certains appartements, il a aussi découvert des trésors d’époque. « Certains habitants nous ont montré la plaquette immobilière ou des photos de l’ancienne caserne militaire qu’il y avait là avant. Il y a des appartements qui n’ont pas changé depuis cinquante ans », rapporte Vincent Malassis. Yvette confirme. Depuis qu’elle s’est installée en 1975, elle n’a jamais changé sa cuisine, ni ses meubles. Elle qui avait longtemps hésité à suivre son mari dans cet immeuble du futur ne le regrette pas. « Je m’y plais toujours autant. Et je n’ai surtout pas envie de déménager », sourit la vieille dame.

Difficile à traiter par les urbanistes, le quartier du Colombier commence cependant à subir le poids des années. « On sent que c’est vieillissant, que le bâti est fatigué. Il y a des problèmes d’étanchéité ici et là et c’est très difficile à rénover car si on touche à un bâtiment, on menace tout le reste. Mais les gens y vivent bien », assure Richard Guilbert. Et n’est pas là le principal ?