Rennes : La justice va tester un nouvel outil pour recueillir la parole des femmes victimes de violences conjugales

INFO 20 MINUTES A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, « 20 Minutes » s’est penché sur la hausse des cas signalés de violences faites aux femmes en Ille-et-Vilaine. Un schéma départemental sera prochainement présenté

Camille Allain

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Un séminaire sur les violences conjugales a été organisé au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020.
Un séminaire sur les violences conjugales a été organisé au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Ille-et-Vilaine, un schéma directeur départemental de lutte contre les violences faites aux femmes sera bientôt présenté.
  • L'une des mesures phares consiste à proposer un accompagnement personnalisé aux victimes sans forcément passer par le dépôt de plainte.
  • L'expérimentation menée par le procureur de la République de Rennes vise à mieux recueillir la parole des victimes silencieuses.

Porter plainte, se taire ou fuir. Chaque jour, des centaines de femmes victimes de violences conjugales sont confrontées à ce dilemme. Pour tenter de leur offrir une solution alternative, le procureur de la République de Rennes (Ille-et-Vilaine) a souhaité mettre sur pied un « schéma directeur départemental de lutte contre les violences faites aux femmes ». Prêt à être signé, le document comporte une quarantaine de mesures et sera dévoilé fin mars, après les élections municipales.

L’une des propositions phares visera à proposer un nouvel outil aux victimes silencieuses souhaitant évoquer leur souffrance. « Quand on a des faits graves comme des féminicides, on s’aperçoit qu’assez souvent, il y avait des gens qui étaient au courant. Mais ces gens, ils ne savent pas quoi faire de cette parole. Ce n’est pas évident. Nous avons le sentiment qu’il y a beaucoup de déperdition », explique le procureur Philippe Astruc. Nommé il y a un an, le magistrat avait fait de la lutte contre les violences faites aux femmes sa priorité.

« Parfois, on rate encore l’accueil »

Pour venir en aide aux victimes, la justice souhaite leur mettre à disposition un document de prise de contact. Intitulé « Porteurs de paroles », ce dispositif permettra aux femmes d’être accompagnées par leur confident et de choisir une forme d’accompagnement : par une association, par un avocat ou par la gendarmerie ou la police. Ce document sera disponible en ligne mais aussi mis à la disposition des DRH et peut-être demain aux médecins, à la CAF et bien d'autres. « Il faut que la puissance publique aille vers les victimes. Il ne s’agit pas de leur tordre le bras pour qu’elles parlent mais de les aider. Lorsqu’une femme évoque ces faits qui ont souvent lieu dans le huis clos, ce n’est pas par hasard. C’est qu’elles en expriment le besoin, qu’elles en attendent quelque chose, consciemment ou inconsciemment », argumente le procureur.

Avec ce dispositif, la victime s’évite d’abord la difficile démarche d’un dépôt de plainte au commissariat. « Une femme qui n’est pas écoutée la première fois, elle ne reviendra jamais », prévient une enquêtrice rennaise habituée à l’exercice. « Là, c’est un intervenant social qui vous contacte. On améliore le lien avec le service d’enquête. On a fait beaucoup de progrès, mais parfois, on rate encore l’accueil », assure le procureur.

Le nombre de procédures a explosé

« Nous pouvons être meilleurs », avait récemment reconnu le patron des gendarmes d’Ille-et-Vilaine, qui a engagé un grand plan de lutte face à la hausse des cas recensés. L’an dernier, 908 procédures ont été traitées par le tribunal de Rennes. Un chiffre qui a bondi de 45 % en un an. « Je ne suis pas sûr que cela veuille dire qu’il y a tellement plus de violences. Mais cela veut dire qu’on commence à gagner sur la révélation des faits. La parole se libère », avance Philippe Astruc.