Rennes : Pourquoi la collectivité a racheté un barrage hydroélectrique dont plus personne ne voulait

ENVIRONNEMENT Le syndicat mixte Eau du bassin rennais a acquis une retenue d’eau à Rophémel pour continuer à capter l’eau potable fournie à près de 500.000 habitants

Camille Allain

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Le barrage de Rophemel, situé sur la commune de Plouasne, dans les Côtes d'Armor, fournit un tiers de l'eau potable du bassin rennais.
Le barrage de Rophemel, situé sur la commune de Plouasne, dans les Côtes d'Armor, fournit un tiers de l'eau potable du bassin rennais. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le barrage de Rophémel, dans les Côtes d’Armor, a été racheté par la collectivité Eau du bassin rennais.
  • Le syndicat mixte d’eau potable y produit de l’électricité grâce à une turbine tout juste rénovée.
  • L’usine ne fonctionnera qu’en journée et sera arrêtée l’été afin de conserver le débit de la Rance pour la production d’eau potable.

« Vends barrage hydroélectrique presque centenaire installé sur une jolie rivière. Travaux à prévoir. Prix : un euro, à débattre ». Quand EDF a annoncé qu’il ne comptait plus exploiter le barrage de Rophémel, l’État a presque envisagé de publier une petite annonce pour se séparer de sa retenue d’eau. Installée sur la commune de Plouasne, dans les Côtes d’Armor, l’usine hydroélectrique vieillissante ne satisfaisait plus EDF. En 2012, le premier producteur d’électricité français n’a pas renouvelé la concession qui le liait à l’État, laissant les pouvoirs publics dans l’embarras. Que faire d’un barrage de 26 mètres de haut dont plus personne ne veut ?

L’État s’était alors tourné vers la collectivité Eau du bassin rennais pour lui refourguer sa belle affaire à un euro symbolique. Le syndicat mixte n’avait guère le choix. Sans barrage, impossible pour lui de pomper l’eau de la réserve, qui fournit un tiers de l’eau distribuée à près de 500.000 habitants de Rennes et de sa région. « Si personne ne le reprenait, il y avait un risque qu’il soit démoli », explique Laurent Geneau, directeur d’Eau du bassin rennais.

Si la collectivité n’a pas cassé son PEL pour s’offrir l’édifice de béton construit en 1938, elle a en revanche dû financer de coûteux travaux de mise aux normes. Elle a notamment déboursé 500.000 euros pour « rétablir la continuité écologique » en permettant aux anguilles de se frayer un chemin à travers le barrage. « L’État nous a imposé une loi que lui-même ne respectait pas », glisse Yannick Nadesan, élu rennais à la tête d’Eau du bassin rennais. Mais c’était avant tout notre volonté de respecter la biodiversité ».

A l’arrêt la nuit et en été

Outre les anguilles, le plus gros des travaux aura consisté à faire rénover la turbine et l’alternateur chargés de transformer le courant de la Rance en électricité pendant l’hiver. De nouveau opérationnelle depuis décembre, l’usine de production électrique tourne actuellement en journée mais pourra être actionnée 24h/24 en cas de fortes précipitations. « C’est aussi un moyen de se protéger des crues », estime Arnaud Lécuyer, président de Dinan Agglomération.

A l’approche de l’été, l’usine de Rophémel cessera de fonctionner, afin d’assurer un débit minimum pour la captation d’eau potable et ne pas fragiliser le milieu aquatique. L’électricité produite sera ensuite revendue à EDF pour financer l’entretien et le fonctionnement du site. « Nous estimons qu’il nous faudra dix ans pour rembourser nos investissements », précise le directeur d’Eau du bassin rennais. L’usine devrait produire environ 2,6 gigawatts heure par an, soit 4 % de l’énergie hydroélectrique installée en Bretagne (hors usine marémotrice de la Rance). L’équivalent de la consommation d’une commune de 2.500 habitants. L’ensemble des travaux aura coûté près de quatre millions d’euros.