Municipales 2020 à Rennes : Au cœur des débats, les policiers municipaux s’alarment

SECURITE Les candidats au fauteuil de maire promettent presque tous un élargissement des missions de la police municipale

Camille Allain

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Manifestation d'agents de la police municipale, ici le 11 février 2020 à Rennes.
Manifestation d'agents de la police municipale, ici le 11 février 2020 à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Une quarantaine de policiers municipaux ont manifesté mardi midi sous les fenêtres de la mairie de Rennes.
  • Ils profitent de la campagne des municipales pour faire entendre leurs revendications d’être mieux équipés au quotidien. De nombreux candidats veulent renforcer leurs missions.
  • La municipalité a répondu que les discussions auraient lieu mais après le scrutin électoral.

« Il y a vingt ans, on s’occupait des horodateurs, pas des trafics de stupéfiants. On patrouillait dans les parcs, c’était sans danger ». De l’avis de tous les « anciens » de la maison, les missions ont énormément changé dans les rangs de la police municipale de Rennes. Confrontés à une montée de la violence dans les quartiers et à un trafic de stupéfiants de plus en plus présent sur l’espace public, les agents réclament depuis plusieurs années d’être armés. La municipalité dirigée par Nathalie Appéré a toujours dit non.

Mardi, une quarantaine des 75 policiers municipaux rennais s’est réunie devant la mairie, profitant de la campagne des municipales pour se faire entendre. Sans le vouloir, la « PM » rennaise se retrouve au cœur du débat politique. Pour répondre au sentiment croissant d’insécurité, tous les candidats ou presque y vont de leur proposition sur la police municipale. La maire sortante souhaite 40 agents supplémentaires pour patrouiller de nuit, Charles Compagnon (droite et centre) veut en recruter 60 et le candidat du Rassemblement national Emeric Salmon en promet 75. « S’ils veulent nous donner d’autres missions, ils n’ont pas le choix, il faudra renforcer les effectifs. Mais ils nous mettront où ? », s’interroge Pierre (tous les prénoms ont été changés), qui s’inquiète « des promesses de campagne ».

Policier depuis plus de vingt ans, Yann attend surtout « une clarification des missions ». « On nous présente souvent comme une police de tranquillité publique. Mais on nous envoie de plus en plus dans les quartiers, sur les points de deal. On vient déranger le trafic, on s’expose ». Aujourd’hui, l’agent est doté d’un gilet pare-balles, d’un tonfa (matraque) et d’une bombe de gaz. Comme la plupart de ses collègues, il aimerait être équipé d’un pistolet à impulsion électrique, voire d’une arme à feu. « On ne retrouvait pas d’armes à Rennes avant. Mais depuis quelques années, c’est de plus en plus courant ».

Nathalie Appéré dit oui aux pistolets à impulsion électrique

Samedi, des collègues ont trouvé un pistolet d’alarme lors d’un contrôle. Et des coups de feu ont été tirés dans le quartier de Villejean, dans ce qui ressemble fort à un règlement de compte sur fonds de trafic de stups. « Je n’aurais jamais pensé demander une arme pour me protéger. Mais les temps ont changé », glisse Nathalie.

Elle comme les autres demandent des moyens pour patrouiller tard dans la nuit, comme le promettent plusieurs candidats au fauteuil de maire. « Dans ce nouveau contexte d’intervention, la dotation en pistolets à impulsion électrique paraît nécessaire », a répondu la maire Nathalie Appéré. « Si je suis réélue, nous aurons la discussion avec l’encadrement et les agents ».

Mardi, une délégation a été reçue par l’élu Marc Hervé et le DRH de la ville. « Ils ont exprimé l’incompréhension de la ville de Rennes face à leur démarche. Il leur a été rappelé qu’il y a un temps pour tout », précise la municipalité dans un communiqué. La ville préfère ainsi « discuter des conditions de mise en œuvre du projet politique porté par les élus » une fois le scrutin municipal achevé.