Violences conjugales, enfants maltraités... Comment les gendarmes veulent recueillir la parole des victimes

FAMILLE Une nouvelle salle d'autition a été aménagée au sein de la caserne Guillaudot de Rennes afin d’accueillir les victimes dans de bonnes conditions

Camille Allain

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Un séminaire sur les violences conjugales a été organisé au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020.
Un séminaire sur les violences conjugales a été organisé au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020. — C. Allain / 20 Minutes
  • Une nouvelle salle d’audition réservée aux mineurs et aux femmes victimes de violences intrafamiliales a été inaugurée à Rennes mercredi.
  • Installée au sein de la caserne Guillaudot, elle vise à mieux recueillir la parole des victimes dans un environnement moins anxiogène.
  • Le nombre de cas de violences est en progression en Ille-et-Vilaine. Gendarmes, policiers et services judiciaires veulent mieux travailler ensemble pour y faire face.

Une petite salle peinte dans un blanc sobre, quelques chaises colorées, un canapé et deux caméras discrètement accrochées au mur. En apparence, la nouvelle salle d’audition aménagée dans la caserne de gendarmerie Guillaudot, à Rennes, ne présente pas de grande révolution. Elle va pourtant changer beaucoup de choses pour les enquêteurs de la Brigade de protection des familles. Et surtout permettre d’accueillir dignement les enfants victimes de violences et leurs mamans. Les statistiques montrent malheureusement qu’ils sont de plus en plus nombreux en Ille-et-Vilaine.

« Au quotidien, nous avons l’impression d’être dans l’action, de bien faire notre travail. Mais nous continuons de voir des drames ici et là et nous pouvons être meilleurs. Dans le délai de traitement des affaires mais aussi dans l’accueil des victimes », admet le colonel Nicolas Garrier, patron des gendarmes d’Ille-et-Vilaine. L’an dernier, 1.850 femmes et 250 hommes ont prévenu les gendarmes des violences qu’ils subissaient en Bretagne. Un chiffre en hausse de 16 % sur un an.

La nouvelle salle d'audition Alexis Danan a été inaugurée au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020.
La nouvelle salle d'audition Alexis Danan a été inaugurée au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020. - C. Allain / 20 Minutes

Dans la foulée du grenelle sur les violences conjugales, les gendarmes ont dû admettre qu’ils leur restaient d’immenses progrès à fournir pour recueillir convenablement la parole des victimes. « Quand on les accueille à la brigade, elles sont dans le bruit, au milieu du mouvement quotidien. Elles ne savent pas sur qui elles vont tomber ni si elles seront écoutées », résume la cheffe Cécile Perronnet. Membre de la Brigade de protection des familles (BPF), l’enquêtrice est l’une des référentes du sujet dans le département. C’est elle qui a milité pour l’ouverture de cette nouvelle salle d’audition. « C’est plus tranquille, plus chaleureux. J’ai connu un temps où l’on faisait patienter les victimes à côté de personnes gardées à vue, ou alcoolisées. Ce n’est pas propice », ajoute la gendarme, qui prévient. « Une femme qui n’est pas écoutée la première fois, elle ne reviendra jamais ».

Ne faire venir les enfants qu’une seule fois

Inaugurée mercredi, la nouvelle salle d’audition a été en partie financée par l’association Alexis Danan, présidée par Laurence Brunet-Jambu. Cette Rennaise milite depuis près de vingt ans pour que la parole des enfants soit correctement recueillie. Violée pendant des années, sa nièce Karine a vécu un calvaire que ni la justice ni les gendarmes n’ont voulu entendre. « Le principal objectif, c’est de n’interroger l’enfant qu’une seule fois, de faire en sorte de capter le maximum de choses mais qu’il n’ait pas à revenir », explique la retraitée.

Dans cette salle, les gendarmes accueilleront dès jeudi des mineurs victimes de violences psychologiques, physiques ou intrafamiliales. Les enfants ayant subi des violences sexuelles continueront en revanche d’être accueillis au sein d’une unité dédiée au CHU Pontchaillou où une psychologue est présente en permanence. Et où un médecin est susceptible de mener un examen médical.

« Réduire le temps d’enquête à trois mois »

Mercredi, en marge de l’inauguration de la nouvelle salle d’audition, une cinquantaine des 70 gendarmes du département référents sur les violences intrafamiliales et auditions de mineurs s’est formée à la question. Animé par le procureur de la République de Rennes Philippe Astruc et son homologue de Saint-Malo Christine Le Crom, le séminaire visait notamment à « réduire le temps d’enquête à trois mois » dans les affaires de violences conjugales. Au lieu de six, actuellement. « Si une victime porte plainte et voit qu’il ne se passe rien, elle sera dans l’incompréhension. Et cela donne un sentiment d’impunité à la personne mise en cause », estime le procureur. « Et nous devons assurer la protection de la victime pendant le temps de l’enquête », ajoute Christine Le Crom. Le duo de procureurs plaide notamment pour extraire le compagnon violent du domicile et non la victime, comme c’est souvent le cas.