Mois sans alcool: A Rennes, la délicate sensibilisation des étudiants

SANTE La CPAM tente d’alerter les jeunes adultes sur les dangers potentiels d’une consommation excessive ou régulière grâce à un escape game

Camille Allain

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Célèbre pour ses bars, la rue de la Soif de Rennes veut retrouver son côté festif.
Célèbre pour ses bars, la rue de la Soif de Rennes veut retrouver son côté festif. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Dans le cadre du Mois sans alcool, la CPAM d'Ille-et-Vilaine organise un escape game de sensibilisation aux risques de l'alcool.
  • Les autorités s'accordent à dire qu'une consommation excessive ou régulière peut s'avérer dangereuse pour les moins de 25 ans.
  • Le contexte étudiant est souvent «incitatif» selon une chercheuse.

C’est presque un rite de passage vers l’âge adulte. Le bac en poche, les étudiants ont l’habitude de migrer vers les villes pour étancher leur soif de savoir. Mais pas que. Le passage aux études supérieures s’accompagne bien souvent de longues soirées arrosées, loin du regard réprobateur des parents. Une pratique évidemment répandue à Rennes, qui accueille environ 70.000 étudiants, mais qui n’est pas sans risque. A l’âge où le cerveau n’a pas encore sa forme adulte, la consommation excessive ou régulière d’alcool peut laisser des traces.

Pour tenter de sensibiliser les étudiants, la CPAM d’Ille-et-Vilaine s’est appuyée sur le mois sans alcool. Fragilisée par l’absence de soutien du gouvernement, l’opération d’abstinence inspirée du modèle britannique semble être un bon moyen d’accrocher les plus jeunes autour de leur consommation. « Notre ambition n’est pas d’interdire mais plutôt de sensibiliser, que chacun puisse adopter un bon comportement pour sa santé », explique la directrice de la CPAM d’Ille-et-Vilaine Claudine Quéric.

Pour tenter d’informer sans barber, la structure a mis au point un escape game qui sera proposé ce mardi et mercredi aux résidents d’une cité universitaire de Beaulieu, puis à Villejean la semaine prochaine. « Evoquer le cholestérol ou la graisse dans le foie, ça ne parle pas à cet âge-là. Mais interpeller dans le cadre d’un défi, ça peut fonctionner », estime Béatrice Le Devendec, en charge de la prévention à la CPAM. Dans ce jeu, les participants sont invités à réfléchir à la nécessité ou non de prendre un verre. « Commander de l’alcool ne doit pas être un réflexe, ni une norme. Mais dans le milieu étudiant, le contexte est souvent incitatif. Celui qui ne boit pas doit se justifier », regrette Guylaine Benech, auteure du livre Les Ados et l’alcool.

« Etre majeur ne veut pas dire être adulte »

La question est particulièrement prégnante en Bretagne, qui se classe régulièrement en tête du « palmarès » où les jeunes s’enivrent le plus. Au-delà des comportements à risques qui conduisent parfois à des drames, les professionnels de la santé s’accordent à dire que la consommation peut s’avérer dangereuse pour les moins de 25 ans. « Etre majeur ne veut pas dire être adulte. On estime que le cerveau n’atteint l’âge adulte que vers 24 ans. Avant cela, le cortex préfrontal n’est pas encore bien connecté », poursuit la consultante en santé publique.

A cet âge plus qu’à un autre, la consommation d’alcool amplifie certains phénomènes. « Cela peut exacerber les émotions, qui peuvent prendre le pas sur la raison. Cela peut conduire à des comportements à risques. On oublie qu’ils sont en partie des enfants », estime la chercheuse. Dans un cerveau encore en développement, l’addiction peut également s’installer plus vite. Autant de raisons pour s’interroger avant de trinquer.