Bretons

Loïk Le Floch-Prigent: “Ce sont les hommes qui font les choses, pas les logiciels”

Bretagne P-DG de Rhône-Poulenc, d’Elf Aquitaine, de Gaz de France et de la SNCF, le Guingampais a longtemps été au sommet de l’industrie française, avant d’être poursuivi et incarcéré à Fresnes à la suite des soubresauts de l’affaire Elf. Devenu ensuite consultant international, il connaît d’autres succès et déboires en Afrique. Depuis vingt ans, il a aussi publié douze livres. Son dernier : Le Silence des dolmens, un polar qui nous plonge dans la Bretagne des années soixante...

Didier Le Corre - Bretons

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Loïk Le Floch-Prigent
Loïk Le Floch-Prigent — Emmanuel Pain - Bretons

Historiquement, l’Homo sapiens s’est adapté à la glaciation et au réchauffement au cours des deux cent mille ans qui se sont écoulés

 

Bretons : Votre héroïne a 60 ans, elle s’appelle Ernestine et roule à mobylette. Quelle drôle d’idée ! Pourquoi avez-vous pensé à un personnage comme ça ?

Loïk Le Floch-Prigent : Parce que j’ai connu une Albertine qui faisait tout à mobylette. C’était une Bretonne “trempée” qui, disons, habillait bien la mobylette. Et elle avait un mari, tout gringalet, qui était assis derrière. C’était absolument exceptionnel !

Vous nous plongez dans une Bretagne de la fin des années soixante, et vous y allez “à fond”. Les personnages sont très Bretons, il y a beaucoup d’expressions ou de constructions de phrases issues de traductions du breton au français…

C’était la langue que j’ai apprise, Monsieur. Moi, je n’ai pas appris le breton, parce que ma mère ne le parlait pas et qu’à l’école on nous interdisait de le parler. Mais j’ai appris le breton traduit en français. Donc, la langue que je parle le mieux, c’est cette langue-là. Si je parle naturellement, c’est cette langue que je parle. Et derrière ça, il y a une nécessité, pour la Bretagne, de bien comprendre son passé et de bien voir que, certes, la langue bretonne n’est plus utilisée, mais que nous avons une façon de penser qui est liée aux constructions des phrases que nous avons utilisées. Et qui continue avec le temps…

Vous avez écrit une douzaine de livres, un sur l’affaire Elf, un sur les prisons, un sur la Justice, trois de réflexions sur l’économie en général, un sur l’Afrique, deux sur la pêche à pied, vos Mémoires et deux polars sur la Bretagne. Vous n’avez pas chômé ces dernières années…

Par ailleurs, j’ai un blog sur lequel j’interviens toutes les semaines. Le dernier en date était sur EDF, ou plutôt “Pourquoi démanteler EDF ?”. Je remets les choses à leur place entre le climat et la science. Bon, la climatologie, c’est très bien. Je représente les géologues, et la géologie ne vous dit pas la même chose que les climatologues. N’essayez pas de nous dire que tout va exploser ou disparaître ! Historiquement, l’Homo sapiens s’est adapté à la glaciation et au réchauffement au cours des deux cent mille ans qui se sont écoulés. Mais effectivement, en tant que géologue, les millions d’années, c’est quelque chose qui est parfaitement audible chez moi. Le climatologue, lui, voit les choses sur quelques dizaines ou quelques centaines d’années. Ce n’est pas le point de vue du géologue. Pour nous, l’homme s’adapte.

Vous êtes donc tout à fait à l’opposé des collapsologues, dont Yves Cochet est un des porte-parole...

Oui, complètement. On peut dire que je suis à des années-lumière de la collapsologie. Homo sapiens s’est adapté, nous nous adapterons. Nous verrons bien ce qu’il se passe. Je crois qu’il faut éviter de faire des projections disant : “Tiens, il y a un millimètre là, qui va devenir un mètre”. La Terre ne réagit pas comme ça. Il faut tenir compte de l’ensemble des sciences. Et cet ensemble des sciences, c’est certes la climatologie, mais aussi la géologie, la géophysique, la sédimentologie, la mécanique des fluides… C’est tout un ensemble de sciences qui est en train de vous dire que ce n’est pas si simple que ça. Vous écoutez un son de cloche. Très bien. Maintenant, écoutez les autres et vous verrez que le maître mot sera : Homo sapiens s’adapte.

(...)

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans le magazine Bretons n°158 de novembre 2019.

magazine Bretons n°158 - Novembre 2019

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.