Olivier Roellinger
Olivier Roellinger — Emmanuel Pain - Bretons
Bretons

BRETAGNE

Olivier Roellinger: “À nous de boycotter les sodas, les plats préparés”

L’ancien chef trois étoiles a entamé une seconde carrière en remettant à l’honneur les épices et les cuisines du monde. Il est aussi devenu l’un des chantres de la culture locale, du bio et du commerce équitable. Dans Pour une révolution délicieuse, il propose une révolution alimentaire, pacifiste et joyeuse...

“Aucun parent ne souhaite donner à son enfant un cocktail de résidus de pesticides”

 

BRETONS: Dans votre livre, vous alertez quant au danger de l’uniformisation et de la standardisation de notre façon de vivre…

OLIVIER ROELLINGER: Oui, il y a eu un abandon de cet acte essentiel qui est de nourrir. Pendant des siècles et des siècles, l’homme est né dans un territoire et s’est nourri de ce territoire en fonction des saisons. Ces cinquante dernières années, on a continué à consommer un territoire, mais on a abandonné cet acte essentiel – nourrir, c’est prolonger la vie – à l’industrie agroalimentaire. Comme si la nourriture pouvait devenir une industrie. Et c’est là où je pense que nous avons commis une erreur. Je ne jette la pierre à personne, nous avons tous une part de responsabilité. Mais le constat est là : en confiant l’alimentation à l’industrie, on a totalement déconnecté l’alimentation de la nature.

 

C’est aussi une vraie difficulté. Beaucoup de couples travaillent, rentrent assez tard à la maison, et il faut le temps de faire les courses, de bien choisir ses produits et de préparer. Tout ça demande beaucoup de temps…

Alors ça, c’est vous qui le dites : “beaucoup de temps”. Car il est bien évident qu’il ne s’agit pas de refaire la cuisine qu’on faisait avant la guerre. On s’est approprié une autre manière de cuisiner, des choses peut-être beaucoup plus instantanées, de saison, donc moins onéreuses. Permettez-moi d’abord de mettre de côté une certaine catégorie de personnes, en particulier les femmes qui élèvent seules des enfants, qui n’ont pas de gros salaires et qui habitent loin de leur lieu de travail. Ces femmes sont, pour moi, des héroïnes. Je ne sais pas comment elles font pour vivre. Là, je n’ai absolument pas la solution… Mais la très grande majorité des Françaises et des Français ont le temps de faire une multitude de choses. Je vais vous donner un exemple. Il y a encore dix ans, lorsqu’on demandait aux gens d’avoir une activité physique, ils répondaient : “Mais on n’a pas le temps !” Il est quand même assez étonnant qu’en dix ans, quels que soient l’âge ou la condition sociale, ces gens-là ont trouvé le temps de faire du jogging, de la marche, du yoga, de la gym, du pilates, etc. Les gens ont le temps pour leur propre plaisir. En revanche, on a besoin de se nourrir d’une manière saine, joyeuse, et surtout pas comme une espèce de corvée, mais au contraire comme un acte bénéfique.
Alors, je reprendrai la grande définition de l’amour d’Aristote : Vouloir faire du bien à l’autre. D’ailleurs, quand il dit “à l’autre”, ce n’est pas nécessairement l’être aimé, c’est aussi l’inconnu. Mais si on reprend cette définition, alors la cuisine est probablement le premier acte d’amour. Le premier acte d’amour d’une mère, d’un homme pour une femme, d’une femme pour un homme, à l’égard de son amitié, de sa communauté, quelque chose d’à la fois extrêmement joyeux et éthique. J’ai toujours tenté, dans ce livre, qu’il y ait comme dénominateur commun la notion de plaisir. Surtout pas de donner une notion de régime ou de contrition. Je ne suis pas nutritionniste, je ne suis pas non plus donneur de leçons de morale, c’est juste pour faire retrouver le plaisir qu’on a un peu oublié, écarté…

(...) Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans le magazine Bretons n°158 (dossier de Une - 8 pages)

magazine Bretons n°158 - Novembre 2019

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.