Pourquoi le cinéma voue-t-il une telle fascination aux fantômes ?

CINEMA A Rennes, le festival Court Métrange s’intéresse cette année au mythe des créatures au drap blanc

Camille Allain

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Illustration d'une déambulation de fantômes pour Halloween.
Illustration d'une déambulation de fantômes pour Halloween. — A. Favila / AP / SIPA
  • Le festival rennais Court Métrange consacre sa 16e édition aux fantômes, un thème récurrent dans le cinéma.
  • Pour beaucoup, le fantôme offre une fenêtre sur la mort, qui nous effraie et nous fascine.
  • De l’invention de Thomas Edison à Annabelle en passant par SOS Fantômes, le mythe ne s’est jamais démodé.

« Ce qui donne sa puissance à la littérature d’horreur à travers les siècles est qu’elle nous fait répéter en vue du jour de notre mort. » Les mots sont signés Stephen King, en avant-propos de Danse Macabre, sorti en 1978. Quarante ans plus tard, l’analyse du maître de l’horreur tient toujours. Pour sa 16e édition, le festival Court Métrange de Rennes a décidé de poser son regard décalé sur la figure la plus emblématique de la mort :  le fantôme. « L’art, c’est le médium qui donne une forme, une image à la mort. Elle nous rassure autant qu’elle nous épouvante. Elle nous laisse à croire qu’il y a quelque chose après, c’est ce qui nous fascine », avance Steven Pravong.

Le directeur du festival de l’étrange n’a pas choisi ce thème par hasard. « Le fantôme est une figure quasi universelle. Elle abonde dans toutes les traditions du monde. On la retrouve dans tous les arts, la littérature, la photographie et le cinéma, évidemment », explique Steven Pravong.

Il n’est donc pas surprenant de voir le fantôme traverser les décennies sans jamais devenir ringard. De SOS Fantômes aux plus récentes productions comme Insidious ou Conjuring, la présence du mythe ne s’essouffle pas. « Aujourd’hui, les cimetières sont à l’écart des villes, comme si on ne voulait pas voir la mort de près. Mais en regardant les fantômes, on a l’impression d’aller de l’autre côté. Le cinéma donne une forme à la mort », estime Guy Astic, auteur d’ouvrages sur David Lynch ou Stephen King et directeur du festival Tous Courts. Pour lui, « les fantômes et les vampires sont liés au cinéma. On va dans une salle plongée dans le noir, face à un grand écran blanc. C’est un environnement propice à l’apparition de spectres ».

« Il ne montre pas un corps réel ou présent »

Le succès du personnage au drap blanc serait aussi lié à sa polyvalence. Le fantôme est tantôt flippant comme dans Les Autres, tantôt attendrissant comme le gentil Casper ou même romantique dans Ghost. « Dès la naissance du cinéma, Thomas Edison a travaillé sur une machine qui permettrait de communiquer avec les morts. Le fantôme est comme toute œuvre médiatique, il ne montre pas un corps réel ou présent », analyse Kevin Cappelli. Le philosophe rennais évoquera la place du fantôme dans les œuvres de Spinoza, Kant ou Schopenhauer à l’occasion du festival Court Métrange.

A l’image des immenses succès plus récents de James Wan et de ses films Conjuring, Insidious ou Annabelle, le mythe est loin d’être démodé. « On voit que le cinéma de fantôme revient régulièrement, parfois même pour évoquer des zones d’ombre de l’histoire ». Guy Astic évoque notamment le « nouveau cinéma d’horreur espagnol » qui est revenu sur la sombre période du Franquisme. « Dans le film L’Orphelinat, on voit resurgir les enfants qu’on avait enterrés ». Un passé peu glorieux qui reviendrait nous hanter.

Festival Court Métrange, jusqu’au 20 octobre à Rennes.