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Francisation des noms: Stop aux allées des Goélands !!

Bretagne Des habitants de Telgruc-sur-Mer ne veulent pas de rues aux noms d’oiseau ou de fleur. Ils estiment qu’on doit donner aux nouvelles rues de la commune des noms qui tiennent compte de la culture locale et de la langue bretonne...

magazine Bretons

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Panneau rue Bretagne
Panneau rue Bretagne — DR

À Telgruc-sur-Mer, commune située près de Crozon, dans le Finistère, trente-deux petites rues ne portaient pas de nom. À la suite d’une demande de La Poste, le conseil municipal a remédié logiquement à cette carence et attribué en février dernier des noms à ces voies anonymes. Le problème est que le maire, Dominique Le Pennec, a agi sans aucune réflexion et avec beaucoup d’inconséquence. Les noms choisis par la mairie sont déjà par nature désespérants de banalité et de manque d’imagination : allée des Goélands, impasse des Pélicans, rue des Gravelots… Mais ce que leur reprochent les habitants, c’est l’attitude méprisante des élus qui ne se sont pas appuyés sur le travail de l’association Eost, qui avait fait remarquer que ces rues sont situées sur des parcelles qui possèdent déjà un nom breton, enregistré dans le cadastre de 1831.
Le maire, Dominique Le Pennec, reconnaît ne pas s’être intéressé à ce document. Mais il rappelle que la mairie ne fait que “baptiser des rues qui aujourd’hui n’ont pas de nom”. Bien, mais pourquoi ne pas reprendre les noms existants au lieu de leur attribuer des noms d’oiseau ou de fleur et participer ainsi à l’appauvrissement culturel ambiant ?
Yann-Bêr Kemener, le président d’Eost, lui, ne décolère pas. Il demande l’appui d’élus et d’associations culturelles bretonnes afin de porter le débat sur la place publique, pour que les Bretons réagissent contre cette atteinte à leur identité. “Si nous ne tenons pas compte des anciens noms de lieu, la Bretagne va rapidement perdre son identité, comme c’est de plus en plus le cas avec ces noms de rue hors-sol, donnés par des élus, eux aussi hors-sol, qui ne tiennent compte ni de l’ancien cadastre ni des études toponymiques et historiques sur le sujet.”


Cette polémique n’est pas nouvelle. Les particularités de la langue bretonne posent a priori un vrai problème aux cadres dirigeants de La Poste, qui veulent une rue ou une impasse, et pas de straed (rue) ou de hent (chemin), et tordre définitivement le cou à cette lettre de l’alphabet breton qu’est le “c’h” qui a pourtant été déjà bien décimée par le passé. Cette francisation forcée, cette dé-bretonnisation du patrimoine, cette négation de l’histoire, associées à la soumission de nombreux maires bretons, qui infligent des rue des Ajoncs ou rue des Moineaux là où il existe une toponymie bretonne depuis des siècles, participent malheureusement à l’aseptisation et à la standardisation de notre société.

Brève parue dans le magazine Bretons n°157 d'octobre 2019

Magazine Bretons n°157 - Octobre 2019

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.