Bretons

Les sœurs Goadec, trois chanteuses bretonnes

LIVRE BRETAGNE À l’occasion de la sortie du livre que leur consacre Roland Becker, retour sur l’histoire de ces trois sœurs du Centre-Bretagne qui vont populariser le kan-ha-diskan, et plus généralement le chant breton, en dehors des frontières de la Basse-Bretagne...

Didier Le Corre - Bretons

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Les soeurs Goadec,
Les soeurs Goadec, — Roland Becker, Editions Ouest-France
Roland Becker, auteur du livre
Roland Becker, auteur du livre - Gwenaël Saliou, Bretons

Le parcours des gens suit parfois des méandres qui aboutissent sur des rives inattendues. Willi Becker est un jeune homme allemand de 17 ans presque comme les autres. Presque, car nous sommes en 1939 et rien de ce qui arrive cette année-là n’est raisonnable. Willi est né et a grandi en tant que citoyen allemand en Haute-Silésie, région ballottée par l’histoire, qui fut prussienne, polonaise, allemande, puis redevenue polonaise après la Seconde Guerre mondiale. Enrôlé dans la Wehrmacht, le jeune Becker fut envoyé sur le front russe et participa à la bataille de Stalingrad. Blessé, puis prisonnier des Américains, il fut transféré dans un camp à Rennes, avant d’être placé dans la ferme de la chartreuse des sœurs d’Auray. La guerre finie, Willi n’est pas très motivé à l’idée de rejoindre cette région qui ne sera plus jamais celle de son enfance. Il décide alors de rester en Bretagne, rencontre et épouse une jeune femme de
La Trinité-sur-Mer et devient charcutier à Auray.
Cinquante-sept ans après la terrible bataille de Stalingrad, son fils, Roland, musicien éclectique et curieux de tout, auteur de douze albums studio, figure importante de la culture bretonne, est l’auteur d’un livre qui va devenir une œuvre de référence sur ces figures légendaires du patrimoine breton que sont les sœurs Goadec. N’est-ce pas rocambolesque et merveilleux que tout cela ?

“Dire une chanson”

Né à Auray, Roland Becker, lui, est un enfant de la musique bretonne. Joueur de bombarde à 12 ans, il accompagne son père, marchand de cochons, de ferme en ferme, dans le pays d’Auray. Il est fasciné par les chanteurs bretons et cette langue si musicale. Son père l’aide à vivre sa passion. “Arrivé dans une ferme, il demandait à la grand-mère : Mon fils joue de la bombarde, vous ne pourriez pas lui chanter des chansons ?”, se rappelle-t-il. “Quand elles savaient chanter, je revenais avec ma mobylette et mon magnéto pour enregistrer ces vieilles personnes, c’étaient des gens qui avaient 75 ans à l’époque. Ils étaient nés en 1900.”
Tous ces chanteurs de village chantaient des gwerz, ces chants qui racontent les choses de la vie. Des histoires souvent tristes qui se transmettaient de génération en génération. “Quand je faisais du collectage dans les années 1970, j’enregistrais systématiquement”, raconte Roland Becker. “Vingt ans plus tard, j’ai réécouté mes cassettes pour la énième fois. Et sur l’une d’elles, et je n’y avais pas fait attention la première fois, j’entends un vieux paysan dire à sa femme : Mais non, tu l’as déjà dite à monsieur Becker, celle-là ! C’est magnifique, non ? Dire une chanson…”
Le kan-ha-diskan, que pratiquaient les sœurs Goadec, est un autre exercice. Moins répandu. Cette fois, les chanteurs se relaient. Le meneur ou la meneuse chante le couplet qui est repris ensuite par l’autre ou les autres chanteurs, démarrant sur les dernières syllabes du précédent. On peut le traduire par chant et dé-chant ou chant et contre-chant. Il est pratiqué traditionnellement a capella, les chanteurs frappant le sol avec leurs chaussures – souvent des sabots dans le passé – pour garder le rythme. En l’absence d’accompagnement musical, la sonorité des voix prend donc une importance fondamentale…

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Retrouvez l'intégralité de ce dossier dans la magazine Bretons n°157 d'octobre 2019.

Magazine Bretons n°157 - Octobre 2019

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.