Bretons

Ana Sohier: “Rennes ne doit pas devenir un Paris breton”

BRETAGNE Déléguée au patrimoine et à la politique linguistique de la mairie de Rennes, membre de l’UDB, l’Union démocratique bretonne, cette jeune femme de 37 ans affiche son désaccord sur la “métropolisation” de sa ville. Le pays de Rennes s’apprête à recevoir 160 000 nouveaux habitants d’ici 2040. Une arrivée massive qui participerait à la perte d’identité de la ville...

Didier Le Corre - Bretons

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Ana Sohier, Déléguée au patrimoine et à la politique linguistique de la mairie de Rennes, membre de l’UDB
Ana Sohier, Déléguée au patrimoine et à la politique linguistique de la mairie de Rennes, membre de l’UDB — Emmanuel Pain - Bretons

Bretons : Vous dites que l’urbanisme peut dénaturer l’image d’une ville, son patrimoine immobilier. Vous pouvez nous expliquer ?

Ana Sohier : Depuis toujours, les villes se reconstruisent sur elles-mêmes. Parfois par obligation à cause d’un incendie comme celui de Rennes au 18e siècle, mais en dehors de ça, il y a des rythmes de reconstruction. Et aujourd’hui à Rennes, le rythme de transformation de la ville fait que les gens ont du mal à s’y retrouver. L’évolution, l’impression de densification, le fait d’attirer beaucoup plus de monde à un rythme plus rapide fait que les Rennais ont l’impression que la ville n’est plus tout à fait la même. Il y a une volonté politique choisie et assumée de transformer la ville rapidement qui heurte aujourd’hui pas mal de Rennais.

Comment peut-on assurer la qualité de vie dans une métropole en sachant que le déplacement et le logement sont de plus en plus problématiques, et qu’il y a de moins en moins d’espaces verts ?

C’est la vraie question. Certes, la politique du logement de Rennes Métropole est plutôt bonne : elle est solidaire, elle cherche des solutions pour que des gens à revenus moindres puissent quand même s’installer en centre-ville. Les gens les plus touchés aujourd’hui par le problème de la mobilité sont ceux qui avaient une petite aisance financière et ont pu s’acheter une maison il y a quelques années avec un petit bout de jardin. Ils l’on fait à trente kilomètres de Rennes car c’était là où ils pouvaient l’acheter. Et aujourd’hui, ces gens qui avaient un peu de moyens sont marginalisés. Ils ont deux voitures, passent des heures sur la rocade tous les jours, et leurs conditions de vie se sont dégradées. Et pendant ce temps, les élus ont tablé il y a quelques années sur l’arrivée de 160 000 habitants supplémentaires sur le pays de Rennes d’ici 2040, au détriment des autres territoires bretons. Dans ce scénario, on concentre encore plus les activités et donc les emplois à l’est de la Bretagne. Si ce scénario se réalise, c’est-à-dire 160 000 personnes de plus sur les 450 000 déjà installées, ce sera un changement radical de la physionomie de la métropole et de la Bretagne. À l’UDB, nous ne voulons pas de ce modèle-là. Nous voulons garder des villes à taille humaine. Nous pensons qu’il faut traiter la question du périurbain, bien sûr, mais aussi celle de la concentration d’emplois. Il y a beaucoup d’emplois qui ne nécessitent pas d’être à deux minutes de la gare de Rennes…

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Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans le magazine Bretons n°157 d'octobre 2019.

Magazine Bretons n°157 - Octobre 2019

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.